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Des conventions pour casser le plafond de verre

par Isabelle Germain

Najat VB et Armelle Carminati150Rendez-vous dans quelques mois : les engagements pour l’égalité professionnelle pris mardi matin par 16 entreprises avec Najat-Vallaud Belkacem seront-ils tenus ?


 

Mardi matin, au Palais Brongniart, la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, réunissait plusieurs dirigeants d’entreprise pour leur faire prendre des engagements afin de casser le plafond de verre, cette paroi à peine visible mais solide qui empêche les femmes d’atteindre les postes de direction.
Première bonne nouvelle : beaucoup de dirigeants étaient venus en personne alors qu’ils ont plutôt l’habitude d’envoyer des seconds couteaux sur le sujet. Deuxième bonne nouvelle : ils avaient l’air de prendre la question au sérieux. Comme l’a fait remarquer une personne dans cette salle connectée où chacun pouvait envoyer un message sur grand écran : « Quand on parle de ce sujet, ce qui a changé c’est qu’on ne rigole plus. » Et c’est un grand pas en avant.

16 conventions avec : Accenture, Accor, Air France, Areva, BNP Paribas, Carrefour, Coca-Cola, EADS, EDF, GDF, La Poste,  Microsoft, Schneider Electric, SNCF, TOTAL, Véolia.

Lacunes

Inévitablement, à la tribune, quelques petites ou grosses bourdes malheureuses ont renforcé le plafond de verre au lieu de le briser. Un chef d’entreprise pense que nommer une femme est un acte de courage. Une intervenante rapporte que, selon un autre, des femmes aux comités de direction, ça permet de « joindre l’utile à l’agréable ». Le représentant d’EADS, la dernière entreprise du CAC 40 à avoir fait rentrer une femme dans son Conseil d’administration, a encore quelques lacunes. Il se souvient qu’une femme manager ne voulait pas nommer une autres femmes et en tire une généralité su rle mode « ha les femmes entre elles ».
Inévitablement, quelques discours embarrassés sur la « complémentarité » entre hommes et femmes sont venus émailler les débats. Les dirigeants n’ayant pas encore perçu les dangers de cette notion qui peut aboutir à garder les hommes aux postes de chefs et les femmes assistantes… c’est complémentaire.  
Autre épine dans les escarpins : certains intervenants estiment que les femmes doivent apporter quelque-chose de nouveau, de différent pour justifier leur présence… ce qu’on ne demande pas à un homme.
La conférence a cependant évité le lamento sur l’air de « il n’y a pas de femmes dans les viviers », la ministre ayant dit, dès son discours d’introduction, que c’était une insulte à la raison, compte tenu du haut niveau d’études des femmes depuis longtemps.

A côté de ces dérapages, il y a eu aussi des remarques pertinentes sur la culpabilisation permanente des femmes. Comme celle-ci de Jean-Pierre Jouyet, Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations : « A chaque fois qu’une femme demande l’égalité des droits, la démarche est considérée comme une revendication. Pourquoi ? » Une bonne question qui résume les résistances à considérer les femmes comme légitimes aux plus hauts niveaux dans l’entreprise.

Engagements et pression douce

Pas sûr que les dirigeants aient pris la mesure de l’enjeu de transformation culturelle que représente l’égalité professionnelle, mais ils ont pris des engagements pour l’égalité en signant une convention avec la ministre. Chaque entreprise ayant rédigé la sienne.
Avec des objectifs chiffrés. Accor s’engage à avoir 40 % des femmes dans les organes de direction en 2017, Coca-Cola 35 %, La Poste 30 %. Carrefour vise les 20 %. EDF promet de  féminiser ses comités de direction à hauteur de 23 % en 2014.
Les entreprises travaillent aussi sur la question du congé de maternité et promettent de soutenir les femmes. Elles s’engagent à sensibiliser les jeunes filles pour qu’elles s’orientent vers des métiers dits masculins…  

La ministre, elle, s’engage à ne pas les lâcher. Elle veut assurer un suivi : « Je publierai, une fois par an, un classement des entreprises du SBF 120 qui donnera, globalement et pour chacune d’entre elles, la part des femmes dans les COMEX [comités exécutifs] et CODIRS [comités de direction]. »
Autre pression douce annoncée : donner des forces aux réseaux féminins. « Ils jouent un rôle précieux pour accompagner les femmes dans leurs parcours, pour leur proposer du coaching, du mentoring, des conseils. Nous sommes prêts à leur reconnaître une véritable place dans l’entreprise, y compris pour vérifier si elle respecte ses obligations légales en matière d’égalité des rémunérations et d’accès des femmes aux responsabilités. » Une façon de compenser le fait que les syndicats ne se saisissent pas assez des sujets d’égalité.
Si les conventions, comme les chartes ou les promesses n’engagent que ceux qui les croient, un suivi régulier par la ministre et les réseaux n’est pas inutile. En matière de discrimination, « la peur du gendarme est le commencement de la sagesse » disait Lous Schweitzer lorsqu’il dirigeait la Halde (feu la Haute autorité de lutte contre les discriminations).

crédit Photo © Razak.  Signature de la convention entre Najat Vallaud-Belkacem et Armelle Carminati pour Accenture

Et le discours de clôture de la ministre est en ligne

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