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A l’ENA, plafond de verre à l’oral

par La rédaction
ENA

La Commanderie Saint-Jean, bâtiment de l’ENA à Strasbourg © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Un rapport révélé par Mediapart observe que les épreuves orales d’admission sont plus favorables aux candidats qu’aux candidates. La nouvelle directrice de l’ENA compte corriger cette discrimination.


 

Aujourd’hui encore, pour intégrer l’ENA, il vaut mieux être un homme. Mediapart dévoile (article réservé aux abonnés), un rapport qui se penche sur la faible représentation des femmes au sein de l’École nationale de l’administration, qui forme l’élite de la République.
Ce document remis au directeur de l’école à l’été 2011, et resté jusque là inédit, met le doigt sur la principale raison de cette sous-représentation : c’est lors des épreuves orales que les candidates sont écartées.

Les chiffres sont éloquents : en moyenne, sur les années 2006-2010, 45,5% des candidats au concours externe étaient des femmes. Mediapart observe : « Après les épreuves d’admissibilité (à l’écrit), elles représentent encore 43% des admissibles. Mais au bout du compte, après le ‘Grand Oral’, elles ne forment plus que 34,5% des admis. Une baisse de plus de 8 points ! »

Clichés

Cette situation peut-elle changer ? C’est une femme, Nathalie Loiseau, ancienne directrice générale du Quai d’Orsay, qui vient d’être nommée directrice de l’ENA. Et elle ne se voile pas la face : « il y a une discrimination positive en faveur des hommes. Il faut corriger cela », indique-t-elle à Mediapart.

Encore faut-il comprendre d’où vient cette discrimination. Ancienne présidente de jury, Martine Lombard estime qu’elle est liée en partie au fait que « les garçons sont, dès l’école primaire, plus couramment interrogés et mis en confiance à l’oral que les petites filles, invitées à se tenir discrètement dans la réserve ». Et de dénoncer ces clichés persistants : « On dit d’un homme qu’il a de l’autorité ; d’une femme qu’elle est autoritaire. D’un homme qu’il a du caractère, d’une femme qu’elle est caractérielle. »

Affaire de classement

De fait, l’ENA n’a pas le monopole de la discrimination à l’oral. On observe le même biais de sélection à l’entrée d’autres grandes écoles de prestige. A HEC également, les candidates font à peu près jeu égal avec les candidats lors des épreuves écrites, mais sont plus souvent recalées à l’oral.

Ici, l’explication est tristement pragmatique, nous ont confié certains membres du jury de HEC : les classements des grandes écoles sont établis sur la base des salaires de ceux qui en sortent. Et les hommes gagnent plus que les femmes, même dès leur premier salaire, comme le rappelait récemment une étude de la Conférence des grandes écoles. Des écoles qui ont donc tout intérêt, pour leur classement, à avoir un vivier principalement masculin. Et voilà comment le sexisme s’auto-alimente…

 

 

 

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3 commentaires

SALIERE 11 octobre 2012 - 18:11

« Nathalie Loiseau, ancienne directrice générale du Quai d’Orsay, qui vient d’être nommée directrice de l’ENA. Et elle ne se voile pas la face : « il y a une discrimination positive en faveur des hommes. Il faut corriger cela », indique-t-elle à Mediapart. »
La discrimination positive, elle n’existe pas, cela s’appelle u favoritisme.
Seule existe une discrimination illicite au motif du sexe, éventuellement à la famille (vraie ou supposée)!

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Linda 12 octobre 2012 - 07:29

« les classements des grandes écoles sont établis sur la base des salaires de ceux qui en sortent. (…) Des écoles qui ont donc tout intérêt, pour leur classement, à avoir un vivier principalement masculin. « 
C’est vrai ça ?? Vous pensez que c’est vraiment une volonté de ne pas encourager plus de candidatures féminines, pour cette raison ? Les membres du jury d’HEC vous l’ont dit en ces termes ? Ca me parait fou !

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Lili 15 octobre 2012 - 08:53

C’est assez bizarre, je n’ai jamais eu l’impression que les filles soient moins sollicitées à l’oral… mais bon.

En revanche la discrimination inverse existe à l’école nationale de la magistrature. Les candidats y sont aussi nombreux au départ que les candidates, mais à l’issue des épreuves orales, les filles sont plus nombreuses. Il paraît que juge est un métier qui requiert sens de l’équilibre, écoute, … bref des qualités « féminines ». Et une discrimination de plus, une !!!

En tout cas les Sciences Po de province sont de plus en plus féminisés, alors ça va bien finir par peser dans les recrutements !!

Quant aux HEC, les jury ont même été soft. Certains vont jusqu’à considérer que vu qu’une proportion non négligeable de femmes issues d’HEC choisissent de ne pas sacrifier la vie familiale à leur carrière, voire de prendre des congés parentaux et autres temps partiels, où de changer de métier après quelques années, il est non rentable de former des filles…

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