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Prostitution et drogue pour doper un PIB très mâle

par Isabelle Germain

travail domestiqueLa Commission Européenne pousse les Etats membres à faire entrer certaines activités illicites dans le calcul du PIB. Mais la production de bien-être, le travail domestique restent toujours dans les oubliettes des statistiques.

Compter dans le Produit Intérieur brut (PIB), des activités comme la prostitution et la drogue qui créent de la richesse. C’est ce que demande Eurostat, l’institut statistique communautaire depuis un an aux Etats membres de l’Union européenne. Certaines de ces activités sont illégales dans certains pays, légales dans d’autres. Et comme la contribution de chaque Etat membre au budget européen est en partie calculée en proportion de son PIB, la pression monte. Aux Pays Bas par exemple, la vente de cannabis et la prostitution sont légales, donc depuis longtemps prises en compte dans le calcul de la richesse de ce pays. Le Royaume Uni va intégrer les revenus du trafic de drogue et de la prostitution dans son PIB dès septembre prochain. La Belgique aussi. Et l’Italie l’an prochain, ce qui pourrait faire bondir son PIB de plus de 10 %.

Et la France ?

Les normes d’Eurostat (ESA 2010), qui doivent entrer en vigueur cette année précisent : « Les activités économiques illégales doivent être considérées comme des transactions quand toutes les unités parties prenantes le font par accord mutuel. De ce fait, achats, ventes ou troc de drogues illégales ou d’objets volés sont des transactions alors que le vol ne l’est pas. »

En France pour l’instant, l’INSEE dit non. Précisément parce que les personnes concernées ne s’engagent pas toujours librement dans ces activités. Qu’il s’agisse du trafic d’êtes humains dans le cas de la prostitution ou de la dépendance à la drogue… Mais le président de la commission des finances du Sénat, le sénateur UMP Philippe Marini, se prononce, lui, en faveur de l’intégration des activités illicites pour ce qu’il se plaît à appeler « le plus vieux métier du monde » sur Public Sénat. Alors qu’une loi est en discussion en ce moment pour lutter contre les dégâts humains causés par la prostitution cette déclaration ressemble à de la provocation.

Prostitution oui travail domestique non ?

Ce nouveau débat sur le calcul de la richesse trouve un fort écho dans les médias. Et souligne, en creux, le silence assourdissant sur un autre débat que tentent de mettre sur la table nombre d’économistes (et Les Nouvelles NEWS) depuis des années : l’intégration du travail domestique et familial dans le calcul de la richesse. Assurer l’hygiène d’une maison, la nourriture d’une famille, la santé, l’éducation et le bien-être des enfants ne sont-ils pas des richesses plus intéressantes que les activités illicites qui semblent passionner Eurostat ? Plusieurs économistes ont calculé que, si ces activités étaient intégrées au PIB, elles pourraient représenter près d’un tiers de la richesse nationale (voir Travail domestique, un tiers fantôme du PIB). Lors d’un colloque que nous avions organisé sur « le sexe de l’économie », Delphine Roy, chargée d’études à l’Insee expliquait que l’INSEE prenait en compte certaines activités et pas d’autres : faire pousser des tomates dans son jardin oui, faire la cuisine, non. Cela s’explique par le fait que le PIB, créé au sortir de la deuxième guerre mondiale, prenait en compte des activités masculines… et n’a pas beaucoup changé.

L’économiste Jean Gadrey, qui milite pour une révision en profondeur du calcul de la richesse termine un billet « par une note d’humour noir. Ainsi, le PIB devrait, selon certains, intégrer la prostitution, mais il ne doit en aucun cas tenir compte du travail domestique, des soins familiaux aux enfants ou aux personnes âgées. Je n’ose évoquer les « services sexuels » gratuits entre personnes mutuellement consentantes. La blague est connue : épouser sa femme de ménage fait baisser le PIB. On peut la prolonger : pour le bien du PIB, donc de tous, évitez d’épouser une personne prostituée. Ou mieux : poussez votre conjoint(e) à la prostitution… » Humour noir mais bien vu…

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS

Travail domestique, un tiers fantôme du PIB

DOSSIER Bien-être et croissance

Photo : Archives nationales néerlandaises

 

Prostitution et drogue pour doper un PIB très mâle

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2 commentaires

2 commentaires

Lénou 3 juin 2014 - 12:31

C’est quand même ahurissant d’en arriver là pour des histoires de chiffres non? Merci l’INSEE si tu me lis, de ne pas lacher 🙂

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Hep 13 juin 2014 - 12:33

Le PIB rentre dans le calcul des impôts européens. C’est logique que les pays bas où la prostitution et la drogue sont légales donc prises en compte dans le PIB qui fera qu’il payent plus d’impôts demandent de ne plus être désavantagés par rapport à d’autres pays. En même temps dans les autres pays cet argent ne vas pas à l’état mais dans des mafias, donc c’est discutable.

Le mieux serait que la France légalise les bordels (où les femmes et des hommes aussi pourraient travailler dans la sécurité et une bonne hygiène) et encaisse la TVA dessus. Idem pour les drogues qui pourraient apporter gros à l’état tout en résolvant les problèmes dans les cartiers nord de Marseille (les gens préféreraient aller acheter leur herbe de bonne qualité chez carrefour à un prix raisonnable plutôt que cher chez un dealer qui du coup perdrait son boulot).
En plus, en temps de crise, plutôt que de baisser les prestations familiales, augmenter l’age de la retraite ou augmenter les impôts, il suffirait de récupérer le TVA drogue + prostitution et les 50 milliards d’économie sont déjà là.

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