96,2 % de l’écart entre hommes et femmes est comblé dans l’éducation… mais seulement 22,1 % dans le pouvoir politique. Le 20e rapport du World Economic Forum sur les inégalités entre les femmes et les hommes montre que le pouvoir reste accaparé par la moitié masculine de l’humanité.
Le 20e Global Gender Gap Report du World Economic Forum, publié ce 16 septembre, l’a calculé : en 2026, 69,2 % de l’écart mondial entre les femmes et les hommes est comblé. Un niveau record depuis la création de l’indice en 2006. Mais dans les gouvernements, les parlements, les directions d’entreprise et les secteurs technologiques stratégiques, les hommes restent largement majoritaires. Et, à ce rythme, il faudrait 120 ans pour atteindre la parité.
Des avancées…
Le Global Gender Gap Report compare 145 pays à partir de quatre dimensions : participation et opportunités économiques, éducation, santé et survie, participation politique. Aucun pays n’a encore atteint l’égalité complète.
Sur vingt ans, presque tous les pays ont progressé. L’écart mondial s’est réduit de 5,2 points dans l’échantillon de 97 pays comparés depuis 2006.
Mais l’amélioration ralentit. La première décennie de l’indice a enregistré des gains plus rapides que la seconde. Et certains reculs apparaissent dans la représentation politique, cruciale pour transformer durablement les lois, les politiques publiques et la distribution des ressources.
…Sauf quand il est question de pouvoir
Les écarts sont très différents selon les domaines étudiés. L’éducation est le domaine le plus avancé, avec 96,2 % de l’écart comblé. La santé et la survie atteignent 96,9 %. À l’inverse, concernant la participation et les opportunités économiques, seulement 61,7 % de l’écart est comblé. Et en matière de pouvoir politique, le score tombe à 22,1 %.
Autrement dit : les femmes rattrapent les hommes dans l’accès à l’éducation, mais beaucoup moins dans l’accès aux ressources économiques et aux lieux de décision.
Le WEF calcule que, si le rythme actuel se maintenait, il faudrait encore 129 ans pour parvenir à la parité économique et 194 ans pour la parité politique. Pour l’éducation, en revanche, l’horizon est estimé à huit ans.
En politique, le score aujourd’hui est de 32,9 % de femmes pour la représentation parlementaire, de 23,7 % pour la représentation ministérielle. Et de seulement 14,4 % pour le nombre d’années durant lesquelles une femme a dirigé l’État au cours des cinquante dernières années.
Le « plafond de verre » toujours
Le rapport 2026 s’intéresse aux trajectoires professionnelles. Et montre que l’écart se creuse à mesure que les femmes avancent dans leur carrière.
Selon les données de LinkedIn utilisées par le WEF, la part des femmes dans la population active est passée de 39,9 % en 2015 à 41,8 % en juin 2026. Dans les postes de direction, elle est passée de 26,7 % à 29,6 % sur la même période.
Entre le début et le sommet de la hiérarchie, les femmes disparaissent progressivement. En 2026, leur représentation passe de 46 % dans les postes d’entrée de carrière à seulement 23 % au niveau des directions générales. Le rapport parle d’un « drop to the top » : une chute vers le sommet qui varie selon les secteurs.
Les femmes restent également sous-représentées dans certains postes qui constituent des étapes fréquentes vers la fonction de dirigeant·e, notamment les postes de direction financière (CFO) ou opérationnelle (COO). Au sein des 500 plus grandes entreprises mondiales, le changement reste lent : la proportion de femmes PDG est passée de 2,8 % à 6,4 % en dix ans.
Et le rapport relève un signal plus récent : les recrutements de femmes dans l’ensemble du marché du travail comme dans les fonctions dirigeantes stagnent depuis 2022.
La maternité, motif de discrimination
Les données utilisées par le WEF montrent que les femmes sont presque deux fois plus susceptibles que les hommes de connaître une interruption de carrière. Et ces interruptions liées à la parentalité ont des conséquences sur la progression professionnelle et la représentation des femmes dans les niveaux hiérarchiques supérieurs.
Le WEF évoque ainsi une « motherhood penalty », ou pénalité liée à la maternité, tandis que les hommes peuvent au contraire bénéficier d’un « fatherhood premium ».
Reproduction d’inégalités
Et la ségrégation professionnelle demeure : aux femmes, plus souvent, les fonctions associées au soin, au personnel et à l’organisation interne ; aux hommes, les leviers de stratégie, de budget, de technologie et de pouvoir exécutif.
Dans l’économie de l’intelligence artificielle, les femmes restent sous-représentées. Elles représentent près de la moitié des personnes chargées de l’annotation des données, mais moins d’un cinquième des développeuses et développeurs et des ingénieures et ingénieurs chargés du déploiement. Moins nombreuses à bénéficier des emplois les plus stratégiques, elles laissent davantage de place à la reproduction des biais existants.
Un progrès réel, mais encore réversible
Le rapport 2026 ne décrit donc ni une stagnation totale ni une marche régulière vers l’égalité. Les progrès sont réels, mais leur rythme est insuffisant et, surtout, leur répartition très inégale.
Le chemin parcouru est réel. Mais lorsqu’il s’agit de partager le pouvoir, le plafond reste particulièrement solide. Le contraste est saisissant : 96,2 % de l’écart est comblé dans l’éducation, mais seulement 22,1 % dans le pouvoir politique.
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