Huit jours après avoir révélé en ligne des insultes proférées par un homme, Tara Heuzé-Sarmini a été condamnée sans avoir pu se défendre. Un traitement d’une rapidité fulgurante qui contraste avec les années d’attente imposées aux femmes victimes de harcèlement ou de violences.
« Condamner une victime pour protéger l’homme qui l’insulte en 72 h, je ne peux pas l’entendre » s’insurge la journaliste Salomé Saqué, elle-même victime de cyberharcèlement depuis des années sans réaction de la justice qu’elle a pourtant saisie. Dans une vidéo diffusée mercredi sur les réseaux sociaux, elle regonfle la vague d’indignation suscitée par ce que plusieurs voix dénoncent comme une procédure-bâillon.
Refus poli puis insulte
L’affaire est récente : Tara Heuzé-Sarmini est une entrepreneuse et autrice engagée, fondatrice de « règles élémentaire » qui lutte contre la précarité menstruelle. Elle est suivie par plus de 30.000 personnes sur LinkedIn. Fin août elle accepte de se « connecter » à une personne qu’elle ne connaît pas mais avec qui elle a des relations en commun.
Immédiatement, elle reçoit de ce nouveau contact, Nicolas, un message l’invitant à rejoindre un réseau baptisé « Band of Brothers ». Elle décline poliment : il est peu probable qu’elle rejoigne un club de bros… Illico, Nicolas lui répond qu’il allait créer un « club de connasses » et qu’il penserait à elle en tant qu’ambassadrice, car elle semble « en avoir toutes les caractéristiques »
Condamnation rapide… de la victime
Tara fait une capture d’écran de ces échanges et raconte ce qui vient de lui arriver. La publication est très suivie suscitant des milliers de réactions, de commentaires et des centaines de republications.
C’est alors que Nicolas – l’auteur des insultes – lui envoie une mise en demeure, puis, une assignation en justice. « J’ai été assignée en 48 heures et condamnée en 24 heures. À plus de 200 km de chez moi. Sans avoir pu me défendre. » écrit Tara sur LinkedIn. « Cette situation a été rendue possible grâce à une procédure d’extrême urgence, dite de référé heure à heure, qui a permis au plaignant d’obtenir une audience en 48 heures.»
Asymétrie
« Cette instrumentalisation de la justice interroge l’équilibre du système judiciaire lui-même. Une procédure d’extrême urgence permet d’obtenir, en 48 heures, le retrait d’une publication dénonçant une injure sexiste — quand des victimes de violences conjugales, de viols ou de soumission chimique attendent des mois, parfois des années, une décision de justice. Cette asymétrie de traitement envoie un signal délétère : dénoncer devient plus risqué juridiquement que le comportement dénoncé. » souligne la Fondation des femmes qui apporte son soutien à Tara Heuzé-Sarmini et alerte sur « la multiplication des procédures-bâillons utilisées pour faire taire les femmes qui dénoncent publiquement le sexisme, en ligne comme hors ligne. »
Tara fait bien sûr appel de cette décision. Et, pour l’aider à financer ses frais de défense, elle a créé une cagnotte en ligne. Et indique qu’un éventuel surplus serait reversé à la Fondation des femmes pour venir en aide à d’autres victimes de procédures similaires.
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