« Plus un homme fait le ménage, moins il a de rapports sexuels. » C’est le titre que choisit l’AFP pour évoquer une étude bien plus nuancée. Comment, une fois encore, instaurer un biais sexiste sous couvert de vulgarisation scientifique.
« Egalitarisme, travail ménager et fréquence des rapports sexuels dans le mariage » : du ménage et du sexe, le cocktail de cette étude publiée dans l’Amercian Sociological Review ne pouvait que séduire la presse.
Que dit cette étude ? Elle observe que les couples où les tâches ménagères sont les mieux partagées entre homme et femme ne sont pas ceux qui ont les rapports sexuels les plus fréquents. Une simple corrélation qui ouvre la voie, comme le soulignent les auteurs de l’étude, à de nombreuses interprétations (sans compter qu’ils s’appuient sur des données datant de 20 ans). On peut ainsi partir du postulat que, de même que selon les codes sociaux les tâches ménagères sont dévolues aux femmes, l’initiative du rapport sexuel est dévolue aux hommes :
« Une interprétation possible de nos résultats est que la participation des hommes aux tâches ménagères accroît leur niveau de stress et les rend moins susceptibles de vouloir engager un rapport sexuel. Si les femmes ne se sentent pas habilitées à prendre l’initiative, alors le travail ménager des hommes, et la fatigue qui s’ensuit, contribue à réduire la fréquence des rapports. Selon cette interprétation, ce n’est pas avec l’activité sexuelle que l’égalitarisme est incompatible, mais avec les codes qui régissent actuellement les rapports sexuels. »
Mise à jour : Soyons honnêtes, l’AFP n’est pas seule en cause. L’agence a en fait largement repris le communiqué de presse accompagnant la publication de l’article, dont le titre est lui aussi très réducteur : « Etude : les maris qui font davantage de tâches ménagères traditionnellement féminines ont moins de rapports sexuels » (c’est plus court en anglais).
Mais pour l’AFP, dont la dépêche a été reprise par nombre de sites de presse, la conclusion de l’étude est un peu plus nette : « Plus un homme marié accorde de temps aux tâches ménagères comme la cuisine ou les courses, moins il a de relations sexuelles. » Voilà qu’ici la simple corrélation de l’étude est devenue un rapport de cause à effet.
Et voilà qu’un biais sexiste s’installe, l’air de rien : pour l’AFP ce n’est pas le couple, mais « l’homme » qui a des relations sexuelles. « Un homme averti en vaut deux », ajoute même La Parisienne. La plupart des titres qu’utilisent les sites reprenant la dépêche sont de la même eau que celui de l’agence de presse : « Plus un homme fait le ménage, moins il a de rapports sexuels. »
|
Une sélection non exhaustive des pires titres au fil du net : – Sur La Parisienne (LeParisien.fr) : « Faire le ménage ou faire l’amour, les hommes doivent choisir » ; |
Des accroches d’autant plus déplorables que la conclusion de la dépêche AFP précise bien le contraire de ce qu’annoncent ces titres : les résultats de l’étude « ne doivent pas inciter les hommes à lâcher l’aspirateur : “Refuser de participer aux tâches ménagères provoque des conflits dans le couple et l’insatisfaction des épouses”, elle-même liée à l’activité sexuelle ».
Ou comment inciter à l’inégalité entre hommes et femmes en tirant des conclusions biaisées d’une étude scientifique bien plus nuancée. Le pire est que l’AFP est une habituée de cette pratique. En septembre dernier, l’agence de presse avait extrapolé de façon similaire sur une autre étude pour clamer : « Plus un homme aide à la maison, plus il risque le divorce. »
Lire : Partage des tâches et divorce : le mauvais titre de l’AFP (et des autres)
Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :
Pour le partage des tâches ménagères, on repassera
Le « panier de la ménagère » a la vie dure
Le bonheur des hommes est dans la serpillère
Plus ils frottent, moins elles divorcent
Et lire aussi le coup de gueule de Marie Donzel sur le blog Ladies & Gentlemen

