Un congé de paternité long et bien rémunéré… L’idée fait son chemin, au Medef, à la CFDT et chez certains responsables politiques. Objectif : hommes et femmes à égalité devant les employeurs. Si les deux peuvent interrompre leur activité professionnelle, il n’y a plus de raison de privilégier les hommes. Une façon de conjuguer le verbe concilier aussi au masculin…
En Norvège, deux ministres sont en congés de paternité. Et à l’issue de cette période, ils retrouveront leur poste de ministre, sans encombre.
On est bien loin des cris d’orfraie poussés début janvier 2009 lorsque Rachida Dati, alors ministre de la Justice, avait pris un congé de maternité express. Comme elle, de nombreuses femmes managers témoignaient dans les journaux : pour avoir une chance de réussir leur carrière, elles devaient revenir ventre à terre –si on ose dire- au travail après avoir accouché.
Et encore, ce n’était pas garanti car les employeurs ont l’habitude de penser à la place des femmes. Souvent, pour eux, enceinte égale démotivée. Et ils les placent sur des voies de garage, quand bien même elles sont talentueuses, archi-diplômées et organisées pour tout mener de front.
Prévenir des discriminations
Cela s’appelle une discrimination. Et c’est précisément pour lutter contre ce type de discrimination jusqu’ici admise que certains partenaires sociaux et responsables politiques évoquent l’idée d’un congé de paternité plus long. La présidente du Medef, Laurence Parisot, a donné le ton le 4 mars dernier dans un duo plein d’énergie avec Roselyne Bachelot. La ministre de la Cohésion sociale et la patronne des patrons ouvraient une journée consacrée à « l’implication des hommes dans les politiques d’égalité professionnelle » organisée par l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE).
Changer les règles du jeu
Et tout au long de cette journée, il a été précisément question de ces progrès de civilisation qui permettraient de mettre les hommes et les femmes à égalité au travail. Changer des règles du jeu d’un autre temps pour permettre aux hommes et aux femmes de réussir leur vie professionnelle et leur vie privée, c’est ce dont il fut question.
Laurence Parisot, qui a reconnu n’avoir pris conscience de l’ampleur des discriminations subies par les femmes que très récemment n’a pas tergiversé : « le sexisme est un racisme »… « le féminisme est l’humanisme du XXIème siècle». Et lorsqu’on n’est pas raciste mais humain, il faut lutter contre toute forme de discrimination. L’instauration d’un congé de paternité long serait au programme pour permettre aux hommes, comme aux femmes, de mener leur carrière sans sacrifier leur vie familiale.
Sur ce point au moins, la patronne des patrons est au même diapason que Monique Boutrand, secrétaire nationale de la CFDT Cadres, qui milite elle aussi pour un congé de paternité dont la rémunération atteindrait au minimum 80% du salaire avec un plafond égal à deux fois le plafond de la sécurité sociale. Pour se rapprocher de celui des femmes, ce congé devrait être de deux mois. Monique Boutrand tire ainsi les leçons de l’actuel congé de paternité de 11 jours auquel les hommes cadres préfèrent renoncer pour ne pas perdre une grande part de leur salaire.
Devant l’insistance de ces partenaires sociaux, Xavier Bertrand, ministre du Travail, a affirmé qu’il était prêt à en discuter.
Des entreprises pionnières
Encore faudra-t-il que ces grandes déclarations de huit mars ne restent pas lettre morte. Notre site d’information, qui est pourtant très jeune, a déjà à plusieurs reprises recensé les discours non suivis d’effet (cf encadré).
Plus de détails sur la journée organisée par l’ORSE ici:
