Accueil Eco & Social Direction d’entreprise : les femmes disent oui, ils entendent non

Direction d’entreprise : les femmes disent oui, ils entendent non

par Isabelle Germain

financielles_lquipe61 % des hommes sont convaincus que la situation des femmes s’est améliorée depuis deux ans, mais seulement 30 % des femmes partagent leur avis, révèle la première « consultation sur la confiance des femmes cadres du secteur financier » du réseau Financi’Elles. Beaucoup de dirigeants se persuadent qu’elles ne veulent pas de poste à responsabilité.

Dans le monde très feutré de la banque et de la finance, ce 14 décembre au siège d’AXA, le chiffre est tombé discrètement au milieu de la présentation, par l’institut CSA, d’une vaste consultation réalisée par le réseau Fiananci’Elles. Avec ce titre sobre : « Les hommes surestiment l’aide dont les femmes peuvent bénéficier ».

Et pas qu’un peu ! A la question : « La situation des femmes s’est-elle améliorée ? », ils répondent oui à 64 % quand elles ne sont que 30 % à le penser.  Le schéma qui s’affiche à l’écran (reproduit ci-dessous) provoque quelques remous dans les rangs féminins de la salle, mais nous sommes dans le monde feutré… Les hommes sont, tout simplement, deux fois plus nombreux à penser que tout va bien pour les femmes et qu’il est donc urgent de continuer à ne rien faire, ou pas grand-chose. Comme ce sont eux qui dirigent les entreprises, pourquoi feraient-ils l’effort d’améliorer une situation qu’ils jugent déjà très bonne ?

Les hommes pensent, parlent et décident à la place des femmes

Financi’Elles, la confiance des femmes cadres

Née au début de l’année, la fédération regroupe déjà plus de 3500 femmes de plusieurs réseaux internes de cadres du secteur de la banque, de la finance et de l’assurance. Financi’Elles joue collectif. La fédération n’a pas une mais deux co-présidentes, Laurence Peyraut Bertier (Barclays) et Anne Guillaumat de Blignières (Caisse des Dépôts). Deux vice-présidentes Valérie Perruchot Garcia (AXA) et Solveig Bachellery (BNP Paribas). Une déléguée générale chef d’orchestre Sophie Vernay (Société Générale). Et dans l’assemblée réunie ce 14 décembre chacune a une très bonne connaissance du réseau et de ses actions.

Objectif de ces 3500 femmes : renforcer la mixité à tous les niveaux hiérarchiques des entreprises du secteur de la finance. Financi’Elles a créé l’Observatoire de la mixité qui mesure la position des femmes cadres au sein des entreprises du secteur et suit les résultats concrets des politiques de mixité déployées. La « consultation sur la confiance des femmes cadres du secteur financier » est un temps fort de ses actions. 

Leur site : financielles.org

Dans le débat qui suit, la seule femme présente à la tribune, Nathalie Rachou, DG de Topiary Finance et membre du CA de la Société Générale, reviendra sur cette « différence de perception ». Puis s’enchaîneront quelques circonlocutions convenues sur le thème de la crise, de la confiance et de ces femmes tellement formidables qu’on ne comprend vraiment pas pourquoi elles ne dirigent pas le monde.  Mais c’est comme ça… Jusqu’à ce que, devant l’insistance souriante mais ferme de Nathalie Rachou, le CEO d’Axa France Nicolas Moreau finisse, sans le dire vraiment ainsi, par aborder le cœur du problème : les hommes pensent, parlent et décident à la place des femmes.

Notre homme explique que les plus hautes instances de son entreprise s’étaient réunies le jour même et devaient identifier, parmi leurs hauts potentiels, des personnes susceptibles de rejoindre leur cercle de décideurs. Et comme d’habitude, des candidatures de femmes avaient été écartées par ces messieurs pensant qu’elles n’en avaient pas envie… tout occupés qu’ils sont à se persuader que leur rôle de mère de famille doit primer sur leur implication dans la marche du monde. Poser la question aux intéressées ? Ils n’y avaient manifestement pas pensé.

Cercle vicieux

Nous y sommes enfin ! Financi’Elles a réussi à mettre le doigt là où ça fait mal. Un problème « systémique » analysera le sociologue des organisations François Dupuy. Ceux qui prennent la parole et décident pour les autres répètent à l’envi que les femmes n’ont pas le désir du pouvoir. Les femmes se conforment à cette image qui est renvoyée d’elles. C’est un cercle vicieux. Cette fâcheuse habitude qu’ont les hommes de penser à la place des femmes ! La démarche fait penser à cette publicité pour un chocolat qui avait fait scandale jadis : « Quand elle dit non, j’entend oui ». Ici c’est l’inverse, elles voudraient bien dire oui, nous voulons ces postes de direction…

Loin de la langue de bois convenue, François Pérol, président du directoire de BPCE, en concluant cette soirée, invitera l’assemblée à s’emparer du désir de changement. Un désir qui peut être rendu plus ardent par quelques contraintes législatives. Et de rappeler que le Medef et l’Afep se sont précipités comme un seul homme pour prendre des résolutions en faveur de l’égalité le jour où des parlementaires, Marie-Jo Zimmermann et Jean-François Copé, ont annoncé une loi sur la parité dans les Conseils d’Administration des entreprises (cela ne nous avait d’ailleurs pas échappé, voir ici). Mais foin de procès d’intention, tout est bon pour susciter le désir de mixité aux postes de direction.

financielles

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4 commentaires

4 commentaires

Lili 15 décembre 2011 - 14:52

Super intéressant.

Sauf l’item « aidées par l’entreprise sur les nouvelles techno », dont je ne vois pas ce que ça vient faire là, sauf à considérer que les femmes ont particulièrement besoin d’aide en ce domaine…

Par ailleurs le principe même de « les plus hautes instances de son entreprise s’étaient réunies le jour même et devaient identifier, parmi leurs hauts potentiels, des personnes susceptibles de rejoindre leur cercle de décideurs », je le trouve assez bizarre, puisqu’il s’agit bien là de cooptation, processus totalement injuste dans son principe. Au minimum il devrait y avoir appel à candidatures.

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Lili 15 décembre 2011 - 16:02

Du reste on attend toujours le même graphique sur l’amélioration de la situation des hommes quant à leur possibilité réelle d’avoir une vie en dehors du travail tout en menant leur carrière.

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De profundis 15 décembre 2011 - 16:54

ha quand même, alors pour le viol ils entendent oui quand elle dit non mais pour les postes de direction c’est l’inverse… Très éclairant tout ça

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Viviane M 22 décembre 2011 - 07:45

Il y a quelques années une étude de Grandes Ecoles au Féminin avait donné un résultat très proche.
D’après celles et ceux qui analysent les mécanismes subtiles de la discrimination indirecte, la principale raison est que les femmes sont moins démonstratives que les hommes pour afficher leur ambition. Elles sont moins démonstratives car si elles avaient un comportement identique aux hommes, elles seraient perçues comme « prétentieuses » car ce qui est perçu par l’inconscient comme normal pour un homme ne l’est pas pour une femme.

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