Pour ne pas répondre aux survivantes de violences sexuelles dans l’affaire Epstein, Donald Trump s’en est pris à une journaliste. Une manœuvre sexiste classique, destinée à évacuer la question des violences sexuelles en réduisant une journaliste professionnelle à son apparence.
Lors d’un point de presse dans le bureau ovale mardi dernier, la journaliste vedette de CNN, Kaitlan Collins, a posé une question sur l’affaire Epstein. A propos des survivantes de violences sexuelles, elle demandait : « De nombreuses femmes victimes d’Epstein sont mécontentes des passages censurés. Dans certains cas, des entretiens entiers avec des témoins ont été complètement expurgés. Pensez-vous qu’il faudrait plus de transparence ? »
Minimiser, réduire une femme à son apparence
Le président des Etats-Unis a répondu en deux temps. Deux temps sexistes. L’évacuation du sujet d’abord : « Je pense qu’il est vraiment temps que le pays se penche sur autre chose » a-t-il asséné. La journaliste a insisté : « Monsieur le Président, que diriez-vous aux personnes qui ont le sentiment de ne pas avoir obtenu justice ? » et la saillie sexiste est repartie : « Vous êtes vraiment mauvaise. Vous êtes la pire journaliste. Pas étonnant que CNN n’ait aucune audience à cause de gens comme vous. Vous savez qu’elle est jeune. Je crois que je ne vous ai jamais vue sourire. Je vous connais depuis 10 ans et je ne crois pas vous avoir jamais vu sourire. »
La nouvelle attaque de Trump pour délégitimer une femme journaliste a été vivement critiquée. Rappelant que personne ne sourit lorsqu’il est question de victimes de violences sexuelles, Alyssa Farah Griffin, ancienne conseillère de la Maison-Blanche, dans The View, a défendu Collins en soulignant que les femmes sont trop souvent jugées sur leur apparence plutôt que leurs compétences. Sur les réseaux, l’activiste et survivante de Jeffrey Epstein Annie Farmer a fustigé l’ancien président pour avoir réduit une question légitime à un commentaire sur le sourire.
Vues, pas entendues
Réponse du camp Trump ? L’actuel Vice-président J.D. Vance, interrogé après coup, a tenté de justifier son président en disant qu’il fallait parfois « avoir un peu de fun », une réaction qui a elle-même été critiquée comme insensible et révélatrice d’une méconnaissance des enjeux de sexisme dans le journalisme.
Les féministes ont rappelé l’éternel plafond de verre : les femmes doivent se contenter d’être « vues et pas entendues » ni prises au sérieux. Elles sont jugées sur leur apparence plus que sur leurs arguments.
Cet épisode s’inscrit dans une série d’interactions houleuses de Trump avec des femmes journalistes, qui soulèvent des questions plus larges sur le sexisme latent dans la politique et les médias.
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