Parentalité, égalité : « changer de paradigme »

par Arnaud Bihel

Changer le regard sur la parentalité en entreprise, impliquer davantage les pères. Brigitte Grésy présente 25 propositions pour l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités familiales, et ce « tout au long de la vie ». Des mesures bien accueillies ; reste à les mettre en œuvre.


 

En commandant à l’Inspection générale des affaires sociales un rapport sur l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités familiales, Roselyne Bachelot ne voulait pas de « propositions à l’eau tiède ». La ministre des Solidarités n’a pas été déçue. Avec les mesures proposées dans le rapport qu’elle a rendu, mardi 7 mai, Brigitte Grésy (photo) entend « transformer l’équation ». « Aujourd’hui, la parentalité en entreprise est vue comme facteur d’appauvrissement, je voudrais la transformer en facteur d’enrichissement », explique l’inspectrice des affaires sociales.

Pour changer ce paradigme, et impliquer davantage les pères dans la vie familiale, Brigitte Grésy propose un nouveau concept : la « parentalité tout au long de la vie » :

 

Des mesures qui s’appuient sur une architecture en 3 temps :

– Le temps court : celui de la naissance.

Avec une proposition phare : refonder les congés maternité et paternité. Pas de changement au final pour la mère : elle disposerait d’un congé de maternité de 12 semaines. A quoi s’ajoute, après la naissance, un « congé d’accueil de l’enfant » : 4 semaines pour la mère comme le père. Avec une semaine de bonus si le père prend tout son congé.

– Le temps quotidien. C’est celui qui nécessite des aménagements au jour le jour entre travail et vie familiale.

 « C’est sans doute là que les leviers d’action sont plus difficiles », juge Brigitte Grésy. Il s’agit en effet, via les négociations entre partenaires sociaux, de donner davantage de marge aux salarié-e-s dans le choix de leurs temps de vie (horaires aménagés, RTT…).

– Le temps long : tout au long de la carrière.

Dans ce domaine, on trouve la proposition la plus novatrice du rapport : le droit individuel à la parentalité, ou DIP, « un acronyme qui va faire florès », anticipe Roselyne Bachelot. Il s’agirait de permettre, grâce à une période de 3 mois rémunérée, de prendre un « temps de respiration » pour s’occuper d’un enfant, d’un adolescent – ou plus généralement d’un proche – à toute période de la vie.

Le temps des négociations

Les militants de l’égalité accueillent favorablement ce rapport. Le Laboratoire de l’égalité « se réjouit » de sa publication et en salue les propositions. La valorisation de l’implication des pères dans la vie familiale, rappelle ce réseau, est l’un des quatre axes du Pacte pour l’égalité qu’il proposera à la signature des candidates et candidats à l’élection présidentielle.

Il y a un an, le gouvernement écartait de ses priorités la réforme du congé parental pourtant promise en 2007. Mais Roselyne Bachelot l’assure : « Nous souhaitons que ces propositions ambitieuses trouvent une issue heureuse ». Pour cela, place désormais au temps de la concertation avec les partenaires sociaux, qui apparaissent d’ores et déjà favorales à un congé de paternité allongé. Les mesures du rapport Grésy commenceront à être discutées dès le 28 juin lors d’une table ronde sur l’égalité professionnelle qui réunira syndicats, patronat, et les ministères des Solidarités et du Travail. Puis à partir de septembre au cours des négocations entre partenaires sociaux.

Reste aussi la question financière. Brigitte Grésy estime à 250 millions d’euros le surcoût maximum pour la sécurité sociale des mesures liées au « temps court ». Mais il ne faut pas s’arrêter à ce chiffre, et prendre en compte également « les externalités positives » : un meilleur partage des tâches familiales induira « moins de congés pathologiques pour les femmes, un moindre recours aux modes de garde d’enfants. Et cela permettra d’harmoniser le temps à l’avenir, en évitant des coûts pour l’entreprise en terme de tension, de souffrance au travail », estime l’inspectrice générale des affaires sociales. Pour qui « la non-concordance des temps entre vie familiale et travail » est, aujourdhui, « quasiment un risque psychosocial ».

