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Le « care », les héros et les bisounours

par Isabelle Germain

La société du « care », de l’attention aux autres voulue par Martine Aubry ? La droite l’attaque copieusement, c’est de bonne guerre. Mais le dédain affiché par la gauche est plus suspect. Tandis que Jean-Michel Aphatie parlait de « nunucherie » sur RTL, quelques ténors du PS ont rivalisé de jeux de mots ; et maintenant l’hebdomadaire « de gauche » le Nouvel Observateur s’y met gaillardement avec une chronique de Jacques Julliard intitulée « Bisounours et gnia-gnia-gnia ».

Le vocabulaire de cour de récréation en dit long sur la profondeur du raisonnement. D’ailleurs de raisonnement il n’y a point. Juste du mépris. En renvoyant dos à dos Martine Aubry qui n’aurait pas « le monopole du care » et Nicolas Sarkozy partisan d’un Etat protecteur, l’éditorialiste de gauche n’est pas très éloigné des thèses de son confrère du Figaro Eric Zemmour qui, dans son pamphlet « le premier sexe », vomit sur une société qu’il juge trop maternante.

Et Julliard de pleurer sur le « recul de notre industrie, de notre langue, de nos arts (…). » Une industrie qui est pourtant encore au centre de l’attention des politiques. Le  « grand emprunt », acte politique fort pour assurer « l’avenir de la France », est tout entier consacré à l’industrie. Il a fait l’impasse totale sur le care. Olga Trostiansky, élue PS, s’en inquiétait ici. Les investissements sociaux dans le bien-être ou le soin aux autres n’ont même pas été évoqués. Mais cela ne choque pas nos éditorialistes. Quand les responsables politiques entonnent le refrain de la grandeur de notre industrie ou le couplet sur les armes à prendre pour mener la bataille économique, aucun d’entre eux ne raille sur l’air de « Zorro et pan-pan-pan », ou « les petits soldats de plomb sont de sortie ». Le soin aux autres, c’est « nunuche » ou « gnia-gnia-gnia », mais la bataille de l’industrie (perdue au profit et au détriment des pays à bas coût et bas bien-être), c’est noble.

Pourquoi refuser avec une telle obstination d’entrer dans la réflexion sur la société du  care ? Il s’agit pourtant de prendre en considération les bienfaits apportés par ceux et – surtout – celles qui s’occupent de leur bien-être. Pourraient-ils mener la guerre économique avec la même énergie s’il n’étaient épaulés par un bataillon de personnes dévouées pour s’occuper des enfants (lesquels, demain, paieront leurs grasses retraites ), animer leurs clubs de sport, veiller à leur santé, leur concocter des menus équilibrés et savoureux… ? Pourquoi refuser de réfléchir à cette société du care qui pourrait faire reculer la délinquance et la pauvreté ? Toutes ces activités associatives, bénévoles, privées qui apportent du bien-être à tous ne mériteraient, selon les chroniqueurs, aucune attention politique.

La question du care est encore une fois esquivée. Lorsque Nicolas Sarkozy a lancé la commission Stiglitz sur les indicateurs de richesse, il s’agissait bien, aussi, d’inventer des outils de mesure permettant de prendre en compte le bien-être, la santé sociale et pas le seul PIB dont la quête est parfois destructrice de bien-être. Des travaux ont été faits sur les indicateurs environnementaux, mais sur le care, pas grand-chose.

Les bisounours ne font pas le poids face aux soldats de plomb…

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9 commentaires

9 commentaires

Marie-Pierre 28 mai 2010 - 16:52

Une des vertus de ce d… Afficher davantageébat qui suscite des animosités suspectes est de montrer qu’avant d’être géré, le souci des autres doit être de nouveau sug-géré car non, visiblement, ça ne fait pas naturellement partie des moeurs les mieux partagées dans notre société. L’attention aux autres se situe dans le cadre d’une responsabilité collective qui doit être portée par chacun d’entre nous, comme un devoir de citoyen. C’est donc bien à la société de définir les valeurs qu’elle veut mettre en avant, et dans une démocratie, il n’est pas choquant que le législateur et l’Etat soient des acteurs déterminants, voire des leaders si le mouvement ne part pas des citoyens eux-mêmes. Rappeler les valeurs communes du bien-vivre ensemble, c’est bien là aussi la mission du politique : proposer une vision, et derrière, décliner les actions. C’est le laisser-faire qui est libéral, et qui mène, dans ce cas précis, à l’affaiblissement des plus faibles. on sent bien pourquoi cette approche vient titiller ceux qui sont établis dans leurs pouvoirs. Concernant notre ami Jacques Julliard, rappelons-lui que les travailleurs les plus compétitifs, les entrepreneurs les plus audacieux, les créateurs les plus géniaux, bref, ceux que l’on appelle les forces vives d’une nation, sont probablement ceux qui ont le plus bénéficié de l’attention des autres : celle de leurs parents, celle d’un système scolaire performant, celle d’un environnement social et culturel épanouissant… et tout cela, oui, ça se formalise, ça s’organise et ça s’évalue. Et ça n’en fait pas pour autant une variable économique. Au contraire, on remet au centre de la régulation sociale la dimension humaine. Il est grand temps !!!!

