Le Festival de Cannes s’achève. Cette 79e édition n’aura pas brillé pour son attention portée à la parité. Revue de presse pour comprendre le plafond de verre persistant dans le monde du cinéma.

Que retenir de ce Festival de Cannes 2026 ? L’absence totale de parité. Encore. Sur les vingt-deux films en compétition pour la Palme d’or, seuls cinq sont réalisés par des femmes. Seul marqueur de progrès : les médias en parlent.
Un symbole féministe pour masquer l‘absence de parité
Les héroïnes Thelma et Louise sont célébrées par le 79e Festival de Cannes. On aurait pu attendre que ce choix d’affiche fasse souffler un vent féministe sur la Croisette. C’était d’ailleurs l’ambition du festival, qui écrit sur son site : « Ces deux combattantes inoubliables ont renversé la table et fait voler en éclats quelques stéréotypes cinématographiques et politiques ; elles ont incarné la liberté absolue et l’amitié indéfectible ; elles ont montré la voie de l’émancipation quand elle devient vitale. S’en souvenir aujourd’hui, c’est célébrer le chemin parcouru, sans pour autant ignorer celui qu’il reste à faire ». Mais du chemin, il en reste à parcourir !
Le collectif 50/50 dénonce un « feminism washing » de la part des organisateurs. Dans les pages du journal Le Monde, Eléonore Masson, administratrice du Collectif 50/50, critique : « Cette affiche est un premier pas, mais c’est aussi une instrumentalisation du féminisme à des fins réputationnelles. Elle sera vue partout à Cannes et dans les médias, on gardera l’image d’un festival féministe, malgré des chiffres qui disent le contraire ».
Les coulisses du film de Thelma et Louise, réalisé en 1991, illustrent d’ailleurs bien le mécanisme d’invisibilisation des femmes à l’œuvre dans le 7e art. La scénariste, Callie Khouri, pourtant récompensée d’un Oscar en 1992, reste encore aujourd’hui méconnue et un seul nom prend toute la lumière : le réalisateur Ridley Scott. Ce film existe aussi grâce au combat d’une seconde femme : la productrice Mimi Polk Gitlin, qui a porté le projet malgré les multiples refus. Elle aussi a été oubliée par le grand public. En s’emparant du symbole de Thelma et Louise, le Festival « tente de faire oublier la réalité d’un secteur qui continue de reléguer les femmes au second plan », dénonce le collectif 50/50, cité par TV5 Monde.
« Une année noire » pour les réalisatrices
Le collectif 50/50 parle même « d’une année noire pour la sélection officielle », rapporte Le Monde. Cette année, seulement 22% de réalisatrices en lice pour la Palme d’or, soit 5 sur 22 nommé.e.s. « Un chiffre toujours bien bas et qui stagne d’année en année », déplore France Culture. Parmi les nommées, la réalisatrice allemande Valeska Grisebach, l’autrichienne Marie Kreutzer, ainsi que les trois Françaises Jeanne Herry, Léa Mysius et Charline Bourgeois-Tacquet. Seul point positif : pour la première fois, parmi les Français.es, il y a plus de réalisatrices que de réalisateurs.
Si la parité paraît encore lointaine, elle stagne ces dernières années. « Elles étaient en moyenne 25 % entre 2021 et 2025, avec une année record en 2023, marquée par six femmes sélectionnées (soit 33 % de la sélection) », peut-on lire sur Franceinfo qui cite des chiffres produits par le collectif 50/50. Une étude du CNC, parue en novembre 2025, citée par ce même article, estime que « les barrières à l’entrée pour les femmes réalisatrices sont structurelles ».
Lors d’une prise de parole le 17 mai, dans le cadre du festival, l’actrice australienne Cate Blanchett critiquait cet « environnement homogène ». « Je suis encore sur des plateaux et je fais le compte tous les jours. Il y a toujours dix femmes et 75 hommes chaque matin », témoigne-t-elle, avant de rappeler que « MeToo a été étouffé trop vite ».
« La masculinité toxique est un vrai problème ». Javier Bardem
Un point de vue partagé par l’acteur espagnol Javier Bardem. Le même jour, au micro de France Inter, il lance : « La masculinité toxique est un vrai problème ». Il poursuit : « On a #MeToo mais ça ne suffit pas. Nous, en tant qu’hommes, nous devons soutenir les femmes, il ne faut plus qu’elles soient victimes. Quand elles essayent d’avancer, elles ont raison de dénoncer les abus ».
Le collectif 50/50 évalue que « depuis la création du festival, seulement 6% des films en compétition étaient réalisés par des femmes. 25% de réalisatrices en compétition depuis 5 ans, 3 réalisatrices ont décroché la Palme d’Or sur 103 », relayé par TV5 Monde.
« Des sélections parallèles plus proches de la parité »
Si le bilan de ce 79e Festival de Cannes est désastreux sur le plan de la parité, France Culture invite à regarder du côté « des sélections parallèles », qui sont « plus proches de la parité ». L’article cite notamment la Semaine de la critique, où « 55 % des films présentés cette année sont réalisés par des femmes », ou encore la Quinzaine des cinéastes, où « elles sont un quart pour les longs métrages et 44 % pour les courts-métrages dans cette même sélection, organisée par la SRF, la Société des réalisatrices et réalisateurs de films ». Le collectif 50/50 l’explique notamment par la politique de transparence quant à la composition des comités de la sélection officielle. « On voit bien que, lorsque le comité est public et paritaire, le nombre de réalisatrices sélectionnées est mécaniquement plus élevé », insiste Eléonore Masson dans Le Monde.
Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, comptait d’ailleurs beaucoup sur ces sélections parallèles pour relever le niveau. « Il ne faudra pas le juger sur la seule compétition, mais sur l’ensemble de la sélection officielle ainsi que sur les sections parallèles », se justifiait-il.
Conclusion : « C’est fichu pour 2026, se désole Eléonore Masson auprès du Monde, avant d’ajouter : Mais le message devra passer dans les années à venir. On voit que c’est possible, les Césars l’ont montré cette année, avec l’édition la plus paritaire de leur histoire ». La parité est possible… encore faut-il y mettre les moyens.
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