 

Pour aller plus loin :

– Le rapport Grésy « sur l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et familiales dans le monde du travail » – PDF, 115 pages.

– La synthèse du rapport – PDF, 6 pages.

 

 

Partager cet article

13 commentaires

fu 8 juin 2011 - 12:18

😮

Répondre
De profundis 8 juin 2011 - 13:06

heu, ça fait un peu usine à gaz tout ça. Il n’y avait pas moyen de faire plus simple madame Gresy ?

Répondre
Léa 8 juin 2011 - 16:09

Moi ça me semble au contraire plutôt simple au regard des enjeux et des changements de pratiques et de mentalités que ça va impliquer… Je m’attendais à pire.

Les réactions des lecteurs dans les divers journaux sont assez intéressantes, entre les pour, ceux qui s’inquiètent pour nos finances publiques et ceux qui trouvent que « l’idée est bonne mais quand même c’est pas à l’Etat de décider de l’organisation des familles et de la place des pères… »

Répondre
Hayat HABETTE 8 juin 2011 - 16:25

Il me semble opportun de garder les 6 semaines avant la naissnce pour la mère er les 10 semeaines après.

« Léa »
Moi ça me semble au contraire plutôt simple au regard des enjeux et des changements de pratiques et de mentalités que ça va impliquer… Je m’attendais à pire.

Les réactions des lecteurs dans les divers journaux sont assez intéressantes, entre les pour, ceux qui s’inquiètent pour nos finances publiques et ceux qui trouvent que « l’idée est bonne mais quand même c’est pas à l’Etat de décider de l’organisation des familles et de la place des pères… »

Répondre
bip 9 juin 2011 - 06:57

Moi, ce qui me semble ennuyeux, ce sont les 4 semaines seulement pour la mère après la naissance, quid de l’allaitement ? de nombreuses jeunes femmes veulent allaiter leur bébé, et un mois seulement, c’est parfois un peu court…

Répondre
arnaudbihel 9 juin 2011 - 07:55

En réponse aux deux derniers commentaires, tentative d’éclaircissement. Dans les faits, le congé total pour la mère ne changerait pas : 16 semaines, dont 10 après la naissance(12 semaines -dont 6 après la naissance- de congé maternité + 4 semaines du « congé d’accueil de l’enfant »).

Répondre
sophia 9 juin 2011 - 09:07

je pense que raccourcir le conger parental de 3 ans a 1 ans nous allons droit dans le mur le plus important c est d elever ses enfants sinon ont en fait pas je pense que si l ont prend un conger parental ce n est pas pour gagner plus en un ans mais pour elever ses enfants et surtout les eduquer car si de nos jours il ya beaucoup de delinquance contrairement a il ya 30 ans c est parce que les parents reprennent telement vite leur travail q uil ya plus d education excuser moi mais c est certainement pas la nounou qui va faire leurs education ni la grand mere ni la voisine je sais de quoi je parle je suis a mon 4 enfants et croyer moi j ai pris un conger parental pour tous et je peux en etre que fiere allor pour vous dites moi le plus important c est aller bosser ou de s occuper de ses enfants a temp complet car n oublions pas que nous parent je pense que c est deja un metier et pas facile allors vive la delinquance si l la loi passe moi je prefere quiter mon emploi que de laisser mes enfants imaginer 35 heures de tavail par semaine ne me dite pas que quand vous renter chez vous le soir vous etes a 100pourcent operetionelle pour les enfants ca c est faut

Répondre
yanis 9 juin 2011 - 09:13

entierement daccord avec sophia ma maman a toujour etait aupres de moi quand il le fallait elle a mis sa cariere de coter pour moi et aujour d huit je suis ingenieur merci maman vive le conger parental de 3 ans

Répondre
ChrisVox 9 juin 2011 - 15:56

OK pour l’idée de s’occuper de son enfant plutôt 3 ans que 1 mais que ce temps d’arrêt soit partagé avec le père car c’est justement à cause de cela que les femmes sont pénalisés dans le monde du travail et sous payés car on leur fait payer le fait d’avoir des enfants et de s’en occuper. On est 2 pour faire des enfants donc il est logique d’être 2 à s’en occuper. La femme ne doit plus être le dindon de la farce et fini aussi le mythe de la femme qui doit se sacrifier pour ses enfants et son conjoint !

