Accueil MédiasBruits et chuchotements Les droits des femmes en lumière grâce aux controverses

Les droits des femmes en lumière grâce aux controverses

par Isabelle Germain

 

Argent, violence, petite enfance, gynécologie… Friands de polémiques, les journaux accordent enfin de la place aux sujets droits des femmes évoqués par Marlène Schiappa. Mais oublient le gender budgeting.

A peine l’incendie sur l’amputation du budget Droits des femmes était-il assoupi qu’a surgi celui du CAP petite enfance, avant que ne s’embrase la question des violences obstétricales. Est-ce la léthargie de l’été ? Les vacances des éditorialistes habituels ? Une stratégie d’allumage de contre-feux ininterrompue ? En tout cas, au milieu des feux de forêts réels du sud de la France, se faufilent dans l’actualité des sujets sur les droits des femmes qui posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Certes, ils ne font pas les unes mais ils sortent de l’ombre. Et c’est tant mieux pour la cause car c’est le silence qui fait perdurer le sexisme.
La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa vient d’éteindre partiellement l’incendie concernant son budget en publiant la liste des associations bénéficiaires de subventions, les montants attribués et en affirmant qu’elle « confirme le maintien intégral pour 2017 des subventions de son secrétariat d’Etat aux associations dont l’objet est la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. » Les subventions accordées aux associations semblent être effectivement en ligne avec celles accordées les années précédentes selon le Sénat. Pour les associations n’entrant pas dans la catégorie « lutte contre les violences sexistes et sexuelles », les attributions de subventions sont en cours. Reste à savoir si le travail qu’elles accomplissent sera pris en charge dans un cadre interministériel. Cette première polémique aura eu le mérite de mettre en lumière les faiblesses du financement de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Avant même que la question du budget ne soit éteinte, une autre proposition de la ministre a embrasé l’opinion : « réfléchir à la création d’un dispositif de validation des acquis de l’expérience (VAE) des jeunes parents. » La ministre avait pourtant pesé ses mots en parlant de « réfléchir à » et de diplôme d’Etat qui serait mis en place avec le ministère de l’éducation… Illico, sur les réseaux sociaux, elle a été suspectée de vouloir distribuer automatiquement des CAP à tout parent, en particulier aux mamans. Plus sérieusement,dans une tribune largement partagée, la Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants (FNEJE) a prévenu qu’elle attendait une politique ambitieuse pour la petite enfance : « Rappelons le combat mené par la FNEJE pour la revalorisation du diplôme d’Educateur de Jeunes Enfants : dans le cadre de sa réingénierie, elle a déjà obtenu qu’il passerait d’un diplôme de niveau III à un niveau II. A n’en pas douter, cette proposition de Marlène Schiappa sera abordée lors des échanges de la FNEJE avec la ministre de la Santé Agnès Buzyn prévus en septembre… »
Cette deuxième polémique aura eu le mérite de poser des questions sur la petite enfance. A la fois sur le thème de la valorisation des métiers et sur celui de la garde des enfants, lequel a un lien direct avec le sujet de l’égalité professionnelle.

