Après les journées de mobilisation lycéenne et contre la vie chère, la justice se rend de manière express à l’encontre des interpellés. Les féministes dénoncent cette répression et s’indignent, à l’inverse, de la lenteur des procédures pour les affaires de VSS.

La mobilisation lycéenne se poursuit. Alors que la répression policière s’intensifie, la journée du 17 octobre bat des records : 1.800 interpellations en France selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. À la demande du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, des lois d’exception ont été instaurées pour juger les personnes poursuivies. « Dans notre pays, on dirait qu’il vaut mieux être une vitrine qu’une femme battue », a réagi l’avocat Romain Boulet, co-président de l’ADAP (Association des avocats pénalistes), au micro de France Inter.
« La justice sait aller vite »
« C’est sans doute la semaine la plus répressive de l’histoire de la Ve République », ajoute Romain Boulet. À l’issue des comparutions immédiates en lien avec les événements du 17 octobre, 217 personnes ont finalement été incarcérées. Parmi ces condamnations à de la prison ferme, certains mis en cause ne justifiaient d’aucun antécédent judiciaire. « Aujourd’hui, nous avons des individus qui comparaissent devant des juridictions sous la pression du ministère », explique l’avocat, qui s’indigne que le ministre de la Justice soit « venu en direct au journal de 20 heures pour demander à ce que la loi criminalité organisée s’applique aux procédures en cours ».
Face à une justice express, les féministes dénoncent le décalage avec la lenteur des procédures dans les affaires de violences sexistes et sexuelles. « La justice sait aller vite, reste à savoir pour qui », interpelle la réalisatrice et militante Judith Godrèche sur Instagram. Pour juger les auteurs de pillages ou de dégradations, il aura fallu quelques jours jours. Entre le signalement d’une affaire de viol au parquet et la première décision de justice, sans compter une enquête préalable, il peut s’écouler jusqu’à 55 mois, comme le précise une étude du ministère de la Justice. Le déséquilibre est flagrant.
Un budget intégral
Si la vitesse des jugements rendus sur les affaires liées au 17 octobre questionne, la lenteur du traitement juridique des affaires de VSS est dénoncée depuis longtemps. En 2025, 111 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France, selon l’étude annuelle du ministère de l’Intérieur. Un chiffre en hausse de 4% sur un an. L’étude précise que 37% des femmes tuées avaient déjà subi des violences antérieures. Parmi elles, 61% avaient signalé ces violences aux forces de l’ordre, et 88% de celles qui avaient signalé avaient déposé plainte. La même année, 9 affaires de viol sur 10 ont été classées sans suite et 132 300 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées, dont 76 200 mineur.e.s. « Pour ces mineur.e.s là, personne ne se presse. Pas de comparution immédiate. Leurs agresseurs, eux, ne dorment pas en garde à vue », s’indigne Judith Godrèche. Elle rappelle que « Jérôme Barella était visé par des plaintes depuis 2017. Jamais entendu sur la dernière. Lyhanna avait 11 ans ».
Pour apporter une solution aux délais excessifs de traitement des affaires devant les cours d’assise, le ministre de la Justice a porté le projet de la loi « Sanction Utile, Rapide et Effective » (S.U.R.E). Le but ? « Accélérer le temps judiciaire ». Toutefois, des opposants politiques et de nombreux avocats ont alerté quant aux risques d’atteinte aux droits des victimes, en particulier dans les affaires de crimes sexuels, contenus dans ce projet de loi. Malgré une mobilisation massive des avocats, le texte est adopté le 9 juillet 2026, mais dans une version réduite.
Le 13 octobre 2026, la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale. Une victoire historique et une véritable lueur d’espoir pour les victimes de VSS. Mais « il faut donner des moyens », insiste désormais la Fondation des femmes. « Sans financement, pas de nouveaux postes spécialisés dans la justice, la police, les écoles et donc toujours autant de délais et de classement sans suite », martèle l’organisation. En conclusion, la Fondation des Femmes réclame « un budget intégral ».
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