Accueil Economie Paprec, entreprise privée laïque, diverse, audacieuse

Paprec, entreprise privée laïque, diverse, audacieuse

par Isabelle Germain

jlph cadreLe patron de l’entreprise de recyclage, activiste de la lutte contre les discriminations, veut que la laïcité s’applique à l’entreprise privée et crée une charte.


« Nous ne sommes pas hors la loi ». Jean-Luc Petithuguenin, patron engagé pour la diversité dans l’entreprise, n’essaie pas de feindre l’étonnement en voyant les premières réactions suscitées par la création de la « charte de la laïcité » chez Paprec. Néanmoins, « nous espérions faire consensus, apparemment ce ne sera pas le cas », constate-t-il d’entrée de jeu lors de la conférence de presse de présentation de sa charte ce mardi matin alors que l’AFP a déjà dévoilé l’information la veille. Dans l’article repris par plusieurs journaux, l’agence doute de la légalité de la démarche. Pour Jean-Luc Petithuguenin, même s’il sait qu’il prend un risque, la jurisprudence reste à créer.

Un temps d’avance

Après la polémique Baby- Loup et avant les élections municipales, il met les pieds dans le plat et assume. Il a repris l’entreprise il y a 20 ans et n’a cessé de la développer. Paprec compte aujourd’hui 60 usines de recyclage en France et en Suisse, réalise 800 millions d’euros de chiffre d’affaires et compte 4000 collaborateurs. 52 nationalités différentes cohabitent dans l’entreprise et dans chaque usine sont affichées les valeurs de l’entreprise sur le vivre ensemble et le respect de la diversité des origines. Ces valeurs sont sans cesse rappelées lors de différents rendez-vous comme, dans certaines usines, des repas de fin d’année où ceux qui le souhaitent font découvrir aux autres la cuisine de leur pays d’origine. « Nous sommes fiers de notre diversité », dit le patron entouré de membres de sa direction et de représentants du personnel qui appuient ses dires.

Même si chez Paprec tout va bien, Jean-Luc Petithuguenin voit que la société se crispe autour des questions religieuses et n’ignore pas que le racisme est loin d’être un mauvais souvenir. Il veut avoir un temps d’avance et a réfléchi « à froid », avec son personnel, à un engagement nouveau. Sa « charte de la laïcité et de la diversité » a été signée par l’ensemble des salariés au terme d’un processus d’information et d’échanges en interne.

Créer une jurisprudence

Suffisant au regard du droit ? Pas sûr. La jurisprudence actuelle semble dire que le port des signes religieux ne peut être interdit que pour des considérations d’hygiène, de sécurité ou d’image de l’entreprise.

Mais le propre de la jurisprudence est de pouvoir évoluer et les dirigeants de Paprec prennent les risques qu’il faut pour y parvenir. « Personne ne peut avoir de certitudes sur ce sujet, je n’en ai pas non plus », reconnait Jean-Luc Petithuguenin.

C’est en citoyen engagé autant qu’en patron qu’il agit. « Je me sens en charge de la paix sociale » affirme-t-il. Il veut que les règles de laïcité qui s’appliquent dans le secteur public soient valables aussi dans le privé. Plusieurs tentatives ont été faites par le législateur en ce sens, de Jean Glavany au PS à Eric Ciotti à l’UMP. Sans succès.

Préserver les salariés de toute pression communautaire

Laisser la religion aux portes de l’entreprise « permet à nos collaborateurs d’être préservés de toute pression communautaire ». C’est précisément parce qu’il veut préserver la diversité, la liberté religieuse et ne pas discriminer qu’il prend ce parti. A l’intérieur de l’entreprise la question de la salle de prière a été débattue. Pour finir par y renoncer car cela aurait pu notamment conduire des pratiquants très assidus à faire pression sur d’autres pour qu’ils prient.

Après la question du droit, c’est le second reproche auquel Paprec aura à faire face. Quand le président affirme vouloir soustraire ses salariés vulnérables à la pression d’intégristes, on lui oppose l’idée que tous les pratiquants sont libres et qu’en refusant les signes religieux comme le voile, il risque de discriminer des femmes qui le portent… Bref, on revient aux termes du débat Baby-Loup.

Le sujet est loin d’être simple et Jean-Luc Petithuguenin est assez seul, manifestement. Car même s’il reçoit pas mal de félicitations d’autres patrons, du côté des instances dont il fait partie comme le Medef ou la CGPME, « on évite le sujet », dit-il pudiquement.

 

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS

Baby-Loup, c’est reparti avec postures définitives

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

11 commentaires

Meg 12 février 2014 - 08:05

Bel enrobage pour justifier la discrimination à l’embauche des musulmans. Comme si l’athéisme blanco-souchien pseudo laïque en costard-cravate n’était pas lui aussi communautaire. Le mot laïcité est devenu le cache misère des racistes et des machos qui ne supportent pas que des corps féminins se dérobent à leur regards. Les communautés c’est jamais « la communauté des gaulois laïcards encravatés » c’est toujours un prétexte à s’en prendre à des femmes et leur manière de s’habillés ou/et des immigré·e·s trop bazané·e·s pour être honnêtes (puisque soupçonnés par défaut d’exercé des pressions).

Si on pense que les collaborateur·e·s doivent être « préservés de toute pression communautaire » c’est pas en exerçant des pressions communautaires qu’on les aide. Si il y a des pressions communautaires on agit à ce moment là, on écoute et aide les personnes qui s’en plaignent, mais on ne fait pas chier par défaut tous les gens dans leurs croyances « au cas où illes subiraient des pressions ».

Répondre
Sosso 12 février 2014 - 09:03

@meg je ne vois pas en quoi demander aux salariés de laisser leurs convictions religieuses aux portes de l’entreprise constitue une pression communautaire.

Répondre
cih 12 février 2014 - 09:49

« Meg »
Bel enrobage pour justifier la discrimination à l’embauche des musulmans. Comme si l’athéisme blanco-souchien pseudo laïque en costard-cravate n’était pas lui aussi communautaire. Le mot laïcité est devenu le cache misère des racistes et des machos qui ne supportent pas que des corps féminins se dérobent à leur regards. Les communautés c’est jamais « la communauté des gaulois laïcards encravatés » c’est toujours un prétexte à s’en prendre à des femmes et leur manière de s’habillés ou/et des immigré·e·s trop bazané·e·s pour être honnêtes (puisque soupçonnés par défaut d’exercé des pressions).

Tt à fait d’accord; d’ailleurs, le mot « diversité » dans une entreprise qui met quasiment que des blanc-he-s à la tête de personnes racisées (et 10 hommes pour 3 femmes parmis les chef-fe-s), ça me fait bien rire.
http://www.paprec.com/fr/groupe-paprec-environnement/comite-executif

Répondre
Meg 12 février 2014 - 11:10

@Sosso 1 –

La laïcité ce n’est que pour les représentants de l’État, pas pour les citoyens, pas pour les élèves, pas pour les salarié·e·s, pas pour les passant·e·s dans la rue, pas pour les entreprises privés…

Par exemple si j’ai des convictions vegetaliennes. Il faut qu’au resto d’entreprise ou à la cantine, on me propose un menu conforme à mes convictions, je vais pas me mettre à manger des cadavres parce que il faut que je mette mes convictions à la porte de mon job. Si l’entreprise ne veut pas me proposé un menu vegan, je ne paye pas ce resto et je me fait mon repas à emporter a base de vegetaux, mais l’entreprise n’a pas à me viré parce que je ne fait pas comme tout le monde. Et si en plus l’entreprise prend pour prétexte que par mon végétalisme je met la pression sur les carnistes ca me semble tout à fait hypocrite.

Répondre
Meg 12 février 2014 - 11:11

@sosso -2

Ce que je veux dire aussi c’est que c’est pas n’importe quelle religion qui est ciblé, c’est l’Islam. Je pense par exemple que les gens qui souhaitent « joyeux noël » dans l’entreprise ou qui prennent un congés pour pâques ne sont pas virés pour atteinte à la laïcité, il n’y a que les musulman·e·s qui ont ce « privilège ».

Là en plus on a une entreprise de recyclage qui doit probablement employé des salariés à bas salaire. Dans des locaux à pétaouchnok près des décharges avec des salariés qui viennent majoritairement de banlieues défavorisées et donc beaucoup de musulman·e·s. Et surtout des femmes puisque c’est elles qui portent le voile et sont harcelé dans la rue, renvoyé de l’école et maintenant de l’emploi.

Techniquement le voile ca n’empêche pas de trier les ordures, c’est pas un métier de service qui nuirait à l’image de l’entreprise et pour la prière à la pause je ne voie pas le pbl. Pourquoi ne pas renvoyer que celleux qui font reelement pression plutot que celleux qui eventuellement pourraient le faire juste parcequ’on soupconne tous les musulman·e·s d’être prosélytes. C’est insultant.

