Suite à la disparition brutale de Loana Petrucciani, première star de télé-réalité française, les réactions pleuvent. Ceux qui ont instrumentalisé son image tentent de se donner le beau rôle… les féministes dénoncent la machine sexiste des médias.
Elle est la première star de la télé-réalité en France. Loana Petrucciani, gagnante de l’émission Loft Story, diffusée sur M6 en 2001, a été retrouvée morte chez elle, à Nice, le 25 mars 2026. Elle avait 48 ans. Lorsqu’elle fait son entrée dans le Loft, elle a 23 ans. Archétype de la bimbo, elle va être dépossédée de son image pour façonner les normes sexistes de la télé-réalité.
Déshumainsation de la bimbo
L’histoire de Loana est tragique… et les médias s’en sont délectés pour en tirer du divertissement et augmenter leur audience.
Née en 1977 à Cannes, Loana est issue du milieu populaire. Elle subit des violences dès l’enfance. Son père, pompiste, est alcoolique, et sa mère est dépressive. Alors qu’elle est gogo danseuse sur la Côte d’Azur, Loana est repérée par la production Endemol, qui sillonne la France à la recherche des parfaits candidats pour lancer la première télé-réalité française sur le modèle de la franchise néerlandaise « Big Brother » dont le concept repose sur le voyeurisme. Loana est choisie pour incarner la bimbo de service.
Elle devient rapidement la figure star du programme. Notamment à cause de « la scène de la piscine », diffusée en direct, où elle entame un rapport sexuel avec un autre candidat, Jean-Édouard. Autre scandale : la révélation de l’existence de sa fille, qu’elle a eu à 19 ans et qu’elle avait confiée à la DDASS à cause de sa situation de précarité. Les critiques pleuvent. Au sexisme qu’elle subit, s’ajoute un violent mépris de classe. « Après toi, toutes les candidates ont été choisies dans le même moule classes populaires, enfances cabossées, violences subies avant même d’entrer dans un programme. Les boîtes de production le savaient. Elles capitalisaient dessus. Tu n’étais pas un accident. Tu étais le modèle. Et le modèle tourne encore », écrit la journaliste Constance Vilanova, spécialiste de la télé-réalité et autrice de l’essai Vivre pour les caméras (JC Lattès, 2024) sur Instagram.
L’image de la bimbo lui collera à la peau toute sa vie. Les médias ne la prendront jamais au sérieux, au point de totalement la déshumaniser. Rokhaya Diallo, pour son « dictionnaire amoureux du féminisme » analyse : « Ses derniers passages à la télévision nourrissent un public avide de scruter les moindres évolutions physiques de la star déchue. Pour autant, Loana refuse d’être perçue comme une victime, elle considère que le loft lui a offert la vie dont elle a toujours rêvé. ». En réalité, Loana a été victime d’un continuum de violences sexistes, physiques, physiques, familiales, conjugales et médiatiques.
Des violences tournées en divertissement
Jetée en pâture aux médias, Loana a été dépossédée de son image, même, et surtout, après sa sortie du Loft. Ses multiples dépressions et ses tentatives de suicide font les gros titres de la presse people. À chacune de ses apparitions médiatiques, sa détresse est tournée en divertissement alors même que la jeune femme est diagnostiquée bipolaire.
En 2011, Loana participe à l’émission les Anges 2 sur NRJ12. Dans le programme, chaque candidat doit être motivé par « un projet professionnel ». L’objectif de Loana sera de « retrouver la forme ». « Le public découvre une trentenaire éteinte, bouffée par les addictions. Le reste est une descente aux enfers : violences conjugales qui lui déforment la mâchoire, séjours en hôpital psychiatrique, banqueroute, consommation de drogues. Sur ses réseaux sociaux, les internautes jubilent et font de sa chute un spectacle », écrit la journaliste Constance Vilanova dans sa nécrologie publiée dans Télérama.
Le 5 février 2024, Loana est invitée dans Touche pas à mon poste ! pour témoigner du viol avec séquestration dont elle a été victime quelques mois plus tôt. La séquence est violente : Loana parvient à peine à formuler ses phrases. « Robotique, elle avale ses verbes, ses mots disparaissent, dans ce qui ressemble à un trouble du stress post-traumatique, en plein direct » analyse Constance Vilanova dans son article. L’animateur Cyril Hanouna va même diffuser les photos de son corps tuméfié et l’une des chroniqueuses présentes a un fou rire. Après la polémique, l’émission sera mise en demeure par l’Arcom.
L’hypocrisie et le sexisme des médias dénoncés
Suite à l’annonce de son décès, les hommages pleuvent sur les réseaux sociaux. « N’oublions jamais que derrière son image se cachait une femme sensible et extrêmement intelligente », écrit sur Instagram Alexia Laroche-Joubert, productrice de Loft Story. Benjamin Castaldi, présentateur de l’émission, a également réagi : « La vérité, c’est qu’on est tous un peu responsables. Parce qu’on a tous regardé. Parce qu’on a tous commenté. Parce qu’on a tous, à un moment, détourné les yeux quand ça devenait trop dur. Elle incarnait une innocence brute dans un monde qui ne pardonne rien. Et nous, on n’a pas su être à la hauteur de ce qu’elle nous a donné. »
Mais les féministes remettent les pendules à l’heure. Face à la detresse de cette jeune femme, les médias ont préféré détourner le regard. Fiona Schmidt s’en indigne sur Instagram : « Et il aura fallu qu’elle meure pour qu’on s’en souvienne – et qu’on s’intéresse à elle cinq minutes de plus. Pas pour lui rendre hommage, mais pour se donner le beau rôle. Pour oublier qu’on a toustes participé de près ou de loin, à la déshumanisation qui a fini par la tuer ». Rokhaya Diallo s’insurge aussi. « Pendant 25 ans, nous avons collectivement assisté à la descente aux enfers d’une femme exploitée de multiples fois aussi bien par des entreprises, que par des êtres humains. La paroxysme de l’extractivisme patriarcal », s’indigne
Pour comprendre ce décès soudain, une enquête a été ouverte « en recherche des causes de la mort », a indiqué le parquet de Nice.
À lire dans LesNouvellesNews.fr :
TÉLÉRÉALITÉ : APPEL AU BOYCOTT CONTRE LA BANALISATION DU HARCÈLEMENT
TÉLÉRÉALITÉ DÉGRADANTE : LE CSA AVERTIT NRJ12, W9 ET NT1
ENCORE DES ATTAQUES SEXISTES CONTRE UNE YOUTUBEUSE APRÈS LE GP EXPLORER
L’HYPER-VIRIL ET LA POUPÉE, « SEXISME EN LIBERTÉ » SUR YOUTUBE
SEXISME « ORDINAIRE » SUR LES ONDES, SEXISME AGRESSIF EN LIGNE
TANALAND : UN PAYS IMAGINAIRE INTERDIT AUX HOMMES POUR CONTRER LE CYBERHARCÈLEMENT SEXISTE
LE NUMÉRIQUE, FABRIQUE À SEXISME… COMME LES VIEUX MÉDIAS

