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La course d’obstacles de l’entrepreneuriat au féminin

par La rédaction
Image de l’infographique, ONU Femmes

Image de l’infographique, ONU Femmes

« Intériorisation des freins », risques des labels féminins… En se penchant sur ce qui bloque encore trop souvent l’accès des femmes à l’entrepreneuriat, le Centre d’analyse stratégique bouscule quelques idées reçues.


 

Donner « un coup de pouce aux femmes qui entreprennent, parce qu’elles ont plus que les hommes des difficultés d’accès au crédit bancaire » : ce sera l’un des rôles de la nouvelle Banque publique d’investissement (BPI), ainsi que le soulignait sa vice-présidente le 4 mars. « Parmi les créateurs d’entreprises il n’y a que 25% de femmes, alors qu’elles sont davantage diplômées que les hommes » ; notait Ségolène Royal.

« Les femmes entrepreneurs ne sont pas aussi nombreuses qu’elles devraient », renchérissent des chercheurs du Centre d’analyse stratégique (CAS) qui viennent de publier des premières conclusions en réponse à cette question : Existe-t-il des freins spécifiques à l’entrepreneuriat féminin ?

Les recherches montrent qu’il existe bien un « facteur femme » qui fait que, toutes choses égales par ailleurs, l’accès des femmes à la création d’entreprise apparaît plus compliqué que pour les hommes. En s’interrogeant sur les raisons, les chercheurs explorent plusieurs pistes.

« Réelles barrières psychologiques »

D’abord, une explication plutôt classique : celle d’un facteur psychologique. Et il semble loin d’être anodin en France. Les données internationales étudiées par les chercheurs du CAS font état d’une « intériorisation des freins à l’entrepreneuriat » particulièrement sensible pour les femmes dans l’hexagone. Sentiment de ne pas être capable, peur d’échouer… « Il existerait encore en France de réelles barrières psychologiques à la création d’entreprises, plus fortes qu’en Allemagne et bien plus fortes encore qu’aux États-Unis. »

Les chercheurs étudient également l’éventuelle discrimination dont souffriraient les femmes dans l’accès au financement. Surprise : leur analyse « ne révèle pas à cet égard de différences entre hommes et femmes, mais propose l’explication qui proviendrait d’une demande de financement moins forte lorsque l’entrepreneur est une femme (projets moins ambitieux) ». Cette analyse reste à nuancer puisque, dans le même, temps, ils soulignent un manque flagrant de données : « les freins dans l’accès au financement pour les créatrices d’entreprises sont difficilement mesurables » (Voir aussi : Aides publiques à la création d’entreprise, très mâles).

A l’inverse, les chercheurs mettent à mal une autre idée reçue : « Les entreprises créées par des femmes sont réputées être moins pérennes durant les premières années ». Fausse réputation puisque « une analyse détaillée des taux de survie en fonction du profil des entrepreneuses relativise ce résultat. De plus, dès lors qu’elles ont atteint une certaine taille, les entreprises dirigées par les femmes sont en moyenne plus performantes. »

« Secteurs innovants » en question

Selon les chercheurs, soutenir la création d’entreprise par les femmes passe par des mesures ciblées. Pour répondre à l’intériorisation des freins, ils préconisent de « développer des ‘modèles’ de femmes créateurs et les ancrer dans les représentations dès le plus jeune âge » ; et de « rassurer, par l’accompagnement, les populations les moins diplômées ».

Il s’agit aussi de cibler des mesures d’accompagnement, « notamment à destination des secteurs innovants » à mettre éventuellement en place dans les écoles ou les universités. En France seuls 8 % des projets innovants sont portés par des femmes, rappellent les chercheurs, en soulignant qu’en Allemagne ou en Pologne, « des actions sont ciblées exclusivement sur les sciences et la technologie. »

Attention toutefois : nommée en décembre dernier, la présidente de l’Agence Pour la Création d’Entreprises (APCE) mettait en cause, précisément, les critères définissant ce qu’est une « entreprise innovante » : « Les aides publiques s’orientent vers les innovations de produits de haute technologie. Or, il y a aussi des services innovants. Et le secteur des services est fortement créateur d’emplois. », soulignait Frédérique Clavel (Voir : « Une pionnière pour booster l’entrepreneuriat »).

Les chercheurs du CAS vont d’ailleurs aussi dans ce sens quand ils mettent en garde contre le risque de « stigmatisation » que peuvent entraîner « des actions réservées aux femmes (certifications, labels, prix, réseaux, etc.) ». Ainsi, expliquent-ils, « créer une catégorie ‘innovation femmes’ peut conduire à exclure les femmes qui sont aujourd’hui aussi innovantes que les hommes du label « innovation » et risque de créer un label de « seconde zone » aux yeux des financeurs par exemple ; en revanche, créer une catégorie « innovation services » renforce la probabilité d’offrir le label à des femmes sans rien retirer de la possibilité de bénéficier du label initial. »

 

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