Puis il a fallu reprendre la lance à incendie sur le front des violences obstétricales. La ministre a annoncé lors de ses auditions au Sénat et à l’Assemblée nationale le 20 juillet, qu’elle avait commandé un rapport sur les violences obstétricales au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. « Vous savez qu’en France on a un taux d’épisiotomie à 75 % alors que l’OMS préconise d’être normalement autour de 20 à 25 %, des pratiques obstétricales non consenties, avec particulièrement des violences obstétricales sur les femmes très jeunes, étrangères ou handicapées. » a-t-elle déclaré. Colère du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) dans une lettre ouverte lundi : « Vos chiffres sont faux. La dernière évaluation officielle et publique réalisée en 2010 rapportait un taux d’épisiotomies à 27%, avec une réduction de moitié depuis le décompte précédent qui était de 55% en 1998 ». Selon Les décodeurs du Monde, le chiffre cité par Marlène Schiappa proviendrait d’un sondage réalisé en 2013 par l’association Maman travaille qu’elle fondée.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins regrette que la secrétaire d’Etat ait « attaqué l’ensemble d’une profession dont la bientraitance envers les femmes est la tâche quotidienne » et lui demande d’être reçu avec des représentants du Collège national des gynécologues et obstétriciens français pour « évoquer ce qu’est aujourd’hui la réalité de l’exercice des gynécologues et obstétriciens en France ». Cette troisième polémique, n’a pour l’instant permis qu’aux opposants à la ministre de s’exprimer. Il faudra probablement attendre le rapport du Haut conseil pour que les journaux en disent plus sur le contenu des violences obstétricales. La ministre pensait-elle par exemple au « point du mari » ? Au ras-le-bol des parturientes face aux étudiants en médecine devisant sur l’ouverture de leur col avec les professeurs en pratiquant d’interminables examens des cols en question, sans leur consentement, pendant qu’elles accouchent ? Bref la question de la relation entre le gynécologue « sachant » et la parturiente qui ne veut plus se contenter d’écouter pourrait-elle être posée ? Le débat ne fait que commencer.

En revanche le Gender budgeting qui a aussi été évoqué par la ministre lors de ses auditions devant les parlementaires n’a pas fait s’embraser les gazettes. Seules quelques critiques sur l’emploi de l’anglais par une ministre française et quelques irritations provenant de la fachosphère se sont fait jour. C’est pourtant la question qui devrait être centrale si la secrétaire d’Etat parvient à suivre sa feuille de route. Chaque ministère, chaque collectivité locale, chaque institution publique ne devra dépenser l’argent public que si ces dépenses n’alimentent pas des activités qui produisent des inégalités entre femmes et hommes. Vaste programme, petite couverture médiatique… Ces polémiques montrent en tout cas que la question de l’égalité entre femmes et hommes est loin d’être consensuelle

 

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4 commentaires

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Le Monolecte 25 juillet 2017 - 17:50

«la bienveillance de la gynécologie»… il y en a qui ne manquent pas d’air!
La maltraitance, la condescendance, l’infantilisation, la non-prise en compte de la parole ou des demandes des femmes sont carrément la règle de cette profession!
Oui, pour des États généraux de la gynécologie, mais cette fois avec les principales intéressées autour de la table et seulement comme faire-valoir ou alibi!

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Isabelle GUEGUEN 25 juillet 2017 - 18:22

En effet, peu de commentaire sur la Budgétisation sensible au genre !! j’invite celles et ceux qui veulent en savoir davantage à consulter le guide réalisé par le Centre Hubertine Auclert et Perfégal à destination des collectivités locales françaises !!
http://www.perfegal.fr/guide-budgetisation-sensible-genre.html

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flo 25 juillet 2017 - 20:06

J’ai surtout la désagréable impression que la Secrétaire d’Etat est devenue la femme à abattre… La violence avec laquelle les commentateurs s’agitent autour de sa personne est révélateur d’un niveau de sexisme rarement atteint. Certes le silence fait perdurer le sexisme, comme vous l’écrivez, mais la parole des femmes le libère violemment, hélas, aussi…

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Lili 27 juillet 2017 - 10:13

Utilisation de chiffres faux (même pour un débat réel) qui donnent à la mauvaise foi des gynécos les armes pour risposter, réduction des femmes modestes (pas les autres, les enfants c’est pour les pauvres filles) à leur perspective maternelle « professionnalisée » dans un secteur notoirement soumis au chômage -on aimerait une vrai promotion du métier, et une vrai promotion de ce métier auprès des hommes, et depuis on a oublié qu’il faut surtout ouvrir des places en crèches – erreurs de com permanentes,…. On aimerait que tout cela amène le débat sur ces sujets. Or cela amène une décrédibilisation totale de la ministre et par ricochet des questions féministes. Espérons qu’elle apprenne vite, parce que sinon ça va mal tourner…

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