Répondre
meg 9 juin 2011 - 17:36

« il ya plus d education excuser moi mais c est certainement pas la nounou qui va faire leurs education ni la grand mere ni la voisine je sais de quoi je parle »

LA maman
LA nounou
LA grand-mère
LA voisine

Vous ne citez aucun homme !
LE papa
LE baby-sitter
LE grand-père
LE voisin
ont les mêmes capacités pour éduqué un enfant que des femmes.

D’autre part le fait d’être à 100% disponible pour son enfant ne garantie aucunement une bonne éducation. Sinon il n’y aurait pas de délinquance dans les sociétés patriarcales. Comme si les mères étaient seuls responsable de la misère du monde !

Enfin pour répondre à Yanis qui est fière du sacrifice de sa mère. J’ai personnellement le sentiment contraire. J’ai honte que ma mère se soit sacrifiée professionnellement pour moi. Je ne lui ai rien demandé et je ne la remercie pas pour ce modèle de renoncement à elle même. Comment peut on être fière d’avoir privé quelqu’un qu’on aime de quelque chose que cette personne apprécie ?

Je me réjouie de cette mesure qui pourrait rétablir un tout petit peu le déséquilibre de la répartition de rôles dans l’éducation des enfants français.

Répondre
dom 10 juin 2011 - 07:39

[MEG faisant des FOTES partout… il/elle n’a pas le minimum vital pour EDUQUER.

Il serait bien que les pères, grand-pères, oncles… éduquent… mais dans la réalité on constate que les hommes sont présents pour aller conduire/applaudir les gamins au foot… et dès qu’il s’agit d’éducation ils font appel à une femme (nounou, mère…). En tant que femme, 2 fois de suite dans un TGV un père a eut le culot de TENTER de me laisser la garde de ses enfants parce qu’il voulait aller tranquillement au bar SEUL !

Répondre
alice 10 juin 2011 - 07:42

Mes parents travaillaient, s’occupaient TRES bien des 3 enfants… et dans la famille tout le monde est ingénieur, médecin, infirmier… aussi concilier TRAVAIL et education des enfants n’a rien d’extraordinaire… et en général dans ces familles là on mène de front école, études de musique en conservatoire, sport… au lieu de rester affaler devant la télé… c’est tout…

Répondre
meg 10 juin 2011 - 08:26

« dom »
[MEG faisant des FOTES partout… il/elle n’a pas le minimum vital pour EDUQUER.

Vous confondez « éducation » et « enseignement ». Votre remarque est blessante et mesquine. Je suis dislexique, merci de me laisser, malgrès cela, le droit d’avoir un avis et de l’exprimer.

« et dès qu’il s’agit d’éducation ils font appel à une femme »
Mais c’est bien ce que j’aimerai voire changer et ce qu’essaye de faire la mesure proposée qui me semble simple et juste.
Il y a des pères qui ne veulent pas « se faire chier » a s’occuper de leurs enfants et
il y a aussi des mères qui vampirisent leurs gamins et font obstacle à toute affection entre le père et ses enfants.
Il y a aussi des pères qui veulent éduquer et des mères qui préfèrent leur carrière. Avec cette proposition toutes ces options sont respectées. Les pères négligants pourront négliger et
les mères vampiriques pourront vampiriser, mais ca laisse une place aux autres. Cela devrait vous réjouir.

Répondre

Laisser un commentaire