Une candidate à l’élection présidentielle enceinte ? L’annonce de Marine Tondelier déchaîne les critiques. Elle pourrait pourtant lever un double tabou : celui de la maternité au pouvoir et celui des douloureux parcours de PMA.
La maternité en politique n’est pas encore un non-sujet. La récente annonce de la grossesse de Marine Tondelier a réveillé, chez ses détracteurs, une vision arriérée de la place des femmes en politique. La présidente d’Europe Écologie Les Verts (EELV) a fait le choix de médiatiser son annonce, en évoquant aussi son difficile parcours de PMA. Si les dirigeants politiques évitent cette fois-ci les commentaires sexistes, sur les réseaux sociaux et dans certains médias c’est un festival.
« Incompatibles » ?
Tragédie patriarcale, acte 1 : culpabilisation des femmes en politique lorsqu’elles sont, ou vont devenir, mères. Les répliques sexistes se multiplient sous le post de Marine Tondelier sur X. On peut y lire : « Bonne chance pour le post partum présidentiel », « Ou tu pourrais juste te retirer pour mieux préparer ton rôle de future mère ? … Non ?! Sauf si c’est une façon cynique d’utiliser la carte de la candidate enceinte pour faire plus de 3% » ou encore « C’est une heureuse nouvelle. Mais radicalement incompatible avec la fonction à la Présidence de la République. Cette fonction réclame une disponibilité sans aucune concession possible. Or, un enfant a besoin de sa mère. Et pas quand il aura atteint 5 ans ou plus ». Incompatible ? Ces commentaires illustrent toutes les injonctions qui pèsent sur les femmes lorsqu’elles s’engagent en politique et dans la maternité.
Dans un autre registre, un internaute ose même écrire : « Pensez à manger de la viande avec votre conjoint, vous aurez moins de mal pour le prochain, les choix idiots ont des conséquences ». (Lire aussi : Ils défendent (mal) leur steak face à Sandrine Rousseau)
Alors que Marine Tondelier a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, l’annonce de sa grossesse dérange les mentalités conservatrices. Sur RMC, dans l’émission Les Grandes Gueules, le consultant Antoine Diers, ancien porte parole du parti d’Éric Zemmour, critique la candidate : « C’est le plan comm du bébé, utiliser le bébé pour faire de la politique, je n’aime pas ça, je trouve ça malsain ». Il ajoute : « Il manque le principal message, n’attendez pas d’avoir 39 ans pour faire un enfant. (…) On repousse l’âge de la maternité avec toutes les conséquences médicales que cela implique. Essayons de soutenir les femmes pour avoir des enfants à 25-30 ans plutôt qu’à 35-40 ». Sur le plateau, seule la chroniqueuse Laura Warton-Martinez lui rétorque : « Lâchez nos utérus, trouve toi plutôt une compagne pour procréer ».
Une stigmatisation systématique
Devenir mère a longtemps valu aux femmes politiques d’être décrédibilisées et mises de côté. En 1992, Ségolène Royal avait déjà choisi de médiatiser son accouchement pour briser ce tabou. Mais jusqu’à sa campagne pour l’élection présidentielle en 2007, elle est la cible de remarques sexistes, telles que le fameux « mais qui va garder les enfants » de Laurent Fabius, qui continue de démentir cette déclaration. Heureusement, en 2026, près de vingt ans plus tard, ce genre de propos se raréfie chez les hommes politiques.
Dans le documentaire Au pouvoir et enceintes (2025), la député Olivia Grégoire (Ensemble pour la République) se remémore l’attitude culpabilisatrice d’un médecin à son égard, alors qu’elle est âgée de 42 ans et qu’elle avait vécu trois fausses couches. Le médecin lui lance : « Mais il me semble que vous avez fait votre choix » entre « ministre ou maman ».
En 2022, Aurore Bergé, alors ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, préfère cacher sa grossesse durant la campagne des législatives. Dans ce même documentaire, elle témoigne : « Je ne veux pas que ça me désavantage », se remémore-t-elle, alors qu’elle voulait prendre la présidence de son groupe à l’Assemblée nationale, et déplore que la maternité représente encore le « risque d’une petite mort sociale et d’une petite mort professionnelle ».
Preuve du sexisme persistant en politique : même la loi ne prévoit rien lorsqu’une élue, maire ou parlementaire, souhaite prendre son congé maternité. Léonore Moncond’huy, alors maire EELV de Poitiers, en a fait les frais en 2024. Alors qu’elle est enceinte et annonce vouloir prendre deux mois de congé maternité, elle découvre qu’aucun dispositif n’a été pensé pour compenser les pertes de revenus des élues et ni garantir leur intérim. Et ce, alors même que les femmes sont éligibles en France depuis 80 ans.
Briser le tabou de la maternité en politique
Mais les choses commencent à changer. Certaines élues cessent de camoufler leur vie de mère de famille, sans pour autant en faire un sujet. Le 24 septembre 2025, l’élue allemande Hanna Steinmüller est intervenue en séance plénière en portant son bébé à la tribune.
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Si certains reprochent à Marine Tondelier d’avoir médiatisé l’annonce de sa grossesse, la candidate contribue aussi à briser un tabou. Dans son annonce et ses différentes prises de parole médiatiques depuis 48h, elle évoque un « bébé miracle ». En effet, la présidente des Écologistes témoigne avoir vécu « le drame silencieux des fausses couches » ainsi que plusieurs tentatives infructueuses de PMA et FIV. Elle met ainsi la lumière sur un problème de société puisque que l’infertilité concerne un couple sur cinq et les fausses couches, que les féministes préfèrent nommer des « arrêts spontanés de grossesse » afin de ne pas nier l’existence de ce vécu, touche une femme sur trois. « Je refuse que ce sujet reste un tabou alors qu’il concerne et fait souffrir tant de monde », revendique Marine Tondelier sur X. Elle ajoute : « Je n’avais pas prévu de mener une campagne présidentielle enceinte. Mais cela permettra sans doute pour une fois que certains sujets totalement invisibilisés soient enfin mis sur la table ».
Ainsi, l’annonce de Marine Tondelier, et la portée médiatique qu’elle a choisi de lui donner, participe à bousculer les codes d’un monde politique encore façonné par les hommes. Elle invite d’ailleurs le président de la République à revoir sa conception de la maternité. Lui qui parle de « réarmement démographique »… Et veut adresser aux couples en âge de procréer un courrier brandissant la menace de l’horloge biologique au lieu de créer les conditions économiques et sociales favorables à la natalité
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