Pour les diplômées de master, une triple ségrégation

par La rédaction
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Grand amphithéâtre, université Lyon 2, par Xiaoluo1793 – Own work, CC BY-SA 3.0

Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à quitter l’université avec un master en poche. Mais, 30 mois après, leurs conditions d’emploi sont plus défavorables. Plus encore pour les boursières. Explications.


 

« L’orientation universitaire genrée conduit les femmes vers des filières aux débouchés moins favorables. » C’est ce que documente une note d’information sur « les inégalités femmes/hommes dans l’insertion professionnelle des diplômé.e.s de master » publiée lundi 12 septembre par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

À la sortie de l’université, les diplômé.e.s de master sont en majorité des femmes (58% en 2012). Le taux d’insertion professionnelle, 30 mois après la validation du diplôme, est similaire entre femmes et hommes (respectivement 89% et 90%).

Mais les conditions d’emploi « se caractérisent par de fortes disparités en défaveur des femmes », observe cette note. Trente mois après avoir obtenu leur master, elles occupent moins souvent un emploi stable (69% contre 78% des hommes diplômés), un emploi à taux plein (91% contre 96%) et moins encore un statut de cadre (54% contre 69%). Leur salaire net mensuel médian est de 1 790 euros, de 2 030 euros pour les hommes.

Des inégalités de genre déjà constatées dans des filières plus précises, que ce soit à la sortie de Sciences Po ou de grandes écoles. Concernant les diplômé.e.s de master, trois grands facteurs expliquent ces « fortes disparités », selon la note du ministère.

Ségrégation éducative, professionnelle et socio-culturelle

D’abord, les femmes se retrouvent massivement dans des disciplines où, par la suite, les débouchés et les conditions d’emploi sont les moins favorables. En fait, elles sont majoritaires dans toutes les filières, sauf en Sciences-Technologies-Santé.

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Cette « ségrégation éducative » explique 29% des écarts d’accès aux salaires les plus élevés et un tiers des écarts d’accès aux emplois de catégorie de cadre.

Ensuite, à discipline équivalente, les femmes travailleront davantage dans la fonction publique ou le secteur associatif, les hommes dans le secteur privé. Là où les emplois sont davantage stables, à temps plein et mieux rémunérés. Cette « ségrégation professionnelle » explique 20% des écarts femmes/hommes d’accès aux emplois stables et 10% de l’accès aux emplois de catégorie cadre.

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Enfin, à employeur équivalent, les femmes diplômées de master restent encore désavantagées, surtout en terme de rémunération. Cette « ségrégation socio-culturelle » s’explique avant tout par des professions différentes selon le genre – relevant « soit d’appétences différentes, soit de phénomènes d’autocensure ». Mais aussi par « une dévalorisation des compétences des femmes diplômées sur le marché du travail, ou encore des discriminations à l’embauche par les employeurs ».

A cette triple ségrégation s’ajoute une « double peine » pour les boursières (3 diplômées de master sur 10). Elles sont notamment moins susceptibles que les non-boursières d’occuper un emploi de catégorie cadre (49% contre 56%). Elles ont également moins tendance à avoir accès à des emplois stables, à temps plein, et leur rémunération est plus faible. « Les femmes ayant été boursières connaissent deux types de ségrégation qui s’additionnent, l’une liée à leur genre et l’autre liée à leur origine sociale. »

 

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