Accueil CultureScience Travailler dans un labo : avantage de John sur Jennifer

Travailler dans un labo : avantage de John sur Jennifer

par Arnaud Bihel
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UC Davis College of Engineering sur Flickr

Une étude met en évidence la discrimination à l’embauche à l’égard des femmes dans le monde des sciences. À CV équivalent, une candidate est perçue comme moins compétente qu’un candidat.


 

« Les recruteurs, hommes comme femmes, ont jugé qu’une étudiante est moins compétente, et moins susceptible d’être embauchée, qu’un étudiant au CV identique. » Les candidates se voient aussi proposer un salaire moindre. C’est la conclusion d’une étude menée par une équipe de chercheurs (deux femmes et trois hommes) de l’université de Yale. Ils ont procédé à un testing auprès de 127 professeurs en biologie, physique et chimie dans 6 universités états-uniennes (les résultats ici – en anglais). Les éventuels recruteurs ont reçu des CV de diplômés postulant pour un poste de chef de laboratoire. Deux séries de CV identiques, sur lesquels seul le prénom changeait : John ou Jennifer.

« Biais sexiste » généralisé

Globalement, les recruteurs ont dit avoir « apprécié » davantage le CV de Jennifer. Pourtant, cela ne s’est pas traduit en opportunité de carrière, au contraire. Dans tous les cas, John était perçu comme plus compétent et avait davantage de chances d’être embauché. C’est également le candidat masculin que les employeurs étaient les plus disposés à encadrer en tant que mentor (voir graphique ci-dessous). Il se voyait également proposer un meilleur salaire – de l’ordre de 3000 dollars annuels de plus en moyenne. Il apparaît par ailleurs que ce « biais sexiste » n’est pas le fait que des hommes : les recruteuses, tout autant que les recruteurs, ont privilégié le CV de John.

« Dans la mesure où la discrimination de genre entrave la pleine participation des femmes dans le champ des sciences, c’est non seulement la méritocratie universitaire qui s’en trouve affectée, mais aussi le développement de la force de travail dans le domaine des sciences », concluent les chercheurs.

Constat partagé

Selon ses auteurs, cette étude est la première à mettre en évidence une telle discrimination de genre dans le domaine scientifique. Mais le constat des freins que subissent les femmes scientifiques est déjà largement partagé. L’Union européenne souligne ainsi que « malgré une série de tendances positives, les femmes restent minoritaires dans la recherche scientifique, la ségrégation dans le domaine scientifique est forte et le plafond de verre continue d’empêcher les femmes d’accéder aux hautes fonctions universitaires ». Autre exemple en France : le Conseil scientifique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) faisait récemment son autocritique, observant que « comme dans les autres milieux socio-professionnels du pays, la promotion des chercheuses à l’Inserm est ralentie par rapport à celle des hommes. »

 

Graphique : Évaluation, selon le sexe des postulants, des compétences, de l’employabilité et de la volonté d’encadrement par les employeurs potentiels (ils devaient noter les candidats sur une échelle de 1 à 7).

EmploiScience

 

 

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