Accueil Eco & SocialBien-être et richesses Indicateurs de richesse: un débat en vase clos ?

Indicateurs de richesse: un débat en vase clos ?

par La rédaction

Deux ans se sont écoulés depuis que la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi a remis son rapport sur les nouveaux indicateurs de richesse et de bien-être. Mais le débat reste confisqué par les experts, dénonce le FAIR.


En septembre 2009, la Commission mandaté par Nicolas Sarkozy dévoilait ses pistes pour dépasser les notions de croissance et de PIB (voir notre dossier), en associant au progrès économique des mesures des inégalités, de la qualité de vie et du bien-être, en prenant mieux en compte le développement durable et l’environnement. Ces dernières années, le débat s’est diffusé dans le monde, jusqu’à la tribune de l’ONU.

Mais aujourd’hui, il reste tronqué, confisqué par les experts au détriment des citoyens, s’insurge le collectif FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse). Ses membres s’en prennent à une conférence organisée par le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, l’Insee et l’OCDE (1), mercredi 12 octobre à Paris. Un rendez-vous pour dresser « un panorama des progrès accomplis dans la mesure du bien-être et du progrès social dans les différentes régions du monde » et évoquer le « rôle des nouvelles mesures pour l’élaboration des politiques publiques ».

« Il revient prioritairement aux citoyens de dire ce qui compte »

Pour en débattre, à la tribune de l’OCDE, se succéderont des experts, économistes et statisticiens, représentants d’institutions, et des politiques. Une photo de groupe inacceptable aux yeux du FAIR, qui dénonce « une réflexion en vase clos, excluant toute intervention à la tribune des citoyens, des ONG, des syndicats et des associations ». Le FAIR y voit encore un « cénacle exclusivement composé de techniciens et d’hommes politiques ». D’hommes, car sur la quinzaine d’intervenants prévus sur le programme, on ne compte que trois femmes (2) … « à l’instar de la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi presque exclusivement masculine », remarque le FAIR : elle comptait 2 femmes sur 25 membres.

« La critique la plus forte » que le FAIR adressait à la Commission Stiglitz, il y a deux ans, était déjà la même : « la société civile organisée a été tenue totalement en dehors de ses discussions. » Aujourd’hui, le collectif renouvelle ce message : les nouveaux indicateurs de bien être doivent impérativement être élaborés sur la base de processus démocratiques. D’autant qu’il s’agit là de penser « un nouveau tableau de bord de la décision politique, économique, sociale et environnementale ». Dès lors, assène le collectif, « il revient prioritairement aux citoyens de dire ce qui compte, ce qui épanouit, quelles valeurs fondamentales doivent sous-tendre les choix politiques, économiques, sociaux et environnementaux, et quels sont les indicateurs à prendre en compte pour mettre le cap dans la bonne direction et le garder. »

Débat ouvert ailleurs

C’est d’ailleurs, rappelle le FAIR, sous forme participative que s’élaborent les travaux autour des nouveaux indicateurs de richesse, qui se développent en France dans les régions : Nord-Pas-de-Calais, Île-de-France, Rhône-Alpes ou encore Pays de la Loire. Dans cette dernière région, un projet a été lancé il y a un an, en partenariat avec l’Observatoire de la décision publique (ODP) et en s’appuyant sur les citoyens.« Il n’y a pas d’indicateurs sans vision du développement durable, et pas de vision sans un débat avec tous les acteurs de la région », rappelait alors Hélène Combe, déléguée générale de l’ODP.

Mais de ce genre d’expérience, « il ne sera pas question à l’OCDE. C’est un appauvrissement regrettable », attaque encore le FAIR, soulignant que d’autres institutions ont pourtant su faire preuve d’ouverture dans le débat : « Lorsque la Commission européenne avait organisé sa conférence internationale ‘au-delà du PIB’ en 2007, elle l’avait fait avec des ONG. Lorsque le Conseil de l’Europe met au point des indicateurs de territoires, c’est avec les citoyens. Lorsque le Conseil économique, social et environnemental rédige un rapport sur la question, il fait intervenir la société civile. »

Image : OCDE


(1) L’OCDE lançait au printemps un outil interactif pour jauger la qualité de vie. Lors de cette conférence, l’INSEE qui esquisse de nouveaux indicateurs présentera notamment de premiers résultats sur la mesure du bien-être subjectif.

(2) Nathalie Kosciusko-Morizet, Ministre de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement ; Martine Durand, Chef Statisticien de l’OCDE ; et Sabina Alkire, Directrice de l’« Oxford Poverty and Human Development Initiative » et conceptrice de l’Indice multidimensionnel de pauvreté.


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