Répondre
isabelle germain 12 février 2014 - 11:52

j’aurais peut-être dû dire davantage que le propos de Paprec hier ne se focalisait pas sur le voile. Un représentant du personnel, disait par exemple que lorsqu’il faisait une tournée de récupération de papiers avec un chauffeur qui voulait s’arrêter pour prier, il ne savait pas trop quoi faire. La réponse de la charte est que s’il prie pendant les temps de pause tout va bien mais le temps de travail n’est pas aménagé en fonction des prières. Et les pressions évoquées en conférence de presse ne portaient pas que sur le voile. Des nord-africains -hommes- athées disaient apprécier que l’entreprise soit un havre de paix sur la question religieuse.

Répondre
taranis 12 février 2014 - 13:02

Il y a une grande différence entre l’islam et l’islamisme. Le premier repose sur une croyance verticale entre l’être humain et son créateur, sans aucun intermédiaire, et le deuxième repose sur une volonté politique de tout assujettir à une Autorité religieuse, créée par les Hommes et se faisant le Porte-parole de Dieu L’islamisme veut s’imposer non seulement dans les pays où l’islam est religion de l’État, mais il veut aussi imposer la Charia dans les pays laïcs, y compris la France… Les islamistes veulent se répandre et propager une haine des femmes contraire à l’esprit libéral du Coran. Ils ne représentent qu’une minorité, mais une minorité dérangeante et bruyante hostile aux droits humains et en particulier à la femme, Ils ont pou but de se multiplier et d’atteindre des millions par prosélytisme. Quant au christianisme héritier d’une tradition qui annonce la Foi chrétienne partout et pour tous. Or, la majorité de celles et ceux qui au sein du catholicisme se font les promoteurs des femmes essentialisent la « nature féminine », et par symétrie la « nature masculine ». Pourtant, on aurait pu s’attendre à ce que la parole révolutionnaire de Paul traverse et insuffle jusqu’à nous : « Il n’y a ni homme ni femme. Car vous ne faîtes qu’un dans le Christ Jésus.» Alors oui dans une entreprise nous sommes tou-te-s des salariés, ma foi n’est ni une tare ,ni un avantage, elle doit donc rester en arrière plan.

Répondre
taranis 12 février 2014 - 13:08

Le voile pour ces femmes obstinées n’est pas un problème ni de religion ni d’identité, comme elles veulent bien le faire croire, mais un signe ostentatoire où se mêlent une négation d’intégration et un rejet d’autres valeurs …Par ailleurs penser que le hidjab qui couvre uniquement les cheveux est une tenue vestimentaire, c’est justifier l’esclavage des traditions Sexisme, misogynie et détestation des femmes sont l’expression du racisme planétaire le plus répandu, destiné à cette moitié de l’humanité constituée de la « race des femmes ». Dans cette perspective, réprouver le port du voile, c’est combattre le racisme. Il faut le répéter puisque dans une lecture ou interprétation de premier degré, cela peut ne pas être évident .Enfin, désapprouver le port du voile, ne signifie pas combattre les femmes qui le portent. Bien au contraire. Cette simplification est carrément malhonnête. Pour ma part j aie toujours priorisé la solidarité avec les femmes, avant tout autre idéologie, je suis bien loin de me contreficher que des femmes puissent perdre leur emploi en raison d’un apparat religieux qu’elles se sentent incapables de laisser tomber en certains lieux. Du fond du coeur, je souhaite que cela n’arrive à aucune. Mais…il y a comme dans la prostitution que 2 moyens: accompagner avec fatalité ou créer les conditions de l’égalité. Dans une société qui a joué à fond la carte de l’éducation des femmes, je ne vais pas faire d’apartheid entre celles qui portent le hidjab et celles qui ne le portent pas! La personnalité, c’est le visage. Ce sont les exigences de notre vivre ensemble dans la dignité.

Répondre
Meg 12 février 2014 - 13:15

Merci pour ces précisions Isabelle Germain cela change en effet beaucoup le contexte. L’article parle de prières pendant les pauses dans un local spécifique, pas d’une demande pendant les heurs de travail ni au cours d’une tourné comme ce que vous évoquez désormais.

Je trouve tout de même regrettable de sortir ce concept de « laïcité » alors qu’on en a pas besoin. Cet employeur pouvait parfaitement refusé ces pauses de prières lors des tournés sans avoir besoin de se posé en défenseur des valeurs nationale sois-disant neutre religieusement contre le péril musulman. Il faut traité les abus commis par les religieux lorsqu’ils sont commis, pas de manière préventives toujours contre une seule religion, et ne pas prendre un cas particulier comme règle appliqué à tou·te·s.

