
Fin de mandat, fin de parité. Le remaniement ministériel consécutif au départ de Christine Lagarde pour le FMI fait encore reculer la place des femmes au gouvernement : une femme à un poste régalien sort, beaucoup d’hommes sont promus, trois hommes et une femme entrent. La (presque) parité n’est plus qu’un souvenir.
Nouvelle illustration avec le remaniement ministériel rendu nécessaire par le départ de Christine Lagarde, appelée à diriger le FMI. A mesure que la fin de mandat approche, les femmes disparaissent progressivement du tableau gouvernemental. Au nom des intérêts supérieurs des alliances avec les courants politiques qu’il faut neutraliser…
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Claude Greff,
On peut voir dans cette nomination une manière de minorer la masculination du gouvernement, irrépressible de remaniement en remaniement depuis 2007. On peut voir encore, dans le retour d’un secrétariat d’Etat dédié à la Famille (avec également le retour de celui dédié aux Anciens combattants) un appel du pied en vue de la présidentielle à une frange traditionnaliste de la droite. On peut y voir aussi, plus positivement, un signal positif à l’heure où les questions d’égalité professionnelle et familiales semblent revenues au centre des préoccupation politiques – comme en témoigne les récentes déclarations de Laurence Parisot ou la conférence menée la veille sur ces questions. L’Union nationale des familles de France (UNAF), association souvent critique à l’égard du gouvernement, salue en tout cas cette nomination. En tant que députée, la nouvelle secrétaire d’Etat a traité en 9 ans des sujets divers, dont plusieurs recoupent des questions familiales. Vice-présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux Droits des femmes, Claude Greff a ainsi été la rapporteure, en 2008, d’un rapport qui détaillait les « fortes inégalités » que subissent les femmes en matière de retraites. Elle est pourtant à peine intervenue en séance lors de la discussion de la réforme des retraites, à l’automne 2010. Se contentant de prendre part à des joutes verbales (1). Reste à déterminer le champ de compétences de la promue, qui travaillera au côté de Roselyne Bachelot, forte personnalité au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale. Comment s’insèrera-t-elle, par exemple, dans le débat sur la dépendance entamé depuis des mois ? Quelle marge de manoeuvre aura-t-elle sur les sujets sensibles ? On sait Roselyne Bachelot favorable au mariage homosexuel tandis que la députée Claude Greff, il y a quelques jours, a voté contre. « Le mariage implique une filiation » a estimé sur Europe 1 la nouvelle secrétaire d’Etat peu après sa nomination, tout en assurant qu’une famille « est diverse, elle peut être entendue de toutes les façons ». Preuve qu’elle sait manier la langue de bois. (1) Le site nosdéputés.fr ne relève que 5 interventions sur ce dossier, telles que : « Tous les métiers ont des aspects pénibles ! Prenez le nôtre : c’est pénible d’entendre le groupe socialiste ! » |
N’étant jamais les poids lourds des formations politiques menaçantes pour le pouvoir en place, elles restent en retrait. Ce phénomène avait été observé lorsqu’Alain Juppé était Premier Ministre… Bis repetita aujourd’hui.
Elles partirent 11 femmes sur 33 membres dans le premier gouvernement Fillon en 2007 (dont sept femmes sur 15 ministres) et se virent 10 femmes (six ministres) sur 35 ministres et secrétaires d’Etat en arrivant au seuil de la campagne pour les présidentielles de 2012. Avec moins de ministres et plus de secrétaires d’Etat chez les femmes.
Et pour elles, pas de promotions éclatantes. Valérie Pécresse, qui était pressentie pour remplacer Christine Lagarde se trouve finalement au budget et devient porte parole du gouvernement après avoir été ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Et Claude Greff, députée d’Indre-et-Loire hérite d’un poste oublié lors du dernier remaniement, au grand dam de la droite traditionnelle : le secrétariat d’Etat chargée de la Famille.
Cocktail 2012
En revanche, beaucoup d’hommes sont promus. Libéraux, droite populaire, droite sociale, centristes, chiraquiens et droite tatami… Le cocktail pour 2012 est prêt. François Baroin hérite du poste très convoité de ministre des Finances. Laurent Wauquiez de celui de ministre de l’Enseignement public et de la recherche. Le centriste François Sauvadet devient ministre de la Fonction publique (pour remplacer Georges Tron). Thierry Mariani obtient le titre de ministre chargé des Transports (jusque là secrétariat d’Etat). Jean Leonetti, ancien UDF, est nommé ministre des Affaires européennes. Marc Laffineur, vice-président de l’Assemblée nationale, sera en charge des Anciens combattants. Et surtout le judoka David Douillet, qui en rêvait, devient secrétaire d’Etat chargé des Français de l’étranger.
Après les débordements presque paritaires des premières formations Fillon, le gouvernement de précampagne revient à ses valeurs traditionnelles : une femme à un petit secrétariat à la famille, des hommes aux gros postes aux affaires.
Misogynie assumée
Et quels hommes ! David Douillet, le très populaire judoka, ami de la famille Chirac n’est pas très loin de partager l’avis de l’ex-Président de la République qui jadis donnait sa conception de la femme : « Pour moi, la femme idéale, c’est la femme corrézienne, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas. » Lorsqu’il a été élu député en 2009, le Canard enchaîné s’est penché sur l’œuvre de David Douillet : « On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes. » écrit-il dans « L’Ame du conquérant », confirmant ainsi que la misogynie fait souvent bon ménage avec l’homophobie. Et de poursuivre : « J’ai une authentique admiration pour les femmes qui vouent leur vie aux leurs. » Ailleurs : « C’est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d’élever les enfants. Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n’est pas un hasard ». Quand aux sportives : « Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n’est pas quelque chose de naturel, de valorisant. » Sa collègue ministre des Sports Chantal Jouanno, championne de karaté, appréciera.
Décidément, la parité n’est plus qu’un souvenir…
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Photo : David Douillet, à l’université d’été du Medef
Sa nomination est sans doute la moins commentée du nouveau remaniement ministériel. Claude Greff dirigera un secrétariat d’Etat qui renaît pour l’occasion, celui de la Famille. Cette infirmière de 57 ans est députée depuis 2002. Secrétaire nationale de l’UMP (parmi 207) en charge des Ecoles, des Collèges et des Lycées, elle se dit elle-même surprise de son entrée au gouvernement.