30 ans après la première étude mondiale sur la place et l’image des femmes dans les médias, la faible courbe de progression est stoppée net avant le seuil critique qui pourrait faire basculer les mentalités.
« Progress on a plateau » : c’est le titre du rapport « who makes the news » 2025 du Global Media Monitoring Project (GMMP), la plus grande étude mondiale sur la place des femmes dans les médias. Réalisée tous les cinq ans depuis 30 ans, cette étude a montré d’abord une légère progression de la place des femmes dans le contenu de l’information avant que cette progression ne soit stoppée à partir de 2010 / 2015.
Plafond de verre à 26 %
Aujourd’hui les femmes représentent 52 % de la population mondiale mais seulement 26 % de l’ensemble des extraits télévisés, radiophoniques, numériques et imprimés à travers le globe.
En France, ce chiffre est légèrement supérieur à la moyenne mondiale : 28 %. La progression est stoppée net avant le point de bascule. On estime en effet qu’une vision dominante peut changer seulement à partir d’un seuil de 30 % de personnes influençant un groupe dans le même sens.
Pour réaliser cette étude, 39 médias à forte audience ont été passés au crible par des bénévoles (7 chaînes, 11 radios, 10 titres de presse, 11 titres numériques. Parmi eux : TF1, France 2, CNews, Arte, France Inter, RTL, Le Monde, Le Figaro, L’Humanité, Ouest-France, Mediapart, etc. L’étude portait l’information produite par les médias le 6 mai 2025. L’actualité, dans ces journaux, était secouée par l’élection du nouveau chancelier allemand, la guerre à Gaza, le meurtre d’une joggeuse, Trump omniprésent ou encore une grève à la SNCF.
Radio et presse en baisse
Certains médias voient chuter la présence des femmes dans leur récit : la radio n’en compte que 22 % tout comme la presse écrite (contre 29 % en 2020). La télévision rattrape la catastrophe, passant de 32 % en 2020 à 38 % en 2025.
Et au final, le constat est le même depuis 30 ans : les femmes sont sous-représentées dans le récit de l’information. Et lorsqu’elles apparaissent, c’est, le plus souvent en tant que victime, témoin anonyme ou objet de décoration. Tandis que les hommes sont dirigeants, experts ou héros…
L’expertise, chasse gardée des hommes
Les hommes représentent 75 % des « experts » sollicités par les médias pour donner leur avis. Reste aux femmes 25 % et leur expertise est « cantonnée à la parole profane » observe Laetitia Biscarrat, coordinatrice de l’étude 2025 pour la France. Quand les femmes s’expriment c’est plus pour parler d’expérience personnelle ou représenter la vox populi que pour avancer des arguments d’autorité.
Les chutes sont nombreuses. Les femmes passent sous la barre des 20 % pour la première fois depuis 2010 dans les pages politique : 14% des personnalités politiques en 2025 contre 22, au plus haut en 2015. 15 % des sportives contre 32 en 2015. 12 % des Pdg, managers, cadres contre 19% en 2020. Les femmes sont visibles quand elles ne sont pas en position de décideuses : fonctionnaires, employées (45%), artistes (27%) ou étudiantes, lycéennes (36%).
Média versus réalité
Les femmes sont toujours, bien plus que les hommes, présentées par des liens familiaux ou leur fonction de parent : c’est le cas de 13% des femmes contre 4% des hommes en France. Et au niveau mondial, elles représentent les trois quarts des personnes que l’on présente comme parent.
L’écart entre la place des femmes dans la vraie vie et leur place dans les médias est toujours béant. Les professions juridiques, par exemple sont très féminisées, avec 71% de femmes juges et 57% d’avocates. Mais dans les médias d’information, les femmes ne comptent que pour 26% de ces professions.
La nouvelle rhétorique de la « victime » masculine
Une catégorie se présente sous un jour nouveau et préoccupant : les victimes. Dans les éditions précédentes les femmes semblaient sur représentées dans cette catégorie. Mais l’édition 2025 fait apparaître un point qu’il faudra étudier : beaucoup d’hommes sont présentés comme des victimes. Victimes de conflits armés… mais aussi victimes des mouvements progressistes, victimes, selon leurs mots de « dérives wokistes »
« Moins de 2 % des articles traitent de la violence sexiste. Ce faible pourcentage est en contradiction avec la gravité de la violence sexiste, qui touche une femme ou une fille sur trois dans le monde » note aussi le rapport.
Qui écrit l’actualité ? La proportion de femmes journalistes a baissé. Elle était de 48 % en 2010, elle est passée à 43 % et les hommes dominent toujours les rubriques qui racontent le pouvoir et l’héroïsme : politique, économie, sport tandis que les femmes parlent de santé, vie privé.
La banalisation du contre-stéréotype est encore loin
Le rapport se termine sur cette donnée : seuls 2 % des sujets contredisent les stéréotypes. Une étude qualitative portant sur un panel de 50 articles permet d’arriver à cette conclusion. Pour se prononcer, les auteurs et autrices du rapport ont observé le nombre de stéréotypes et de contre-stéréotypes présents dans les récits. Et la banalisation des contre-stéréotypes… 2% !
Le rapport continue de prêcher pour des pratiques journalistiques plus féministes mais la montée du masculinisme dans les médias laisse peu augurer d’une édition 2030 plus brillante.
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Le « plafond de verre » de l’information, rapport GMMP 2015
L’information, miroir déformant sexiste de la société (GMMP 2020)
Toujours d’actualité :
Journalisme de combat pour l’égalité des sexes. La plume dans la plaie du sexisme. Isabelle Germain. LNN édition
Hiérarchie des sujets, choix des interlocuteurs, qualifications, disqualifications… Aujourd’hui, dans les médias, le masculin l’emporte. Un autre genre d’information est possible. Depuis plus de dix ans, LesNouvellesNews.fr portent la plume dans la plaie du sexisme. C’est ce journalisme de combat que raconte ce livre d’Isabelle Germain.
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