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AnnieB 29 mai 2010 - 13:04

Pouqoi choisir un mot anglais qui demande un lexique à la main plus une histoire des idées et génère des tonnes d’interprètationsrecherche d’ parfois vaseuses par les uns et les autres. Et pourquoi ne ne pas trouver le mot français équivalent, par cequ’il n’y en a pas? Parce qu’il ne preterait pas à une confusion source de débats stéirles? les bilingues ne sont pas toujours ceux qui ont le plus besoin de « care » et le médias ne sont pas toujours bilingues. Care en anglais ce n’est pas seulement un mouvement initié par des femmes, care c’est  » ok,je prends en charge, je me sens resonsable des autres, d’une situation, d’un projet », solidaire de mon environnement,ayant à lui rendre des comptes, (aie solidaire c’est un gros mot puisque la droite l’utilise. MOI, je m’en fiche. Les mots sont des biens communs, responsabilité, solidaritarité, altruisme appartiennent à tous et sont sassez lumineux, et tout dépend, comme les armes, de l’usage qu’on en fait. mais au moins que tout les citoyens comprennent de quoi on parle et pas seulement les intellos. C’est ça la gauche non? En tous cas c’est la mienne!

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Isabelle G 30 mai 2010 - 18:00

Annie, , le mot est sans doute mal choisi, mais ce qui est énervant dans cette affaire, c’est le refus obstiné de prendre le sujet au sérieux… Refus qui est le fait d’hommes très installés, influents… Qui pratiquent assez peu le « care » pour les autres mais se font dorloter, seconder, assister…

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Laurence 31 mai 2010 - 09:20

Mais c’est important le mot que l’on choisi pour communiquer… Martine Aubry ferait pas mal de passer dans les réseaux de femmes en entreprise pour voir ce qu’on y apprend à ce sujet:
– Cela ne sert à rien d’avoir raison contre tout le monde, jamais.
– Il faut utiliser un langage légitime pour les hommes si on veut être entendue par eux.
Et « Stiglitz » est un mot légitime pour eux. C’est de là qu’il faut partir, et aussi du mal être et des suicides dans les entreprises qui commence à faire mauvais genre, même pour nos plus vaillants guerriers, de l’emploi précaire et de ce qu’en dévoile Florence Aubenas dans son livre en tête des ventes, etc

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Michel MARTIN 3 juin 2010 - 11:33

Je partage votre avis selon lequel le projet de société du soin mutuel comporte un aspect politique important. Il est possible de combiner une meilleure vitalité sociale avec une redistribution d’activité et pour moins cher. Mais cette optique est assez dangereuse pour les conservatismes de gauche qui préfèrent détourner notre attention sur la seule redistribution d’argent. Il est donc attendu que les ennemis du care se trouvent aussi bien à gauche qu’à droite.

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Nary 15 juin 2010 - 12:47

Je suis désolé d’être en désaccord avec vous mais le care, ou plutôt ce que risque d’en faire Martine Aubry, m’inquiète. Je n’y vois pas de bons sentiments mais plutôt du cynisme. Dette, compétition fiscale entre pays et pressions de Bruxelles ont tendance à pousser dans le sens d’un désengagement de l’Etat et de réduction de son périmètre d’action. Les Socialistes savent que toutes ces contraintes les obligeront à réduire le périmètre d’action de l’Etat. En mettant en avant la solidarité individuelle (comme aux USA), Aubry cherche à faire passer la pillule de cette liquidation forcée du service public. Tout cela n’est pas si éloigné des Tories version 2010 qui veulent utiliser le « plus de pouvoir à la société civile » pour faire passer un désefngagement de l’Etat qui a en partie échoué lorsque Thatcher le faisait en mettant en avant l’individu. Le care sera le prélude pour les Français à de nouvelles désillusions si la Gauche revient au pouvoir. Il présente plus le risque de désillusions à la Mitterrand/Chirac/Sarkozy que celui des Bisounours.

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Michel MARTIN 17 juin 2010 - 11:25

@ Nary,
C’est bien ce que je disais, les ennemis du care sont autant à gauche qu’à droite. Si l’Etat Providence + le care est plus efficace que l’Etat Providence tout seul, quel est le problème? Vaut-il mieux continuer à s’enfermer dans la seule logique de l’Etat Providence (l’engagement de l’état) dont l’efficacité est parfois faible, par exemple sur la prévention de la drogue? L’Etat Providence ne peut pas tout, il revient à chacun de nous de pouvoir s’impliquer à ses côtés de façon reconnue et équitable dans des taches sociales. C’est un des objets de la société du soin mutuel.
http://solidariteliberale.hautetfort.com/

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Macaux Claude 30 janvier 2012 - 10:16

Salut a tous,
Mais, à la fin des fins : quelqu’un,
quelqu’une, pourrait écrire ce que veut dire « Care » ,
Moult mercis,

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