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Congé paternité allongé : des entreprises pionnières

par Arnaud Bihel

Depuis quelques mois, de grandes entreprises proposent un congé paternité et d’accueil de l’enfant plus long que la durée légale. Et les premiers bilans sont positifs.


 

Faire du congé paternité un levier de l’égalité entre les femmes et les hommes : le gouvernement a relancé cette piste en janvier, en chargeant l’IGAS d’étudier la mise en œuvre d’un congé allongé pour les pères. Les pouvoirs publics seraient-ils inspirés par le privé ? Ces derniers mois, le principe a commencé à intéresser plusieurs grandes entreprises.

Au début de cette année, IKEA France annonçait la signature d’un nouvel accord d’entreprise au profit de l’égalité professionnelle, qui prévoit notamment l’allongement du congé de paternité et d’accueil de l’enfant de 14 jours en plus des 11 jours légaux. Le conjoint ou la conjointe d’une nouvelle mère peut ainsi bénéficier d’un congé de 5 semaines au total. Et pouvant être pris en une ou plusieurs fois jusqu’aux 2 ans de l’enfant.

« Cet accord s’inscrit dans notre culture d’entreprise suédoise, qui reconnaît aussi bien la place de la mère que du père dans l’accueil et l’éducation des enfants », soulignait Majda Vincent, Directrice des Ressources Humaines de IKEA France.

Allonger le congé paternité, c’est tenter de changer cette donne : aujourd’hui, l’arrivée d’un enfant a un impact significatif sur la vie professionnelle d’une mère, et pas du tout sur celle d’un père. Voilà un an, l’économiste Hélène Périvier plaidait pour un congé paternité plus long, et obligatoire. « D’un ‘risque maternité’ qui pèse sur toutes les femmes actives, on passerait à un ‘risque parentalité’ qui pèserait sur les parents, mais qui aurait le mérite de ne plus être sexué », expliquait-elle.

Voir : Contre le “risque maternité”, un congé paternité obligatoire et plus long ?

Le géant suédois du meuble n’est pas la première grande entreprise implantée en France à aller plus loin que la durée légale du congé d’accueil de l’enfant. Le 1er décembre 2016, le groupe Mastercard annonçait la mise en place d’un congé paternité de 8 semaines en France et dans le monde. En France, l’entreprise n’emploie qu’une trentaine d’hommes, mais ils sont déjà deux à avoir bénéficié de cette nouvelle mesure « et ont pris la totalité des 8 semaines », explique Mastercard aux Nouvelles NEWS. « En Europe ce sont plusieurs dizaines de collaborateurs qui en ont déjà bénéficié ».

Au même moment, c’est un groupe français, l’assureur Aviva, qui se posait comme pionnier en proposant dans les pays où il est implanté un congé parentalité de 10 semaines pour le parent conjoint. Un mois plus tard, le 1er janvier 2017, c’était au tour du groupe d’assurances AXA de lancer à l’international, après deux ans de réflexion, une « politique parentale ambitieuse », dont l’un des éléments est un congé paternité ou co-parent de 28 jours ouvrés.

Envoyer un « message fort »

Bien sûr, les entreprises concernées ne s’en cachent pas, l’enjeu derrière ces politiques parentales est aussi de se montrer novateur afin d’attirer les meilleurs talents. Mais le principe de l’égalité entre hommes et femmes, la volonté d’en finir avec le « coût de la maternité », est clairement revendiqué.

Il s’agit de supprimer « les barrières inconscientes qui peuvent se manifester au moment d’une embauche ou d’une promotion et qui peuvent discriminer les femmes, qui pourraient s’absenter en raison d’un congé maternité », justifiait Anne-Sophie Curet, Chief People Officer d’Aviva France.

« Nous n’avons pas voulu nous concentrer sur le congé maternité, nous avons voulu envoyer ce message fort : Les pères, ou les co-parents, ont un rôle à jouer au moment de l’arrivée de l’enfant », développe Catherine Helaiem-Deslandes, responsable Diversité et Inclusion d’Axa. « Nous sommes convaincus que le fait qu’ils s’investissent dès ce moment va avoir un impact sur le partage des tâches, l’équilibre au sein de la famille, et que cela va donc bénéficier aussi aux mères (ou co-parents) et faciliter leur retour à l’activité ».

Le groupe a déjà ressenti un « impact direct » de cette nouvelle politique. En 2016 en France, 72% des salariés concernés par une naissance ont pris un congé légal de paternité ou accueil de l’enfant. En 2017, le pourcentage est monté à 79%. Et 60% des collaborateurs concernés ont pris le congé supplémentaire co-parent et ont pu bénéficier au total de 26 jours de congé rémunéré en moyenne. « Ces chiffres peuvent encore évoluer à la hausse puisque les collaborateurs ont 4 mois après l’arrivée d’un enfant pour prendre ce congé », note Catherine Helaiem-Deslandes.

Cette « progression significative » du temps pris par les nouveaux pères, la responsable Diversité et Inclusion d’Axa la met directement sur le compte de l’attractivité de cette politique parentale. Attractivité qui passe forcément par des exercices de communication interne. « Lorsqu’un collaborateur ou une collaboratrice déclare une naissance à venir, nous menons une action proactive, en l’informant de ses droits à congés et en insistant sur le fait qu’ils sont rémunérés à 100% », souligne Catherine Helaiem-Deslandes. « L’important est aussi de faire partager les expériences des collaborateurs qui ont pu bénéficier de ces congés. Valoriser ces dispositifs, c’est essentiel pour les inscrire dans la durée ».

 

 

 

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09 Aziza 19 février 2018 - 17:20

Toutes ces mesures ont un défaut: elles cantonnent les femmes à l’intérieur obligatoire d’un couple, hétéro ou homosexuel. Quid de celles (nombreuses) qui sont quittées quand elles annoncent la grossesse et ne veulent pas avorter? des veuves(de militaires en particulier), des divorcées; et celles qui estiment que le géniteur ne ferait pas un bon père? Ce congé devrait être transformé en congé d' »aidant » pour la personne du choix de la mère.Les pères déjà quadragénaires de culture maghrébine ou africaine peuvent ne pas s’y retrouver, et la mère préférerait sa soeur ou sa propre mère…Les situations sont multiples.

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