Sexisme ou ‘tradition potache’ à Sciences Po Bordeaux ?

par Arnaud Bihel

Face à des pages Facebook au caractère ouvertement sexiste, la direction de l’établissement réagit mais cherche à minimiser. Le collectif universitaire bordelais contre le sexisme y voit au contraire une question « grave et profonde ».


Une enquête est en cours à Sciences Po Bordeaux après les provocations sexistes d’un groupe d’élèves. L’affaire remonte à plusieurs semaines déjà : en décembre, des étudiants de l’institut d’études politiques de Bordeaux créaient l’association A-Bord consacrée à la réflexion sur le genre.

En réponse, d’autres étudiants ouvraient une page Facebook intitulée ‘Osez le masculin’, parodie de l’association ‘Osez le féminisme’. Une page rapidement fermée par la direction de l’école. Elle rouvrait en janvier sous une autre forme, « Osez le masculisme », en appelant notamment à mimer un « bukkake« (1) lors d’un débat organisé par ‘A-Bord’. La page affichait aussi des sondages du type « Pour ou contre le viol collectif ? » ou « Pour ou contre l’excision ? ».

A nouveau, la direction de l’école a fait fermer la page au bout de quelques jours. Mais cette fois des médias s’étaient emparés du sujet. Mercredi 6 janvier, huit étudiants qui s’étaient inscrits sur cette page étaient convoqués par la direction. Celle-ci indique par ailleurs qu’une enquête est en cours pour identifier les étudiants à l’origine de cette page. « Nous porterons plainte contre les auteurs pour infraction à la loi Taubira-Vallaud-Belkacem [la récente loi sur le harcèlement sexuel, NDLR] et utilisation frauduleuse de la marque Sciences Po Bordeaux déposée à l’Inpi », indique la direction de l’établissement au journal Sud-Ouest. Tout en tentant de minimiser les faits : « Nous sommes confrontés aux limites de la tradition potache, regrettable. »

Des « Violleyeurs » et des « Mi-putes mi-soumises »

Une tradition potache qui ne s’est pas exprimée que par le biais de Facebook. L’affaire a aussi permis de constater que l’équipe de volley-ball de l’institut se fait appeler « les violleyeurs »… et que des filles intégrent également ce sexisme : le syndicat Sud Etudiant relève ainsi que les joueuses de l’équipe féminine de rugby de Sciences Po Bordeaux ont choisi de se nommer les « Mi-Putes-Mi-Soumises ».

 

« Pourquoi c’est grave ? Parce que les insultes, soit-disant sur le ton de la rigolade, restent des insultes. Elles n’ont qu’un objectif : rabaisser, déstabiliser, blesser et ramener les femmes à leur condition de femmes » : Lire aussi le point de vue de Charlotte Lazimi, du blog ‘Les Martiennes’, ancienne étudiante de Sciences Po Bordeaux.

 

Pour le « Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur », qui s’est constitué suite à l’émergence de ces pages Facebook, il s’agit là d’une « question collective, grave et profonde, qui se pose au quotidien dans les établissements universitaires bordelais ».

L’affaire est également révélatrice des clivages politiques, forcément plus intenses dans un institut d’études politiques. Le collectif a le soutien des syndicats Unef et Sud, marqués à gauche. En face, le syndicat MET (émanation de l’UNI, très à droite) accuse dans un communiqué ce collectif de vouloir « salir l’image de Sciences Po Bordeaux en faisant passer l’institut pour une institution laxiste et machiste via une médiatisation excessive et fallacieuse ». Mais ne s’interroge pas le moins du monde sur le sexisme qui s’exprime là.

 

 


(1) « Agression sexuelle qui consiste en une masturbation collective visant une femme non-consentante », selon la définition du collectif féministe

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3 commentaires

Eric 7 février 2013 - 04:54

Le « bukkake » n’est pas une « agression sexuelle ». D’après Wikipedia,il s’agit d’une « éjaculation collective par un groupe d’hommes sur une femme ou sur un homme ».

Le harcèlement doit cibler une personne en particulier. Je ne pense pas qu’une page Facebook qui déplait à un groupe puisse entrer dans le cadre du harcèlement, même si je ne connais pas le détail de la loi Taubira. Ici il s’agit simplement d’un problème de liberté d’expression.

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Ninhursag 7 février 2013 - 08:07

Qu’est-ce que cela veut dire que ces insultes ont comme objectif de ramener les femmes à leur condition de femmes ?
Je dirais plutôt que ces insultes ont comme objectif de rabaisser les femmes au rang d’objet sexuel méprisable et soumis aux desiderata des phalocrates.
A Ericle : peut-être pas harcèlement mais insulte sans aucun doute. Alors qu’on ne nous serve pas encore de la liberté d’expression, quand il y a insulte raciste ou antisémite cela vous parle ? Et bein cela devrait vous parler quand il s’agit d’insulte sexiste.
Quand des petis coqs prétentieux et arrogants insultent des étudiantes à Bordeaux, c’est toutes les femmes qu’ils insultent. Il est normal et souhaitable que ces propos et ces attitudes soient sanctionnés.

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Lili 7 février 2013 - 08:50

Franchement cette expression est choquante. Notre condition de femme c’est la nôtre, elle est digne, grande, belle, comme celle d’homme. Alors non, rien ne nous « ramène » à notre condition de femme. Nous y sommes, et nous y sommes fièrement. Merci de ne pas l’assimiler avec ces insultes qui effectivement nous réduisent à de la viande, ce qui est insultant.

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