Accueil Politique & SociétéFamilles Partage des tâches : où est le « normal » ?

Partage des tâches : où est le « normal » ?

par Arnaud Bihel

Selon un sondage tout neuf, 48% des femmes trouvent « normal d’en faire plus » que leur conjoint à la maison. Vous avez dit conditionnement ?


La « journée de la femme » et son lot de chiffres en tous genres… un sondage dévoilé mercredi 5 mars1 évoque le partage des tâches ménagères. Avec ce chiffre marquant, mis en avant dans les titres de la plupart des sites qui le relaient : 48% des femmes interrogées trouvent « normal d’en faire plus » que leur conjoint à la maison.

Et 20Minutes.fr, par exemple, d’y voir un « constat étonnant » ». Mais est-il vraiment si « étonnant », dans la mesure où les femmes sont conditionnées depuis des décennies à en faire plus à la maison ? Et ce n’est pas seulement l’attitude des hommes dans les couples qui est en cause dans ce conditionnement. C’est aussi celle de la presse.

Celle qui relaie des études fallacieuses en clamant : « Plus un homme aide à la maison, plus il risque le divorce » (Voir : Partage des tâches et divorce : le mauvais titre de l’AFP (et des autres)) ou en annonçant : « Plus un homme fait le ménage, moins il a de rapports sexuels » (Voir : Ménage et sexualité : encore un biais sexiste dans la presse).

Pourquoi des sondages quand il existe des études sérieuses ?

Ce sondage indique aussi que 68% des femmes interrogées estiment en faire plus que les hommes à la maison, et 44% des hommes reconnaissent en faire moins.

Voilà qui nous rappelle une étude publiée en janvier 2013, selon laquelle une même proportion de femmes, 69%, déclaraient en faire plus que leur conjoint… mais bien plus d’hommes, 58%, admettaient en faire moins (Voir : Pour le partage des tâches ménagères, on repassera). Une évolution étrangement radicale en un an qui interroge sur la fiabilité de ce genre de sondage.

On peut aussi s’interroger sur son intérêt. Car ce ne sont pas les chiffres détaillés qui manquent. Rappelons ainsi que selon les données de l’INSEE, autrement plus fiables, les femmes, en 2010, consacrent 3h52 par jour aux activités domestiques, et les hommes 2h24. Et qu’à dix ans d’intervalle, « les femmes font moins le ménage, les hommes pas plus ».

Et selon les données de l’OCDE, les hommes en France consacrent 1 heure 53 par jour aux tâches domestiques courantes et aux soins aux membres de la famille, les femmes 3 heures 13.

 

Gestion du temps dans le monde, en minutes par jour

Infographie OCDE

OCDETaches

Voir aussi dans les Nouvelles NEWS :

Travail, vie familiale : les opinions évoluent, les inégalités demeurent

 

1* Sondage IPSOS pour Sarenza effectué par Internet du 12 au 18 février, auprès d’un échantillon de 1.007 personnes, représentatif de la population active française de 18 à 65 ans et vivant en couple.

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8 commentaires

M 5 mars 2014 - 17:09

Bonjour, c’est quoi votre infographie, elle représente quoi en fait ? il y a aucune légende !!

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lesnouvellesnews 5 mars 2014 - 21:07

« M »
Bonjour, c’est quoi votre infographie, elle représente quoi en fait ? il y a aucune légende !!

Cela manquait en effet. C’est précisé, merci.

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taranis 6 mars 2014 - 08:09

Et oui en plus, la femme que je suis adore faire le ménage. Non, ce n’est pas une blague. J’adore nettoyer et ranger Voir mon appart propre et en ordre me fait jouir du cerveau (ce qui relève très probablement de soins psychiatriques, mais je m’en fous, j’aime ça). J’adore également cuisiner pour mes amants et je limite leur aide à un soutien tout prés de moi. Mais tout n’est pas perdu , même si le contexte dans lequel j’évolue concrètement, je suis une espèce de « cliché de normalité » je refuse de croire être la bonniche de qui que ce soit Mes amants sont des individus doté d’un cerveau, d’un caractère et d’un pénis, et ils ont mis autant de temps à prendre conscience de leurs privilèges patriarcaux que j’en ai mis (moi, femme dotée d’un cerveau, d’un caractère et d’un vagin) à prendre conscience de mon conditionnement en tant que femme dans un système patriarcal. Si ta copine te dit « Tu as de la chance, ton mec est cool, il t’aide, et puis il est tolérant. Tu as rencontré la bonne personne… ». Je ne suis pas d’accord. D’une part, je pense que je ne suis pas un produit dérivé issu d un couple, et d’autre part je trouve que nous avons tous les deux de la chance : moi d’avoir rencontré un mec aussi chouette que lui, et lui d’avoir rencontré une femme aussi chouette que moi. Après, à chacune de voir où elle met ses limites, ses doutes, ce à quoi il-elle est prête à renoncer en termes de liberté ou de bribes de pouvoir domestique, et ça, je ne le juge en aucun cas, car ce n’est pas forcément simple à démêler. Mais l’écheveau c’est bien l’éducation genrée, et n’en déplaise aux essentialistes, je ne suis pas née avec des gants Mapa au bout des bras ….

