Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes exposées à des gaz lacrymogènes lors de récentes manifestations en France rapportent des perturbations de leur cycle menstruel. Un angle mort persistant de la recherche médicale concernant la santé des femmes.

Crampes utérines, douleurs ovariennes, saignements importants, retard de règles, sensibilité mammaire… Depuis le début de la mobilisation lycéenne, des femmes témoignent de nombreux troubles sur leur cycle menstruel. La possible cause de ces perturbations ? Les gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre lors des manifestations.
Près de 10 000 témoignages
Suite aux premiers témoignages sur les réseaux sociaux, le collectif Lacrymos de sang, composé de « militant.e.s et scientifiques français.e.s qui travaillent sur les questions de santé gynécologique, de justice reproductive et de violences policières », voit le jour début octobre. Pour documenter le phénomène, le collectif lance un questionnaire en ligne. Environ 9 500 réponses ont été recueillies à la date 29 octobre, comme le précise FranceInfo.
Les témoignages se font écho. Sur le compte Instagram du collectif, on peut lire ce récit : « Je prends la pilule et je ne peux pas avoir mes règles. Le lendemain de la manifestation, mes règles se sont déclenchées (je n’ai pas oublié ma pilule) et j’ai eu encore plus de douleurs que d’habitude avec mon endométriose ». Ou encore celui-ci : « Je n’ai pas été gazée directement mais on m’a envoyée sur un lieu quelque temps après chercher des élèves qui avait été gazés, j’ai remarqué la présence dans l’air environnant de lacrymos parce que j’ai eu les yeux qui picotaient, rien de violent. Quand j’ai quitté mon poste à 16h, mes règles s’étaient déclenchées deux semaines en avance ». Parmi les femmes ayant témoigné, une majorité n’avait jamais éprouvé ces symptômes auparavant.
Des effets secondaires sous documentés
Si les effets « immédiats » des gaz lacrymogènes – le picotement des yeux, la peau irritée ou les voies respiratoires obstruées – sont étudiés et désormais connus, ceux sur le cycle menstruel restent sous-documentés.
Toutefois, une étude publiée dans la revue BMC Public Health a recueilli 1650 témoignages de personnes ayant été exposées aux lacrymogènes lors des manifestations de 2020 à Portland. Résultat ? 54,5% d’entre elles rapportent avoir ressenti des perturbations au cours de leur cycle menstruel. En 2023, une seconde étude, parue dans Frontiers in Epidemiology, appuie ces premiers résultats. Sur 1 276 femmes exposées à des gaz utilisés par les forces de l’ordre lors du mouvement Black Lives Matter, 83% témoignent de douleurs utérines, de retard de règles, ou à l’inverse de saignements précoces, ou encore d’une sensibilité mammaire.
Les effets des agents chimiques utilisés par les forces de l’ordre demandent encore à être étudiés dans leur entièreté. L’impact sur le cycle menstruel doit être éclairci. Pour la grossesse ou l’allaitement, il n’existe aucune donnée permettant d’évaluer les risques d’une exposition à ces gaz irritants. En regroupant des témoignages isolés, le collectif Lacrymos de sang interpelle les pouvoirs publics, mais également les laboratoires de recherche, pour que les effets spécifiques liés à la santé du corps des femmes ne soient plus occultés. Si l’appel à témoignages a été clôturé le 31 octobre, le collectif va désormais étudier ces données afin d’en révéler les résultats le 17 novembre prochain.
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