Accueil Eco & Social Qatar : le sort des travailleuses domestiques, pire encore que celui des ouvriers migrants

Qatar : le sort des travailleuses domestiques, pire encore que celui des ouvriers migrants

par Arnaud Bihel

Amnesty International attire l’attention sur les conditions de travail des employées de maison au Qatar, privées de droits.


« L’attention internationale suscitée par la Coupe du monde de football de 2022 braque les projecteurs sur les souffrances endurées par les ouvriers du bâtiment au Qatar. Cependant, l’absence totale de protection concernant les droits des employés domestiques et leur isolement à l’intérieur des maisons de leurs employeurs les rend encore plus vulnérables aux violences », dénonce Audrey Gaughran, responsable d’Amnesty international.

L’ONG, dans un rapport publié mercredi 23 avril, évoque les conditions de travail forcé et de violences que subissent les employées de maison migrantes. Elles sont au moins 84 000, la majorité venant des Philippines, d’Indonésie, du Sri-Lanka, d’Inde et du Népal.

Les revendications conduisent en prison

Dans son rapport, « My sleep is my break”: Exploitation of domestic workers in Qatar », Amnesty international dénonce un « système discriminatoire » en énumérant les violations des droits de ces employées de maison. A commencer par l’absence de contrat de travail, des horaires d’esclaves, 7 jours sur 7, des salaires versés au bon vouloir des employeurs, aucune possibilité de porter plainte et un système de parrainage qui les empêche de quitter le pays sans l’autorisation de leur employeur. Et chercher à se sortir de cette emprise peut les conduire en prison.

Plusieurs travailleuses domestiques interrogées par l’ONG ont en outre évoqué des violences physiques et sexuelles, en toute impunité pour leurs auteurs. Tandis que les victimes d’agression sexuelle peuvent être poursuivies pour « relations illicites ». En mars 2013, 70% des détenues à la prison pour femmes de la capitale, Doha, étaient des travailleuses migrantes, note Amnesty International.

Tous les employeurs au Qatar ne bafouent pas les droits de leurs employées, souligne l’ONG. Mais elle « rejette les allégations du gouvernement selon lesquelles les abus envers les travailleurs domestiques sont des cas exceptionnels ou isolés ».

Paroles, paroles

Une convention internationale, historique, sur le travail domestique est entrée officiellement en application en septembre 2013 (Voir : Les travailleurs domestiques sortent peu à peu de l’ombre). Mais le Qatar figure parmi les pays les plus récalcitrants à la signer – comme la plupart des autres pays du Golfe. La situation des employées de maison est similaire au Koweit, par exemple. Ces dernières années, le gouvernement a assuré à maintes reprises qu’il allait adopter une loi pour leur permettre d’être couvertes par le droit du travail. Des promesses toujours sans effet.

Ces employées de maison resteront-elles dans l’ombre des stades de la Coupe du monde 2022 ? En novembre 2013, un précédent rapport d’Amnesty International, consacré aux travailleurs migrants dans le secteur de la construction au Qatar, avait provoqué l’indignation internationale. Le gouvernement avait annoncé un audit indépendant sur la situation des travailleurs migrants en général. Ses résultats sont attendus dans les prochaines semaines.

 

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