Accueil Point de vue Lettre ouverte du collectif Droits Humains à Éric Dupond-Moretti

Lettre ouverte du collectif Droits Humains à Éric Dupond-Moretti

par La rédaction

« Lettre ouverte à Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, à propos des humains qui ne sont pas des hommes » : c’est le titre de la tribune que le Collectif Droits humains pour tou·te·s* a confiée aux Nouvelles News.

Lors de votre première prise de parole au Sénat, le 8 juillet, Éliane Assassi vous a fait remarquer qu’il n’y a pas que des « hommes qui font la justice ». Vous avez pris l’air excédé et rétorqué que vous parliez des « hommes au sens de… », avant de gronder : « Ne me prenez pas sur ce terrain ! » Vous avez ainsi balayé d’un revers de la main une protestation très ancienne, et qui est largement étayée. Cette tactique est peut-être efficace dans un prétoire, mais vous n’êtes plus devant des jurés ou des victimes qu’il faut impressionner.

« Ce terrain », c’est précisément celui où l’on attend la personne qui occupe votre poste. C’est celui de la justice pour tous et toutes, et pas seulement pour ceux qui ont des droits depuis des siècles. Une justice pour les femmes, les enfants, les vieillard·es, les personnes intersexes, celles qui, en raison de leur identité ou de leur orientation sexuelle, de leur pauvreté, de leur origine, de la couleur de leur peau, subissent des discriminations et des violences si admises par des pans entiers de la société qu’elles n’envisagent même pas de porter plainte. Tous ces gens, qui forment ensemble la majorité de la population humaine, sortent du champ du radar quand on parle des « hommes », et plus encore quand on prétend agir avec le concept de « droits de l’homme ». Car cet homme-là, c’est d’abord celui à qui on avait donné le droit de dominer sa femme, ses enfants, ses domestiques.

Cette réalité a été enregistrée en France en 1946, dans le Préambule de la Constitution fondant la IVe République, où la référence aux « droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 » était suivie d’un principe nouveau : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ». Elle a été confirmée au niveau international en 1948, dans la Déclaration universelle des droits humains, après de longs mois de débats pour savoir si les nations rassemblées reconnaissaient les rights of the man ou les human rights. Avec le résultat que l’on sait, mais que la France refuse toujours d’admettre, elle qui a multiplié les traductions incorrectes dans toutes les déclinaisons de la formule (cour européenne, comité…), et même organisé la progression de la terminologie viriliste dans les universités, les bibliothèques et l’espace public, avec les « départements des sciences de l’homme », les « maisons des sciences de l’homme », le « Parvis des droits de l’homme »…

Cette attitude est aussi pathétique que nuisible à notre pays, qui voudrait briller  dans un monde où l’on ne parle plus que « human rights », « derechos humanos », « diritti humani »… et « droits humains », puisque chaque année davantage de pays francophones, d’ONG, de militant·es, de personnalités politiques, rompent avec la terminologie discriminatoire. Voire des ministres. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, déclarait ainsi le 8 mars 2018 : «Je suis partisan de dire désormais définitivement « droits humains »».

C’est donc bel et bien sur ce terrain que nous vous attendons. De pied ferme et impatiemment.»

Eliane Viennot, pour le Collectif Droits humains pour tou·te·s

* Le collectif « Droits humains pour tou·te·s » a publié en mai dernier un ouvrage collectif Droits humains pour tou·te·s. Depuis la création du collectif en 2015, en passant par les concours de plaidoirie à l’Hôtel-de-Ville de Paris, l’ouvrage raconte en 167 pages l’histoire de ce collectif. Mais surtout, il rappelle les enjeux de cette mobilisation engagée pour l’abandon du terme “Droits de l’homme”. L’ouvrage est en vente sur le site de Libertalia. Le Collectif Droits humains pour tou·te·s c’est aussi un blog, une page Facebook et un compte Twitter.


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Paula 5 août 2020 - 21:27

Etasunienne féministe vivant depuis longtemps en France, je suis toujours furieuse en entendant aux actualités qu’un personnage politique anglophone aurait évoqué (Clinton en Chine, par exemple) « les droits de l’Homme » quand il a évoqué les « human rights » et pas « the rights of Man ». (Pas « the » man, chère Eliane.) C’est pareil pour toutes les nationalités qui emploient l’équivalent des Droits humains, c’est toujours mal traduit en français, à dessein, sûrement.

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