Accueil Eco & SocialBien-être et richesses Pour éradiquer les mariages précoces, l’argumentaire économique de la Banque mondiale

Pour éradiquer les mariages précoces, l’argumentaire économique de la Banque mondiale

par La rédaction

Puisque l’argument éthique ne suffit pas, un rapport dégaine la démonstration économique : mettre un terme aux mariages d’enfants permettrait aux pays en développement d’économiser des centaines de milliards.


 

D’ici à 2030, les mariages précoces coûteront des centaines de milliards de dollars aux pays en développement. C’est la conclusion d’un nouveau rapport ( Economic Impacts of Child Marriage) publié mardi 27 juin par la Banque mondiale et le Centre international de recherche sur les femmes (ICRW).

Éliminer « le mariage des enfants, le mariage précoce », est un des objectifs de développement de l’ONU à l’horizon 2030. Y mettre fin est bien sûr, avant tout, un objectif moral, prennent soin de souligner les auteur.e.s du rapport. « Le mariage précoce prive les jeunes filles mariées du droit à la sécurité et à la sûreté, à la santé et à l’éducation, ainsi que du droit de faire des choix et de prendre des décisions sur leurs propres vies », souligne Quentin Wodon, directeur de projet à la Banque mondiale et co-auteur du rapport.

Sans compter que la pratique « peut conduire à des risques et des souffrances substantielles pour les filles qui sont mariées précocement et pour leurs enfants ». Par exemple, les complications de grossesses et d’accouchement sont la seconde cause de mortalité chez les filles de 15 à 19 ans, selon l’OMS.

Démontrer les coûts pour favoriser les investissements

Mais puisque la pratique ne recule qu’à petits pas – chaque jour dans le monde, plus de 40 000 filles sont mariées avant leurs 18 ans – la Banque mondiale et l’ICRW dégainent l’appât économique. Un argumentaire désormais répandu (Voir : Bénéfices économiques et bien-être : le plaidoyer de l’OIT pour l’emploi des femmes), même s’il est à double tranchant, comme le souligne Réjane Sénac.

Ce rapport entend faire en sorte « que la démonstration de ces coûts permette de générer de plus importants investissements en faveur de l’éradication du mariage des enfants et des grossesses précoces, et pour la promotion de l’éducation des filles ».

Dans 25 pays en développement pour lesquels une analyse détaillée a été menée, au moins une femme sur trois se marie avant 18 ans, et une femme sur cinq a son premier enfant avant l’âge de 18 ans. Dans ces pays, trois accouchements précoces sur quatre (enfants nés d’une mère de moins de 18 ans) sont le fruit d’un mariage précoce, note le rapport.

Conséquence mathématique : en mettant fin aux mariages d’enfants, la croissance démographique serait réduite. D’où des avantages en termes de bien-être dans la population, que le rapport traduit par un gain économique, pour 106 pays en développement, de plus de 500 milliards de dollars par an en 2030.

L’enjeu de la scolarisation

Par ailleurs, un recul de la mortalité et de la malnutrition des moins de cinq ans entraînerait des retombées que le rapport chiffre à plus de 90 milliards de dollars à l’horizon 2030. En outre, note le rapport, « les pouvoirs publics réaliseraient des économies budgétaires en termes de fourniture d’éducation de base, de services de santé et d’autres prestations. »

Enfin, et surtout, mettre fin aux mariages précoces va de pair avec une meilleure scolarisation des filles. Les statistiques témoignent que quand une fille d’un pays en développement bénéficie de 7 ans ou plus de scolarisation, elle se marie quatre ans plus tard et a deux fois moins d’enfants. Et la scolarisation conduit aussi à une hausse du revenu des femmes sur le marché du travail. Les femmes mariées à un âge précoce perçoivent en moyenne un revenu inférieur de 9 %.

« La pauvreté, les inégalités entre les hommes et les femmes, le manque d’accès à une éducation de qualité et à des services de santé sexuelle et reproductive adaptés aux jeunes, et l’absence d’emplois décents constituent autant de facteurs qui contribuent à perpétuer la pratique des mariages d’enfants et de l’accouchement à un âge précoce », conclut Suzanne Petroni, directrice de projet au Centre international de recherche sur les femmes et co-auteure du rapport. « Il faudra s’attaquer à tous ces problèmes pour que les pays parviennent à mettre fin à cette pratique nuisible et coûteuse. »

 

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