« Lettres à nos fils », influenceurs « Alpha Safe » sur TikTok, éducation renforcée… Face à la viralité des discours misogynes qui séduisent près de 40% des jeunes hommes, la résistance s’organise.

Réinventer une masculinité loin des diktats de la virilité. À l’initiative de l’acteur britannique Stephen Graham, créateur de la série « Adolescence« , des pères du monde entier ont écrit une lettre à leur fils pour leur parler de leur vision et leur expérience de la masculinité.
« Nous avons eu cette merveilleuse idée de vous demander à vous, les pères, d’écrire, en vue d’un livre, des lettres dans lesquelles vous pouvez vraiment parler à vos fils, communiquer avec eux », invite l’acteur dans une vidéo sur le site du projet Letters to Our Sons (Lettres à nos fils), qu’il lance avec la psychologue Orly Klein. Ces textes seront par la suite réunis dans un livre.
À l’heure où les discours masculinistes pullulent sur les réseaux sociaux, cette initiative tente de rétablir un dialogue au sein des familles ainsi que dans la société afin de défaire les stéréotypes sexistes et en finir avec la misogynie.
L’emprise des prêcheurs de haine
Il faut dire que les conséquences de l’idéologie masculiniste dénoncée par la série Adolescence sont bien réelles. Dans une étude, l’association Sidaction alerte même d’une « percée alarmante » de ces discours chez les hommes âgés de 16 à 34 ans.
Dans un sondage réalisé avec OpinionWay, l’association note que 66% des 16-34 ans connaissent au moins un prédicateur masculiniste et 37% en consultent les contenus. Résultat : 1 homme âgé de 25 à 34 ans sur 2 trouve que ces contenus « disent enfin la vérité ».
Parmi eux, certains affirment qu’ils les rassurent sur leur manière « d’être un homme » (38%), leur donnent « une autre vision que celle portée par les féministes » (48%), ou les inspirent à « mettre en pratique des conseils pour devenir un homme meilleur » (34%).
Ces discours masculinistes mettent en accusation le féminisme et présentent l’égalité entre les femmes et les hommes comme une menace. Un terreau fertile pour faire pousser l’idée nauséabonde d’une crise de la masculinité. Résultat : 52% des hommes (16-59 ans) trouvent que la société s’acharne sur eux et 36% pensent qu’il est plus difficile d’être un homme qu’une femme dans la société française aujourd’hui. Pire : plus d’un homme sur 2 considère que les hommes sont trop souvent accusés de violences sexuelles exagérées ou mensongères (53%) et pour 6 hommes sur 10, les médias caricaturent les hommes depuis #Metoo (58%).
La santé sexuelle des jeunes en danger
Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que les découvertes de séropositivité chez les 15-24 ans ont augmenté de 41 % en dix ans, indiquent les dernières données de Santé Publique France.
Dans son enquête, Sidaction souligne le lien direct entre cette hausse de la séropositivité chez les jeunes et les discours masculinistes. 31% des 16-34 ans se sentent plus puissants quand ils ne portent pas de préservatif et 32% estiment que les femmes doivent respecter les hommes qui refusent d’en porter. Le préservatif est désormais perçu comme un signe de faiblesse par 1 jeune sur 6.
Pire : un homme sur dix affirme comprendre le « stealthing », soit le fait qu’un homme retire son préservatif sans prévenir son/sa partenaire s’il estime qu’on le lui a imposé. Ils sont même 34%, parmi ceux qui adhèrent aux théories masculinistes, à cautionner cette pratique répréhensible, soit 23 points de plus par rapport à la moyenne.
« Alpha Safe » infiltre les algorithmes
Pour prendre le mâle par la racine, Sidaction a lancé une campagne innovante. Le 1er décembre 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l’association a révélé avoir tenté une expérimentation. Depuis le 24 novembre dernier, grâce au savoir-faire de l’agence MNSTR, Sidaction a mis au point une série de vidéos virales imitant les codes des influenceurs “alpha”, puis les a diffusé sur TikTok. Le but ? Réintroduire les notions de prévention, de respect et d’information fiable dans les algorithmes des jeunes hommes. « Quand la masculinité toxique devient virale, rétablir les faits devient vital« , prône la campagne.
« Pendant dix jours, nous avons fait émerger sur TikTok une armée de faux influenceurs (“grand frère”, love coach, gym bro, crypto bro, survivaliste, philosophe stoïcien…) générés en IA et animés comme de véritables créateurs de contenus. Même cadrage, même ton, même assurance démesurée… mais pour porter un message à rebours de ceux, toxiques, véhiculés par les masculinistes : des messages positifs sur le consentement, la prévention, le dépistage et la lutte contre les discriminations », détaille un communiqué. En prenant le contre-pied des « mâle alpha », la campagne prône des “Alpha Safe”.
Mais ces contre-offensives doivent être soutenues par un programme d’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école. Si trois séances annuelles d’éducation à la sexualité sont normalement prévues par la loi de 2001 dans les établissements scolaires, de l’école jusqu’au lycée, ces trois séances annuelles sont rarement tenues. Dans un communiqué, Sidaction, Le Planning familial et SOS homophobie ont annoncé avoir saisi le tribunal administratif de Paris. Lire : « Éducation à la sexualité : l’État condamné pour 24 ans d’inaction«
Du numérique à l’école
Mais au Royaume-Uni, après la sortie de la série Adolescence qui a fait l’effet d’un électrochoc, une réforme éducative majeure est prévue. Si l’éducation aux relations, à la sexualité et la santé est déjà obligatoire à l’école, le gouvernement a publié une guidance statutaire qui devrait entrer en vigueur le 1er septembre 2026. Cette réforme prévoit d’intégrer les notions de respect, de consentement et de relations saines dès l’école. Concretement, il s’agit d’apprendre qu’un non veut dire non, que la pornographie n’est pas la réalité ou encore que le sexisme ordinaire n’est pas acceptable. Le but de ce nouveau socle éducatif : combattre la misogynie dès le plus jeune âge.
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