Parité, IVG, lutte contre les VSS, féminisation du langage, égalité pro, congé paternité… Lionel Jospin a inscrit dans la loi plusieurs réformes féministes majeures qui structurent encore les politiques d’égalité.
Au lendemain de sa mort, survenue à 88 ans, Lionel Jospin est célébré pour avoir été l’architecte de la « gauche plurielle », la « figure historique des 35 heures » ou comme celui qui a annoncé se retirer de la vie politique, le 21 avril 2002, quand l’extrême droite est arrivée au 2è tour de l’élection présidentielle. Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris lui dédie cette victoire : « Lionel a été une figure tutélaire pour plusieurs générations, et a inlassablement ouvert la voie. Nous lui devons tant. Cette victoire à Paris lui est dédiée » écrit-il sur les réseaux sociaux.
Mais celui qui a été Premier ministre, du 2 juin 1997 au 6 mai 2002 laisse aussi un héritage féministe conséquent. Il a permis de donner une traduction législative à bien des combats qui se poursuivent aujourd’hui.
Sa « rigueur » légendaire ne pouvait que lui faire approuver les combats relayés par les femmes de son gouvernement. Certes, en 1997 on était encore loin de la parité mais son équipe n’avait rien à voir avec « les Jupettes » : en mai 1995, son prédécesseur, Alain Juppé nomme 12 femmes au gouvernement. Six mois plus tard, 8 sont débarquées.
Le Gouvernement Jospin comptait une proportion inédite de femmes ministres, y compris à des postes de premier plan, comme la Justice. Avec lui, les femmes n’étaient plus cantonnées aux ministères (ou plutôt sous-secrétariats) sociaux.
Voici, par ordre chronologique, quelques réformes féministes adoptées lorsque Lionnel Jospin était Premier ministre.
Féminisation de la langue
Le 6 mars 1998, Lionel Jospin a publié une circulaire demandant officiellement à l’administration de féminiser les noms de métiers, de fonctions, de grades et de titres. Ce texte rappelait une circulaire analogue adressée douze ans auparavant, le 11 mars 1986, par son prédécesseur, Laurent Fabius, jamais abrogée mais jamais appliquée
S’ensuit un bras de fer avec les immortels de l’Académie française qui y voient une « agression » contre la structure de la langue. (ils ont mis du temps à évoluer). Lionel Jospin n’a pas cédé. La circulaire a eu un effet immédiat dans les documents. Il a fallu attendre 2019, pour que l’Académie française lève ses dernières réserves…
Loi sur la parité en politique
A l’issue d’une longue mobilisation féministe, une révision constitutionnelle a inscrit en 1999 : « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ». Puis a été adoptée la loi du 6 juin 2000 sur la parité (loi n°2000‑493) imposant, pour les scrutins de liste, l’alternance stricte femme/homme et modulant le financement public des partis en fonction du respect de la parité aux législatives.
Si, au début, certains partis (dont le parti socialiste), ont préféré payer des pénalités au lieu de faire élire des femmes, petit à petit les listes « chabadabada » (appelées ainsi en référence au film « un homme et une femme » de Claude Lelouch) se sont imposées. Les listes paritaires sont devenues incontournables. Les élections municipales de ce mois de mard 2026 ont même vu cette loi s’étendre aux communes de moins de 1000 habitants. Mais la proportion de femmes têtes de liste qui deviendront maires reste en dessous de 25%…
Geneviève Couraud, Militante féministe, associative et politique se souvient de «ce jour d’août 2000, à La Rochelle, où Lionel Jospin a dit « Etre socialiste, c’est être féministe », mettant un point final aux querelles sur la parité.»
La lutte contre les violences conjugales
C’est en 2000, qu’ont été lancées les premières grandes enquêtes nationales comme l’Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France (ENVEFF), pour mesurer l’ampleur de ces violences. Ces données ont servi de base scientifique pour justifier les futures lois de protection et sortir ce sujet de la « sphère privée ». Elles ont contribué à imposer la notion de « violences conjugales » comme un phénomène systémique et non comme de simples « faits divers ». Les chiffres ont choqué l’opinion. Et l’ENVEFF a servi de modèle pour toutes les enquêtes de victimation qui ont suivi (comme l’enquête Virage en 2015).
Egalité professionnelle
Autre mesure importante pour l’accès des femmes au pouvoir : une loi sur l’égalité professionnelle. La loi Génisson du 9 mai 2001 renforce la loi Roudy de 1983. Elle rend obligatoire la négociation collective sur l’égalité professionnelle, au niveau des entreprises et des branches, et fait de ce thème un sujet transversal des négociations obligatoires (pas un « à‑côté » facultatif). Elle impose un rapport de situation comparée femmes‑hommes, indispensable aux négociations, fondé sur des indicateurs chiffrés (embauche, formation, promotion, conditions de travail, rémunérations). Elle encourage explicitement des « mesures de rattrapage ». La loi pose aussi un objectif de représentation équilibrée des femmes et des hommes dans plusieurs instances : conseils de prud’hommes, comités d’entreprise, délégués du personnel, organismes consultatifs, jurys et comités de sélection.
IVG
Le 4 juillet 2001, la loi « Aubry-Guigou » modernise le texte de 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG): le délai maximal de recours à l’IVG est allongé à 12 semaines de grossesse, le caractère obligatoire de la consultation psycho-sociale est supprimé pour les femmes majeures et un dispositif de contraception d’urgence est ouvert : Il a autorisé la délivrance de la « pilule du lendemain » de manière gratuite et anonyme pour les mineures dans les pharmacies et les infirmeries scolaires.
Congé paternité
Créé en 2002 (pour une durée de 11 jours à l’époque), ce congé était une étape fondamentale pour rééquilibrer la répartition des tâches parentales et réduire la discrimination à l’embauche des femmes. Il n’a toujours pas eu l’effet escompté malgré d’autres réformes adoptées depuis.
La loi sur le nom de Famille
En 2002, à la toute fin de la législature, une loi a rompu avec des siècles de tradition patriarcale : sous l’impulsion de Ségolène Royal (alors ministre déléguée à la Famille), elle a autorisé les parents à transmettre le nom de la mère, celui du père, ou les deux accolés dans l’ordre de leur choix. C’était une reconnaissance symbolique et juridique de l’égalité de la lignée maternelle.
D’autres réformes, pas forcément estampillées féministes ont fait évoluer la société
La création de l’Allocation de Rentrée Scolaire (ARS). En 1997, l’une des premières mesures fortes a été de quadrupler l’allocation de rentrée scolaire. Dans les familles monoparentales (dont 85 % sont gérées par des femmes), cette aide a été une aide précieuse.
La Couverture Maladie Universelle (CMU) en 1999. Cette réforme a permis l’accès aux soins pour les personnes les plus précaires. Les femmes étant statistiquement plus touchées par la pauvreté, le travail à temps partiel subi et les petites retraites, elles ont été les premières bénéficiaires de cette protection sociale garantissant l’accès aux médecins et aux spécialistes (gynécologie, pédiatrie, etc.).
Les 35 heures. Bien sûr, la réduction du temps de travail a eu des conséquences sociales majeures. Les lois Aubry I et II ont touché directement les secteurs fortement féminisés (services, santé, commerce). Elles ont permis une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale… Sans forcément aboutir à un meilleur partage du travail domestique et familial entre femmes et hommes.
Lionel Jospin laisse ainsi l’image d’un dirigeant qui aura contribué à inscrire dans la loi plusieurs avancées majeures pour les droits des femmes. Autant de jalons qui continuent, aujourd’hui encore, de structurer les politiques d’égalité.

