Une personne sur cinq en Europe, une sur dix en France, a encore tendance à culpabiliser les femmes victimes de violences.
Quelques chiffres qui font mal. La Commission européenne a publié jeudi 24 novembre, à la veille de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, une enquête à l’échelle des 28 pays de l’Union sur les « perceptions et attitudes concernant la violence de genre »1. Méconnaissance ou déni, les chiffres montrent le chemin qu’il reste à accomplir dans les mentalités, alors qu’une femme sur trois dans l’Union européenne a fait l’objet d’une forme de violence sexiste.
Signe d’une méconnaissance de la question, plus d’un quart des personnes interrogées – 31% en Europe, 26% en France – pensent qu’une femme a plus de risque de subir un viol de la part d’un inconnu que d’une connaissance. Alors que les faits sont sans appel : dans l’immense majorité des cas le violeur est un proche.
Victimes culpabilisés
Pire, plus d’une personne interrogée sur cinq (22%) en Europe est d’accord pour dire que « les femmes inventent ou exagèrent souvent les accusations de mauvais traitement ou de viol ». C’est le cas de 13% des personnes interrogées en France. Les proportions varient fortement en Europe, de 8% en Suède à 47% à Malte.
Même tendance à la culpabilisation des victimes, sur l’air du « elle l’a bien cherché » : presque une personne interrogée sur cinq (17%) est d’accord pour dire que la violence à l’encontre des femmes « est souvent provoquée par la victime » ; les proportions les plus fortes se retrouvent dans les pays de l’est de l’UE. Le chiffre est plus bas en France mais cet avis est tout de même partagé par plus d’une personnes sur dix (12%).
Des idées qu’on retrouvait dans un autre sondage réalisé en mars dernier pour l’association Mémoire Traumatique et Victimologie (Voir : Le viol ? Toujours pas compris).
La loi contre les violences conjugales
Signal plus positif, la notion de viol conjugal et son illégalité semble être entrées dans les esprits en France : seules 3% des personnes interrogées considèrent que forcer un partenaire à avoir des relations sexuelles ne devrait pas être puni par la loi. A l’échelle européenne, le chiffre monte à 10%.
Plus globalement 88% des Français.e.s interrogée.e.s estiment que la violence domestique contre les femmes « est inacceptable et doit toujours être punie par la loi ». Cette proportion est en augmentation de 4 points par rapport à la même enquête menée en 2010. Entretemps les outils législatifs contre les violences conjugales se sont renforcés.
Le 3919 trop peu connu
Reste aussi à faire progresser la connaissance des services d’assistance aux femmes victimes de violences. En Europe, 74% des personnes interrogées disent connaître l’existence de tels services (jusqu’à 97% en Suède, 96% en Allemagne). En France, elles ne sont que 70%.
Moins de la moitié des Françaises connaissent le 3919, Violences Femmes Info, numéro d’écoute anonyme et gratuit. Lui donner encore davantage de visibilité, c’est d’ailleurs l’un des axes de la campagne lancée pour ce 25 novembre.
Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :
En Europe, peu de chiffres, peu de violence ?
1 Sondage réalisé par le réseau TNS Opinion & Social dans les 28 États membres de l’Union européenne entre les 4 et 13 juin 2016, auprès de 27 818 citoyen.ne.s de l’UE – un millier en France.
