L’enquête intitulée « Ne leur fermons pas la porte » prévient : les baisses de financement des associations féministes auront des conséquences dramatiques.
« On risque de voir le nombre de féminicides repartir à la hausse » a prévenu Laura Slimani, directrice du pôle projet à la Fondation des femmes mercredi 27 août en présentant une enquête alertant sur la dégradation de la situation financière des associations féministes.
Menée au début de l’été auprès de 148 associations, dont une grande majorité (122) accompagnent directement des femmes victimes de violences et vulnérables, cette enquête montre une situation financière très dégradée dans 71 % des associations répondantes. Aujourd’hui, 44 % des associations n’ont plus que 3 mois de trésorerie.
Moins de financements = plus de femmes en danger
15% de subventions perdues en un an pour ces associations, c’est 6,7 millions d’euros en moins… ce qui représente 6.000 femmes qui ne pourront pas être accompagnées.
Les baisses de financement des associations ont des conséquences concrètes : suppressions de places d’hébergement d’urgence pour 28 % des associations répondantes, des fermetures de permanences pour 30 % des associations accompagnatrices, réduction de la masse salariale pour 50 % des structures. Ce qui veut dire : licenciements de juristes, de psychologues ou de personnes spécialisées dans l’insertion professionnelle.
Les plus vulnérables trinquent : 72 % des associations rurales et 75 % des associations en outre-mer ont dû fermer des permanences ou des centres. Et ce sont les territoires les plus touchés par les féminicides.
Clémence Pajot, la directrice de la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) qui présentait l’étude avec la fondation des femmes n’en finit pas d’alerter. (elle le faisait récemment dans nos colonnes : « Les CIDFF existent depuis 50 ans et on a jamais été confronté à une telle dégradation financière », ) Ces associations qui font un travail que leur délègue l’Etat ont de quoi être en colère.
Ni aide, ni prévention
Outre leur impact sur l’aide aux victimes, ces coupes budgétaires empêchent aussi la prévention et la sensibilisation. 51 % des associations affirment devoir baisser leurs actions de prévention. Ce qui est catastrophique en ces temps où le masculinisme devient un courant politique de plus en plus fort.
Si, en 2019, le Grenelle des violences conjugales avait permis une petite hausse des budgets des associations -sans toutefois résoudre tous les problèmes-, la situation se détériore à nouveau. Et faute de moyens de prévention, de soutien, d’accompagnement et de mise à l’abri des victimes, les associations craignent une forte hausse des violences et des féminicides.
Mauvais calcul
Si les conséquences humaines de ces coupes budgétaires sont terribles, les associations font aussi remarquer que ces coupes sont un très mauvais calcul économique. « Faire des économies sur le dos d’associations comme les nôtres est un mauvais calcul économique, car le coût qu’il faudra que la société assume si nous ne pouvons plus exercer nos missions sera encore plus élevé. » a déclaré Vanessa Garouche directrice du CIDFF d’Arles lors de l’enquête. (Lire aussi : 433 décès, 3,6 Mds € : les chiffres des violences conjugales)
La loi intégrale contre les violences que les associations appellent de leurs vœux semble s’éloigner de plus en plus. (lire : Loi intégrale contre les violences sexuelles cherche volonté politique )