La réforme du congé parental tombe dans les oubliettes

par Isabelle Germain

Ce n’est pas une priorité, a affirmé hier Xavier Darcos, le ministre du travail. Priorité pour qui ? Nicolas Sarkozy en avait fait une promesse de début de mandat. Xavier Darcos lui-même avait cité cette réforme parmi les grands chantiers de 2010 lors de ses vœux à la presse.


 

Le Haut Conseil de la famille (HCF), qui planchait sur le sujet depuis un an, avait rendu ses préconisations le 11 février. Et patatras, à l’occasion du lancement du « club Crèches et Entreprises », hier, le ministre a renvoyé la réforme aux calendes grecques.

Le congé parental est pourtant au cœur des problématiques d’égalité professionnelle dont le gouvernement assure, la main sur le cœur, qu’elles sont prioritaires.

Tel qu’il existe aujourd’hui, ce congé est un cadeau empoisonné pour les femmes. Appelé Complément de libre choix d’activité (CLCA), il permet au parent s’arrêtant complètement ou partiellement de travailler pour élever un enfant de toucher entre 140 et 550 euros par mois environ. Durant six mois pour un enfant, 3 ans lorsqu’il y en a trois. Puisque les femmes ont des salaires plus bas que les hommes, ce sont elles qui font le « choix » de cesser leur activité professionnelle : 98% des bénéficiaires du CLCA sont des mamans. Lesquelles dégonflent ainsi les statistiques du chômage. Elles ont ensuite les pires difficultés pour se réinsérer lorsque le CLCA disparait. Leurs  perspectives de carrière et de progression salariale se réduisent et le partage sexuel des rôles dans la société ne bouge pas d’un iota.

Lot de consolation pour elles : Xavier Darcos insiste sur « la nécessité d’améliorer la formation professionnelle et l’employabilité des femmes en fin de congé parental » et compte sur le déjà très débordé « Pôle emploi » pour pallier leurs difficultés.  Une façon de soutenir l’égalité hommes/ femmes comme la corde soutient le pendu.

Pas de consensus à 52, pas de réforme

Le  but de la réforme était pourtant de prendre le mal à la racine en rendant le congé parental attractif pour les hommes comme pour les femmes. A égalité devant le congé parental, ils auraient eu plus de chance d’être à égalité devant l‘emploi. L’Objectif a été un peu perdu de vue au fil des réflexions des 52 membres du HCF qui, au bout du compte, ne sont pas parvenus à un consensus. Leurs  différentes propositions tournaient autour d’une idée de congé plus court mais mieux rémunéré… Pas au point d’atteindre les 80% du salaire comme en Suède. Et préconisaient de multiplier les modes de garde pour prendre en charge les enfants. Anticipant les mécontentements divers, Xavier Darcos a préféré renoncer. Rappelons que 64% des enfants de moins de trois ans sont gardés par les mamans qui renoncent à leur travail.

 

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5 commentaires

zuop 18 février 2010 - 14:21

pas compris pourquoi elles dégonflent les chiffres du chômage puisque si elles ne prennent pas ce congé, elles travaillent ….???

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cultive ton jardin 18 février 2010 - 16:49

zuop… la place qu’elles libèrent est disponible pour un(e) autre, ça me semble élémentaire, non?

Pfff…

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cultive ton jardin 18 février 2010 - 16:53

64%… c’est énorme. Heureusement que l’école maternelle existe, ne nous la laissons pas voler!

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cultive ton jardin 18 février 2010 - 16:57

Déjà, on pourrait décider que la moitié du congé parental soit utilisable par le père et par lui seul. Réforme peu coûteuse, qui, même si de nombreux couples préfèreront « perdre » ce congé, augmenterait la proportion de congés parentaux masculins et les banaliserait un peu.

Modifier la manière de penser d’une société n’est pas sans intérêt.

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Helyo 21 octobre 2010 - 15:04

Si elles prennent les congés, elles ne s’inscrivent pas au chomage. Si j’ai bien compris…

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