La « troisième assemblée » de la République va, pour la première fois de son histoire, être présidée par une femme venue du monde associatif. Claire Thoury a l’intention d’installer de nouveaux repères dans la société depuis le Conseil économique, social et environnemental.
Un vent de renouveau souffle sur la rotonde du Palais d’Iéna. À 37 ans, Claire Thoury vient d’être élue présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour la mandature 2026-2031, récoltant 97 voix contre 74 pour Dominique Carlac’h.
C’est la première fois qu’une femme prend la tête de cette institution consultative de la République, souvent mal connue. Et c’est aussi la première fois qu’une représentante de la vie associative prend la tête de la troisième Assemblée de la République qui représente la société civile -syndicats, mouvements patronaux, réseaux consulaires, associations, organisations non gouvernementales (ONG).
Du militantisme étudiant aux sommets de l’État
Claire Thoury a fait de l’engagement son objet d’étude et son moteur. Docteure en sociologie, elle a soutenu, en 2017, une thèse sur : « L’engagement étudiant dans un monde d’individualisation ».
Ancienne déléguée générale du réseau étudiant Animafac, elle présidait depuis 2021 le Mouvement associatif, porte-voix de quelque 700 000 structures en France.
Au sein du CESE, où elle siège depuis cinq ans, elle était membre de la commission Économie et finances et de la délégation aux Droits des femmes et à l’égalité. En 2022, elle a présidé la commission temporaire « Participation démocratique », qui intègre des citoyens tirés au sort à toutes les étapes de l’élaboration de l’avis Engagement et participation démocratique des jeunes.
Le parcours de Claire Thoury tranche avec celui des figures traditionnellement associées aux grandes institutions républicaines. Elle appartient à une génération de responsables issus du monde associatif, où les femmes sont nombreuses mais rarement reconnues dans les sphères du pouvoir.
Féminisation du pouvoir ?
L’élection à la présidence du CESE a vu s’affronter un duel 100 % féminin, avec, face à la nouvelle présidente soutenue par le tissu associatif -les syndicats et l’économie sociale et solidaire- Dominique Carlac’h, ancienne vice-présidente du Medef, soutenue par le bloc patronal.
Des femmes parce que l’institution est sous le feu des critiques ? Le CESE est souvent remis en question. Un rapport de la Cour des comptes publié à l’été 2025 a critiqué sa gestion interne. Son utilité a encore été récemment mise en doute par le Rassemblement national (RN), la droite ou des membres du camp présidentiel.
Claire Thoury hérite d’une institution fragilisée, mais aussi transformée depuis la réforme de 2021 qui a fait du CESE la « chambre de la participation citoyenne ». C’est ici qu’ont été incubées les Conventions citoyennes (sur le Climat ou la Fin de vie, dont Claire Thoury a présidé le comité de gouvernance)
Justement ! Dans un contexte de fortes transitions et de fractures sociales, Claire Thoury entend faire du CESE « un repère dans ces temps troublés » et « l’espace du dialogue exigeant ».
Pour son mandat, elle a annoncé « une programmation politique assumée, une nouvelle trame d’avis et de nouveaux formats ». Elle a l’ambition de « faire des transitions climatiques, écologiques et économiques le marqueur central de cette mandature ». La nouvelle présidente veut conseiller « en temps réel » le gouvernement et le Parlement.

