Malgré les quotas, les femmes peinent à arriver aux postes de pouvoir. En cause, l’absence de modèle identificatoire. Schtroumpfette ou rien ?
Des quotas pour voir davantage de femmes aux postes de direction ? La France a fini par s’y résoudre en 2011 en inscrivant dans la loi des obligations pour les conseils d’administration des grandes entreprises. Le bilan cinq ans plus tard n’est pas fameux. Au Conseil constitutionnel, les nouvelles nominations ne respectent pas la parité non plus.
Cette même semaine, un colloque sur le sexisme ordinaire au travail évoque ces remarques et comportements qui remettent les femmes à « leur place » : un compliment appuyé sur le physique, des blagues « entre mecs » et hop, le tour est joué, la femme se sent exclue de ces discussions et de ces lieux qui mènent au pouvoir. Elle préfère parfois, d’elle-même, s’en éloigner.
C’est ce que d’aucuns appellent l’autocensure. Dans les formations que nous réalisons pour booster les carrières des femmes, nous parlons plutôt du « syndrome de la Schtroumpfette ». Dans les histoires des Schtroumpfs, les personnages masculins sont nombreux et variés, les hommes ont de nombreux modèles auxquels s’identifier. Pour les femmes, c’est Schtroumpfette ou rien. Elle est belle, blonde, s’occupe des Schtroumpfs. Et c’est tout.
Tout pousse les femmes à s’identifier à ce modèle unique. Nos livres d’histoire, de philosophie, le cinéma, la publicité, le sport, les médias d’information… n’offrent que très peu de modèles hors Schtroumpfette. Dès qu’elles s’éloignent de ce modèle, les femmes savent qu’il n’y a que des coups à prendre. Dans les pays anglo-saxons quand une femme accède à un poste de direction on dit d’elle qu’elle est bossy, ce qui veut dire autoritaire, avec une connotation très péjorative. En France leur féminité est mise en doute. Donc si elles adoptent les codes féminins de la Schtroumpfette belle et dévouée, les femmes n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir. Si elles adoptent les codes masculins, c’est leur sécurité ontologique qui est atteinte.
Quand, pendant nos formations, nous demandons aux femmes de se mettre en avant et revendiquer une de leur réussite professionnelle, étape indispensable pour se mettre dans une peau de dirigeant.e, c’est une véritable épreuve pour elles. Ce n’est pas comme ça qu’on apprend aux femmes à se comporter. Mais c’est comme ça qu’on avance dans la hiérarchie.
Pour ouvrir les portes du pouvoir à la deuxième moitié de l’humanité, il faut non seulement en finir avec le sexisme ordinaire dans l’entreprise mais aussi à l’extérieur, partout où les femmes trouvent des modèles identificatoires. Pour que ces modèles émergent, quelques courageuses doivent braver le sexisme ordinaire ambiant et il est urgent de respecter les quotas.
C’est l’occasion d’ouvrir nos dossiers :
ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE et STÉRÉOTYPES PARTOUT

