Accueil Eco & SocialBien-être et richesses L’INSEE esquisse de nouveaux indicateurs de richesse

L’INSEE esquisse de nouveaux indicateurs de richesse

par Isabelle Germain

Comment mieux prendre en compte les richesses qui améliorent la qualité de vie ? Suite au rapport Stiglitz, l’institut de statistique vient de proposer une nouvelle analyse des comptes publics dans l’édition 2010 de son panorama de « l’économie française ». Ce n’est pas encore une révolution, juste quelques signaux avant-coureurs d’une possible évolution. Le Produit intérieur brut (PIB) est encore au centre de toutes les attentions.

 

 


L’activité économique qui crée  le plus de PIB est aussi celle qui génère le plus de CO2… Si la France compare son PIB par habitant à celui des Etats-Unis, elle a de quoi rougir ; mais quand ses statistiques intègrent d’autres indicateurs que la somme des biens et services marchands, elle retrouve le sourire…  Alors dans ces conditions, est-il pertinent de continuer à faire du PIB l’alpha et l’omega des politiques publiques ?  L’édition 2010 de « l’économie française » présentée par l’INSEE le 18 juin pourrait marquer un commencement d’évolution.

 

Avant d’en arriver là, l’INSEE s’est d’abord livrée à une analyse du PIB marquée par la crise financière de 2008, suivie d’une récession et d’un début de reprise en 2009. Un PIB « à un niveau inférieur de 6,5 % » à ce qu’il aurait dû être si la crise n’était pas passée par là. Et surtout, s’appuyant sur l’expérience des crises antérieures, Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’INSEE,  affirme que, « même si la croissance redémarre à peu près normalement, l’essentiel du terrain perdu ne sera pas rattrapé ». Car cette fois-ci la destruction de la demande s’est aussi accompagnée d’une destruction de l’offre. L’économie française est « structurellement affectée par la crise ».

Indicateurs monétaires

 

insee, soutenabilitéCependant, l’Insee propose d’observer le monde à travers d’autres lunettes que celle du PIB.  Si on intègre par exemple des données sociales, l’écart de richesse entre pays européens et Etats Unis se réduit. Exemple : « En terme de PIB par tête, les principaux pays d’Europe et le Japon se situent environ 25 % en dessous du niveau observé aux Etats Unis. » Mais si l’on tient compte du « revenu disponible national net ajusté », c’est-à-dire celui qui bénéficie aux ménages après prise en compte des services sociaux rendus, la France se rapproche du niveau de vie des Etats-Unis. C’est même le pays qui s’en rapproche le plus parmi ceux étudiés par l’INSEE.

Un bon point pour l’ego national bien chahuté en ce moment, mais pas encore de révolution. D’abord, dans les pays observés par l’INSEE, ne figurent pas ceux du Nord de l’Europe, très généreux en prestations sociales. L’étude observe seulement : France, Allemagne, Etats Unis, Royaume Uni, Italie Irlande, Japon. Ensuite, l’Insee n’a pas franchi le pas le plus difficile, celui qui consiste à prendre en compte le bénévolat et le travail domestique et familial pour évaluer le bien-être ou la qualité de vie. Un objectif qui nécessite d’intégrer des indicateurs non monétaires.

Pour la qualité de vie, l’Insee retient aussi  5 indicateurs subjectifs et objectifs. La satisfaction subjective : ici, les six pays étudiés obtiennent des scores équivalents. L’espérance de vie à la naissance : les résultats sont très contrastés et les Etats Unis arrivent en dernier. Sur les taux de diplômés du supérieur, les Etats-Unis réapparaissent en tête…

Et aussi

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Mais aussi sur le taux de pauvreté. Enfin la part des chômeurs de longue durée est très élevée en France, Allemagne et Italie. Est-ce suffisant pour évaluer le bien-être ? Quels critères faut-il retenir pour le mesurer ? Difficile de trancher au vu de ces chiffres.

Créer plus de PIB et polluer plus

L’Insee évoque également  la notion de « soutenabilité » : « Se demander si notre niveau de vie est soutenable, c’est se demander si nous laissons suffisamment de ressources aux générations futures pour leur permettre d’accéder à un niveau de vie équivalent » explique l’institut.

Côté soutenabilité environnementale, l’analyse des chiffres montre par exemple que l’empreinte carbone est inversement proportionnelle au PIB. La France représente par exemple 1 % de la population, 3% du PIB et 1,3 % des émissions de gaz à effet de serre. Trois postes représentent 57 % des dépenses des ménages mais 78 % des émissions de CO2 : il s’agit du logement, de l’alimentation et des transports. Et logiquement, les ménages les plus aisés émettent deux fois et demie plus que les ménages les plus modestes. Dans le monde, ceux qui gagnent plus polluent plus. Ainsi, lorsqu’on prend en compte la question de la soutenabilité, la position relative des Etats-Unis est inversée

L’évaluation des richesses qui permettent d’apprécier la qualité de vie est complexe…La question est plus d’ordre politique, sociétal, qu’économique. LES NOUVELLES news vous invitent à en débattre sur le site dans les semaines qui suivent et le 4 octobre, à Paris, avec les principaux spécialistes du sujet.

Voir aussi ici une critique de cette nouvelle approche par l’économiste Jean Gadrey, membre du FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse) qui était membre de la commission Stiglitz.

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