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09 Aziza 6 mars 2014 - 14:20

Il ne s’agit pas d’édicter de nouvelles normes! Si beaucoup de femmes en font plus, c’est pour des raisons complexes: l’éducation d’abord, les hommes semblent être encore et toujours élevés à ne pas inclure la tenue de la maison et sa gestion dans le champ de leurs préoccupations. Résultat, ils « zappent ». Le gros des querelles avec mon époux a été sur le sujet du « ah , zut, je n’y avais pas pensé, j’ai pas vu, j’ai oublié, etc…mais il est né juste après guerre.Seulement, c’est pareil pour les jeunes, si ce n’est pire! Donc, quand il y a deux trois enfants à la maison, et qu’on est pressée, on ne va pas attendre que Monsieur retrouve la mémoire, on fait , et on avance. Après, l’écart se creuse: la femme acquiert de plus en plus de compétences à tout gérer en même temps, et l’homme, puisqu’on pense à tout, pourquoi se casserait il la tête?Ce n’est pas facile à modifier.
Ensuite, le partage des tâches n’est pas tout! Ma fille s’est fait plaquer subitement, du jour au lendemain, par un conjoint qui partageait strictement toutes les taches domestiques, les repas, etc…il fallait mettre des patins pour entrer chez mon gendre, mais il a fallu l’obliger manu militari à continuer à payer sa part de loyer jusqu’au déménagement de ma fille. Cela n’a pas grand chose à voir avec la responsabilité. Le principal est que ce ne soit pas handicapant, épuisant, visiblement injuste, et qu’il y ait un réel essai d’améliorer du mieux qu’on peut.Qu’une mère puisse laisser ses enfants à leur père un week end pour aller se détendre entre amies.Qu’un homme sache se faire à manger tout seul, s’occuper de son linge. Parce que j’entends des femmes de ma génération parler de leur mari comme d’un bébé: « IL faut que je fasse le déjeuner de Paul »!!! A partir du moment où le principe est posé, cela peut progresser.

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Theryca 6 mars 2014 - 15:49

Il me semble que les hommes cherchent l’argent qui permettra d’acheter le sexe. Comme les tâches domestiques ne rapportent pas d’argent, il est très facile d' »oublier » qu’il faut vider les poubelles par exemple.
On constate que des femmes trouvent normal d’en faire plus que les hommes à la maison ou bien c’est une opinion réfléchie de leur part ? Il faut savoir ce que veut dire le mot « normal » quand ces femmes l’utilisent. Si mon mari est marin dans le grand large, je trouve normal d’en faire plus, ici je pourrais dire « c’est forcé que j’en fais plus ».
En tout cas, si les hommes achètent le sexe, c’est que les femmes sont des possessions, ça va de pair. Il faudra un bout de temps avant qu’on ait enrayé la convoitise chez les humains. En attendant, mon avis est que les femmes doivent être éduquées au sens critique afin de ne pas être aveugles le jour où elles choisissent un partenaire pour faire leur premier enfant.

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Lili 7 mars 2014 - 21:04

« Theryca »
Il me semble que les hommes cherchent l’argent qui permettra d’acheter le sexe. Comme les tâches domestiques ne rapportent pas d’argent, il est très facile d' »oublier » qu’il faut vider les poubelles par exemple.

Mais ça veut dire que les femmes acceptent d’échanger du sexe contre de l’argent (chose qui me semble plus que discutable) mais pas contre de l’investissement ménager. Donc on en revient au même. Tant que la majorité des femmes trouvent normal d’en faire plus, les hommes peuvent espérer trouver compagne sans faire ce genre d’effort de changement. Donc oui, éducation à revoir, état d’esprit à revoir, clichés à revoir.

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spire jacqueline 9 mars 2014 - 07:52

les associations doivent-elles s(y mettre

oui,certainement,de nombreuses mises en garde doivent être posées

les conditions matérielles sssont occultées travaux domestiques …trop indécent dans le contexte des sentiments…..
attention aux conditions juridiques du mariage ou du pacs….risque de tout perdre en effet pour la femme.
A la mairie,chez le notaire et à la cérémonie religieuse,c »est encore Napoléon qui dicte pendant que la femme rêve à la maternité.

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09 Aziza 11 mars 2014 - 09:48

La loi a cessé depuis 1985 d’être discriminante dans le mariage. Il n’existe plus aucune disparité entre les époux. L’ouverture aux personnes de même sexe va le parachever; aucune disposition ne pourra plus être fonction du sexe d’un des deux conjoints. le PACS est un contrat hybride qui emprunte à la fois au contrat de droit privé et au Code Civil.Les partenaires y sont neutres, il existe simplement les mêmes empêchements que dans le mariage.Donc, la loi était nécessaire à changer, mais pas suffisante. Ce sont les REPRÉSENTATIONS qui perdurent. Et cela c’est le plus difficile à changer. Exemple: il n’y a plus de « mademoiselle », mais il faut voir comment se fait traiter une jeune femme non mariée dans les transactions financières: une mineure ignorante, bien souvent.
A part cela, attention au manichéisme: la partage des tâches , oui, mais il y a des machos qui font la vaisselle, la domination peut être placée ailleurs…

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