C’est loin d’être simple, c’est un problème intersectionnel, mais par le rejet systématique de toute visibilité des musulman·e·s (et seulement des musulman·e·s) on commet des injustices qui durcissent les positions et renforcent les crispations intégristes (et le FN au passage). Et pour cette entreprise, comme l’a signalé judicieusement Cih, la chefferie très blanche et masculine est tout de même suspecte dans leur affichage de bonne volonté anti-discriminantion.

Bonne journée et merci pour vos précision.

Répondre
Meg 12 février 2014 - 14:12

@tanaris,
Je déteste les religions qu’elles soient poly ou mono truc et les religieux me saoulent gravement, je les conchie tous et toutes.

Je trouve que les fausses blondes symboliquement c’est tout aussi moche que les voilées, et c’est un choix politique de se décoloré la tignasse, tout autant que se la voilé. est-ce qu’il faut faire une loi pour interdire la scolarisation ou l’emploi aux fausses blondes parcequ’elle sont pour moi le symbole de la soumission des femmes à la pression des désirs masculins et qu’elles mettent en plus leur santé en danger avec des produits cancérigènes pour plaire à des machos aux gouts stéréotypés ? NON et pour le voile, en voulant protégé certaines femmes d’elles même, on les prive de tout, d’espace publique, d’instruction et d’argent et de tout espoir d’autonomie.

Que des femmes musulmanes aient intégré le sexisme c’est pas différent de la lectrice de ELLE qui intègre qu’il faut qu’elle se colle des produits toxiques et hors de prix par kilos sur la gueule. On a toutes du sexismes intégré en nous et j’ai pas/plus envie de jeter la pierre à certaines plutôt qu’a d’autres. Du moins j’essaye même si j’y arrive pas toujours.

Je sais que c’est un sujet qui ne fait pas consensus chez les féministes. Je comprend ton point de vue et je l’ai partagé à une époque mais j’en suis revenu. J’en suis revenu parce que ce point de vue n’aide aucune femme en difficulté mais il aide beaucoup Marine Lepen.

J’ai choisi d’être pragmatique. Si on veut lutter contre le port du voile lorsqu’il est imposé par un tiers, on fait des lois contre le port du voile lorsqu’il est imposé par un tiers, pas contre le port du voile tout court. On aide par exemple les filles à s’émanciper de leurs famille, on fait de foyers d’accueil pour femmes battus, on punis les harceleurs de rue/de cour de récré, on condamne les violeurs… mais on ne fait pas des lois pour définir la bonne tenu vestimentaire des femmes.

Répondre
taranis 12 février 2014 - 15:58

Difficile de dire comme dans la prostitution ce qui est choisi et ce qui est forcé sans tenir compte de l’oppression sur le corps femmes. Je ne fais de que désapprouver, on peu critiquer une religion pour la rendre meilleure. C’est l’islam politique qui discrimine les femmes .Le terme péjoratif des « safirat » est utilisé dans le Golfe, grand pourvoyeur de fonds des partis islamistes internationaux et frères nourriciers de leur propagande obscurantiste, pour qualifier les femmes « à la tête nue ». De tête nue à nue intégrale, dans l’esprit obsédé des opinions sous domination psychologique et fantasmatique islamiste, il n’y a qu’un pas à franchir. En France aussi, d’ailleurs, sinon comment expliquer l’engouement des juvéniles enfoulardées ? L’hésitation de choix politique capable de drainer la potentialité culturelle et de la promouvoir, afin qu’elle s’adapte aux changements, mais surtout qu’elle y participe. D’accord avec vous Meg que le choix doit donc être un projet socioculturel global qui se baserait sur des assises de confiance, d’entraide et de respect de tous les acteurs unis pour une seule finalité. Les femmes musulmanes ont besoin, surtout, de moyens d’autodéfense en matière de responsabilité, d’intellects, bien enracinés et viscéralement structurés en elles. Elles doivent s’assumer et acquérir une nouvelle « conscience féminine » leur permettant d’allier l’impératif universel d’égalité des droits et un référentiel spirituel revivifié et contextualité. Il s’agit de remettre en cause certaines pratiques misogynes supposées sacrées et réfuter le rôle préétabli de la femme dans une jurisprudence islamique formulée essentiellement par des hommes. Sortir des crises identitaires ne peut se faire sans la participation active des femmes et sans une égalité des droits effective. C’est tout l’avenir de cette société qui en dépend

Répondre

Laisser un commentaire