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Mixité des métiers : le grand écart

par Arnaud Bihel

En moyenne, la mixité des métiers n’a que très légèrement progressé ces 30 dernières années. Elle s’impose dans les métiers très qualifiés, mais chez les moins diplômés la « ségrégation » reste de mise.


 

Depuis 30 ans, le taux d’emploi des femmes se rapproche de celui des hommes1. Mais les métiers restent largement sexués, observe une étude de la Dares (service statistique du ministère de l’Emploi) publiée vendredi 13 décembre.

L’étude observe la « ségrégation professionnelle » : ce qui manque pour aboutir à une répartition égalitaire des hommes et des femmes dans les différents métiers. Cette ségrégation s’est légèrement résorbée en 30 ans : en 2011, date des dernières données disponibles, il faudrait que 52 % des femmes (ou des hommes) changent de métier pour aboutir à une répartition égalitaire. En 1983, cet indice s’élevait à 56 %. Ce sont surtout deux facteurs qui ont contribué à cette évolution, note la Dares :

– En grande partie, le recul dans l’emploi total de métiers très féminins tels que les agents d’entretien, les secrétaires et les ouvriers non qualifiés du textile et du cuir ;

– Le développement de la mixité dans des métiers très qualifiés comme les cadres de la fonction publique et les professionnels de l’information et de la communication.

Mais une autre tendance a, au contraire, contribué à renforcer la ségrégation : la forte croissance des métiers d’aide à la personne et de la santé, pour la plupart largement féminisés.

Concentration… et nomenclature

L’étude rappelle également que près de la moitié des femmes qui travaillent (47 % en 2011, contre 53 % en 1983) sont concentrées dans 10 familles professionnelles. La répartition des hommes est plus dispersée : les 10 professions qui concentrent le plus d’hommes n’emploient que 31 % d’entre eux (35 % en 1983).

A noter que cet effet s’explique en partie par l’histoire de la nomenclature de ces familles professionnelles… et par une plus grande attention portée à l’origine aux métiers « masculins ». Ainsi les métiers de services, où travaillent surtout les femmes, sont moins détaillés que ceux de l’industrie, bien davantage masculins. L’industrie couvre 29 familles professionnelles sur 86 (34 %), alors qu’elle représente moins de 20 % de l’emploi en 2011.

Le nombre d’aides à domicile/assistantes maternelles a triplé en 30 ans

Ainsi, c’est en haut de l’échelle que la mixité progresse : les plus hauts diplômes conduisent à des métiers plus mixtes, souligne la DARES. « En d’autres termes, les hommes et les femmes les plus diplômés occupent de plus en plus les mêmes emplois ». Ainsi, 5 métiers qui étaient « masculins » en 1983 sont devenus mixtes en 2011, et ce sont surtout des métiers très qualifiés (cadres administratifs comptables et financiers, cadres de la fonction publique, cadres des banques et assurances, attachés commerciaux et représentants).

A l’inverse, chez les moins diplômés (CAP/BEP), la ségrégation s’est renforcée ces trente dernières années. C’est aussi parce que des métiers non-mixtes ont pris de plus en plus de place sur le marché du travail : par exemple le nombre d’aides à domicile/assistantes maternelles a triplé entre 1983 et 1991 – et il s’agit de femmes à 98 %. Celui d’aides-soignant – à 90 % des femmes – a plus que doublé.

Ouvrir « le champ des possibles professionnels »

Cette ségrégation des métiers… couplée à leur valorisation différenciée, c’est l’une des raisons qui explique les écarts de salaire moyens entre femmes et hommes : « Les femmes sont toujours surreprésentées dans les fonctions publiques territoriale ou hospitalière ou dans les activités de services, dont les revenus salariaux, toutes choses égales par ailleurs, sont inférieurs à ceux des secteurs à prédominance masculine (industrie, construction) », relevait récemment l’INSEE (Voir : Un tiers de l’écart de salaire hommes/femmes reste inexpliqué).

Ouvrir « tout le champ des possibles professionnels », c’est l’un des enjeux de l’égalité, souligne Najat Vallaud-Belkacem dans un entretien au Figaro. La ministre des Droits des femmes, qui intervient vendredi 13 décembre au Forum de la mixité, entend que l’année 2014 soit déclarée « année de la mixité ».

 

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1/ Le taux d’emploi des femmes de 15 à 64 ans est passé de 51,4 % en 1983 à 59,7 % en 2011, tandis que celui des hommes diminuait sur la même période, passant de 75,4 % à 68,2 %.

 

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