Comme chaque année, le mois d’octobre est marqué par « Octobre rose », la campagne de sensibilisation au cancer du sein. Mais cette année, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’aggravation des causes environnementales du cancer et la dégradation de la prise en charge.

Plus de 60 000 nouveaux cas diagnostiqués et 12 000 décès chaque année. Le cancer du sein est le plus fréquent et le plus meurtrier pour les femmes en France. Pourtant, sa prise en charge se dégrade dans le pays. Alors que la campagne annuelle d’Octobre rose s’ouvre, une colère se fait de plus en plus entendre.
Pour une prise en charge intégrale
En janvier 2026, la Cour des comptes a publié un rapport alarmant. En France, de nombreuses inégalités, notamment territoriales et sociales, persistent. L’offre de dépistage reste inégalement répartie sur le territoire. Résultat : bien que le dépistage soit intégralement remboursé, la participation est insuffisante, voire en recul, interpelle le rapport. L’instance déplore aussi une hausse globale des dépenses. Le rapport note qu’en 2023, l’Assurance maladie a pris en charge 4,7 millions d’euros contre 2,8 millions d’euros en 2015. Toutefois, le nombre de patientes, lui, a peu progressé. Cela s’explique par la hausse des dépenses de médicaments et des hospitalisations, et ce, alors même que « plusieurs délais de prise en charge se sont dégradés ».
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Un an plus tôt, en janvier 2025, un texte transpartisan avait pourtant été approuvé à l’unanimité par les députés. Le but ? Atténuer le reste à charge, qui s’élève en moyenne à 1400€ par patiente. Le texte défendait une prise en charge intégrale, comprenant le renouvellement des prothèses mammaires, du tatouage médical de l’aréole et du mamelon ou encore des soutiens-gorge adaptés. Le rapporteur du texte à l’Assemblée, le député communiste Yannick Monnet, constatait alors amèrement que « les plus précaires renoncent aux soins ou produits non pris en charge ou insuffisamment remboursés qui s’avèrent trop onéreux ». Mais, un an et demi plus tard, bien que la proposition de loi ait été votée au Sénat, seulement quelques décrets d’application ont été mis en place, comme la prise en charge des prothèses capillaires, l’élargissement du parcours de soins global aux personnes en traitement actif contre le cancer ou encore l’harmonisation des règles de renouvellement des prothèses mammaires externes. Mais c’est loin de couvrir la prise en charge intégrale votée en 2025.
Le 1er octobre 2026, Fabien Roussel, chef du Parti communiste français (PCF), a remis le sujet sur la table, en réclamant « solennellement la publication immédiate des décrets d’application et la mise en œuvre rapide de la loi sur l’ensemble du territoire ». Il ajoute : « Il y a urgence pour les centaines de milliers de femmes concernées ». Alors que la France a le taux de cancer du sein le plus élevé du monde – 105,4 cas pour 100 000 femmes en 2022, comme l’évalue le Centre international de recherche sur le cancer – de nombreuses voix déplorent que le cancer du sein ne devienne un sujet politique qu’au mois d’octobre.
« Octobre colère »
Dès le 2 octobre, le collectif Cancer-Colère a revendiqué un « Octobre colère », plutôt qu’un Octobre rose. Sur Instagram, le collectif exprime son ras-le-bol : « Parce qu’on en a marre de ces nœuds roses, parce qu’on en a marre qu’on nous propose des massages à la place de rendez-vous psy, parce qu’on en a marre de voir des vitrines se parer de rose tandis que le nombre de malades augmente, tandis que la moyenne d’âge diminue. Parce qu’on en a marre de l’instrumentalisation de nos corps malades, on va vous parler de la réalité des cancers du sein en France aujourd’hui, qui détient le triste titre de championne du monde en la matière ». En dénonçant les « dessous moins sympathiques » de cette campagne, le but est, « non pas de stigmatiser les personnes qui y trouvent du réconfort, mais de dénoncer un système qui se moque de notre santé, et qui nous demande, en plus, d’être belles et de nous taire », précise Fleur Breteau, porte-parole du collectif.
Dans son essai Octobre rage, publié le 24 septembre dernier, l’autrice Eleonore Bridge partage cette colère. « On attendait de moi que je sois une guerrière face à mon cancer du sein, je l’ai finalement été contre les injonctions faites aux femmes jusque dans la maladie. Octobre rose a déclenché chez moi l’an dernier, une colère monstrueuse qui m’a donné envie d’écrire », détaille-t-elle sur Instagram.
Les facteurs environnementaux oubliés
Face à ce mouvement collectif, la députée insoumise Mathilde Payot décide, elle aussi, de dénoncer l’hypocrisie d’Octobre rose. « Quand on gratte le vernis rose, on découvre le cynisme absolu », a-t-elle déclaré ce samedi 10 octobre, alors qu’elle a refusé de revêtir le petit ruban rose, symbole de la campagne annuelle de sensibilisation. La députée dénonce aussi l’origine de la campagne, lancée par Imperial Chemical Industries (ICI), entreprise qui commercialise « le poison qui vous rend malade » et « ensuite le traitement pour cette même maladie ». Suite à ses déclarations, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, lui rétorque que « la lutte contre le cancer du sein mérite mieux que des approximations scientifiques et des polémiques politiques ».
Cancer-colère s’insurge contre les logiques commerciales qui priment sur la santé. Le collectif pointe du doigt les pesticides encore autorisés dans le pays ou encore la multitude de perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques, les cosmétiques ou l’alimentation, pourtant connus comme facteurs de risques du cancer du sein.
Déjà en 2025, Amélie Cadier-Loriaud, médecin radiologue, philosophe et autrice de Nos corps politiques (Seuil, 2026), déplorait l’hypocrisie politique d’Octobre rose : « Le dépistage, c’est nécessaire. Mais il nous susurre aussi une musique rassurante : l’idée que nous avons un levier individuel de prévention, donc une action possible. […] Pourtant, sans choix politiques collectifs, le dépistage ne suffira pas ».
Elle ajoute : « De nombreuses études pointent les facteurs environnementaux comme responsables de l’augmentation des cancers du sein. Et ce qui me préoccupe aussi, c’est que les femmes les plus précaires et vulnérables sont souvent les plus impactées. La justice sociale et la justice environnementale sont profondément liées dans les enjeux de santé », insiste-t-elle avant de conclure : « Alors oui, prenons soin de nos seins. Mais exigeons surtout des responsables politiques qu’ils prennent soin de notre planète. Parce que l’une ne va pas sans l’autre ».
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