Le courage, vertu masculine pour l’Académie française

par Isabelle Germain

Prononçant le traditionnel « discours sur la Vertu », l’académicien François Sureau a fait l’éloge de quatre hommes, dont André Gide. Pas une femme.

Le romancier et avocat François Sureau est entré à l’Académie française en mars dernier. Et, Jeudi 1er décembre, il prononçait le traditionnel « discours sur la vertu » sur le thème du courage « à travers le portrait de quatre hommes ayant manifesté un courage moral exceptionnel »  a résumé Le Figaro. Le nouvel Immortel a cité Thomas More, Auguste Scheurer-Kestner, André Gide et Jean Cavaillès. Quatre hommes aucune femme. Pas même Simone Veil qui siégeait sous la Coupole avant lui.

Dans ce discours que l’on peut (ou pas) lire sur le site de l’Académie française, François Sureau ne se contente pas de citer ces quatre hommes en exemple. Tous les auteurs auxquels il se réfère par ailleurs dans son propos sont des hommes. Les rares femmes qui apparaissent sont filles ou femme d’un des protagonistes, et présentées comme des empêcheuses de tourner en rond.

Notons aussi un autre problème avec André Gide. Parmi les ouvrages visibles sur la photo officielle d’Emmanuel Macron, dont François Sureau a été un conseiller, figure un livre de cet auteur. Ce que dénonce Hélène Devynck dans son livre « Impunité » (Seuil). La journaliste, qui fait partie des courageuses dénonciatrices de Patrick Poivre d’Arvor, a lu Gide en question et a pu constater des éloges de pédocriminalité dans une autobiographie de cet auteur. Et ces écrits ne l’empêchent pas d’être à l’honneur sur la photo présidentielle, en 2022. Hélène Devynck ne peut qu’y voir le symbole d’une société qui tolère encore les violences sexistes et sexuelles.

Une société pensée par les hommes, qui écrit l’histoire du courage au masculin en ignorant méticuleusement l’autre moitié du monde.

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3 commentaires

Clément K. 9 décembre 2022 - 10:38

Si vous lisez ou écoutez attentivement le discours, vous verrez que ce ne sont pas des hommes qu’il célèbre, mais l’acte de courage à un moment précis de leur vie. Cela ne vaut donc aucunement célébration de l’entièreté de leur vie, ces références aux positions que Gide a pu avoir sur la pédocriminalité me semblent donc hors sujet. La vie d’une personne est complexe, ses actes de courage n’excusent aucun crime, mais le crime n’efface pas non plus l’acte de courage. Plus généralement, c’est toujours très problématique d’aller chercher de la misogynie là où il n’y a aucun propos misogyne (explicite ou même implicite), mais seulement des choix, dont rien ne vous permet de présupposer comment ils se sont formés, dans le panthéon personnel et intime de l’écrivain. Cela relève du procès d’intention. Il ne fait aucun doute que les actes de courage de femmes à célébrer sont innombrables, mais personne n’est empêché de le faire, vous en tout premier lieu. Proust disait qu’il incombe à chacun d’écrire sa Recherche du temps perdu. Alors peut-être pourriez-vous, puisque vous regrettez – à raison – que les femmes ne soient pas davantage célébrées pour leur courage, vous atteler à la tâche plutôt que de participer à ce travers de notre époque, où nous passons notre vie à nous faire sermonner.

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Isabelle Germain 12 décembre 2022 - 09:05

Si vous lisez attentivement notre article, vous verrez que nous n’employons pas le mot « misogynie ». Dans LesNouvellesNews, nous nous gardons bien d’interpréter. Nous rendons visibles des faits, ce qui revient souvent à une mise en abyme de l’invisibilisation des femmes. Dans ce discours, le courage des femmes est invisible. C’est un fait ! Quand à votre conseil de « vous atteler à la tâche », c’est précisément ce que nous faisons depuis 12 ans. Mais vous n’avez peut-être pas pris la peine de nous lire davantage ? Certes, notre journal est un petit journal. Normal, nous n’avons pas assez d’argent pour financer une grande équipe de rédaction. Ceux qui investissent dans les médias – des hommes riches le plus souvent – n’apprécient pas notre ligne éditoriale… Mise en abyme de l’invisibilisation des femmes.

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Clément K. 28 décembre 2022 - 11:04

En réalité je vous lis régulièrement et apprécie vos articles, mais je maintiens que ce genre de critique « par la négative » est conceptuellement très problématique. Vous pouvez déplorer que de manière générale le courage des femmes ne soit pas plus mis en avant, mais il est vain de s’en prendre à un discours particulier pour le dénoncer, alors que vous ne savez rien des ressorts intimes qui ont poussé François Sureau à choisir ces quatre figures. D’autant que si vous vous intéressez plus généralement à son œuvre, les femmes n’en sont pas du tout absentes. Et je maintiens également que ces développements sur les penchants de Gide sont hors sujet puisque le discours ne vise aucunement à faire l’éloge de quatre hommes dans l’entièreté de leur existence, mais seulement d’un moment précis de leur vie où ils ont fait acte de courage.

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