
L’idée d’un « socle de protection sociale » mondial fait son chemin. Pour faire bénéficier tous les pauvres de la planète des systèmes sociaux de base, il faudrait dégager 2% du PIB mondial. Un investissement minimum, selon l’Organisation internationale du travail. Reste à rendre effective la volonté politique.
Lancé en 2009 et activé l’été dernier par l’Organisation internationale du travail (OIT), le projet de « socle de protection sociale » mondial repose sur quatre piliers : un revenu de base pour les enfants ; l’accès à une aide sociale pour les personnes en âge de travailler ; une pension de vieillesse ; des services de santé essentiels pour tous.
Première conclusion : atteindre cet objectif est réalisable à moindre coût. « Ce n’est pas une utopie », a estimé lundi 14 février le Directeur du Département de la sécurité sociale de l’OIT, Michael Cichon (photo). « Nous avons besoin seulement de 2% du produit intérieur brut (PIB) mondial pour faire bénéficier tous les pauvres du monde des systèmes sociaux de base », a-t-il expliqué à New-York devant la Commission du développement social de l’ONU, qui se tient jusqu’à la fin de la semaine.
80% de la population sans protection de base
Si l’objectif apparaît réalisable, le « véritable scandale » reste à ses yeux qu’aujourd’hui, 80% de la population mondiale ne bénéficie pas de ces protections de base. Comme si la protection sociale était « un droit que nous avons oublié depuis longtemps » Les exemples vertueux existent pourtant, comme celui du Brésil où le programme « Bolsa Familia » a coûté 0,5% du PIB, mais a permis d’offrir la sécurité sociale, des pensions, des soins de santé de base et des allocations familiales minimums à 25% de la population, faisant « une énorme différence dans la réduction de la pauvreté et des inégalités ».
En Europe, où ce socle de protection sociale est, peu ou prou, effectif, les transferts sociaux contribuent à réduire de moitié la pauvreté. Les pays développés consacrent en moyenne 19% de leurs richesses à la protection sociale. Mais ces dépenses ne dépassent pas 5% dans les pays en développement. En dégageant 3 à 4% supplémentaires de leur PIB, ces derniers pourraient réduire la pauvreté d’environ 40%, estime Michael Cichon. Un objectif à la portée de tous. Dans son domaine, celui de la santé, l’OMS plaidait elle aussi récemment pour une couverture universelle, en rappelant que « la richesse nationale n’est pas une condition préalable. »
Bonnes intentions et mesures de crise
« La clé c’est la volonté politique », jure Michael Cichon. Mais c’est justement là que le bât blesse, admet le responsable de l’OIT. Dans les déclarations, les intentions sont là. En septembre dernier, le Fonds monétaire international s’est engagé à « explorer le concept ». Le 24 janvier, Nicolas Sarkozy assurait que, dans le cadre de sa présidence du G20, la France soutient la réflexion sur la mise en place d’un socle de protection sociale universel et entend « donner davantage de poids à l’Organisation internationale du travail dans la gouvernance mondiale ».
Mais dans les faits, c’est une autre affaire. Dans le contexte de crise économique où la priorité est donnée à la croissance du PIB, les dépenses sociales apparaissent comme la dernière roue du carrosse. Les pays développés eux même « cherchent à réduire les déficits et les dépenses publiques, à consolider les budgets et la relance en réduisant les dépenses sociales », regrette Michael Cichon. Ce qui signifie « que les personnes âgées, les handicapés, les malades et les pauvres sont ceux qui vont payer les conséquences de la crise dans les années à venir ».
