Accueil Eco & SocialBien-être et richesses L’égalité professionnelle est bonne pour la croissance dans les pays du Nord

L’égalité professionnelle est bonne pour la croissance dans les pays du Nord

par Isabelle Germain

Plus 10 à 20 % de PIB par habitant ! Selon l’OCDE, dans les pays du nord de l’Europe, la hausse du taux d’activité des femmes depuis cinquante ans a permis de booster la croissance économique.

Depuis cinquante ans, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède ont mis en place des politiques publiques favorables à la famille et au taux d’activité des femmes.  Résultat ? Le rapport  Is the Last Mile the Longest? Economic Gains from Gender Equality in Nordic Countries (« Le dernier mile est-il le plus long? Gains économiques de l’égalité des sexes dans les pays nordiques ») le mesure aujourd’hui. 

Les auteurs de l’étude ont calculé que si le taux d’emploi des femmes était resté au niveau où il se situait au milieu des années 60, le PIB par habitant dans la région serait inférieur de 1 500 dollars (1273 €) en Finlande et jusqu’à 9 000 dollars (7640 €) en Norvège -en Finlande les femmes étaient déjà très présentes sur le marché de l’emploi dans les années 60-. Les augmentations de l’emploi féminin représentent à elles seules entre 0,05 et 0,40 point de pourcentage de la croissance annuelle moyenne du PIB par habitant, soit de 3 à 20% de la croissance du PIB total par habitant au cours des 50 dernières années

Si les pays du nord de l’Europe ont été choisis pour cette étude, c’est parce qu’ils ont mis au point des politiques publiques volontaristes : développement de structures de garde d’enfants subventionnées, services de prise en charge des personnes âgées, dispositifs de congé parental rémunéré pour les mères comme pour les pères, horaires de travail plus souples et propices à la vie de famille, individualisation de l’impôt (versus quotient conjugal.) 

 Aujourd’hui, les écarts de taux d’emploi entre hommes et femmes ne sont pas encore réduits à néant mais ils sont les plus bas des pays de l’OCDE : 4 points de pourcentage en moyenne sur les pays observés dans cette étude, contre 12 points en moyenne dans l’OCDE.

Dans les pays d’Europe du nord, le temps partiel est moins subi par les femmes. « Les mères sont plus susceptibles d’occuper un emploi à temps plein que partout ailleurs, et les couples se répartissent généralement les travaux rémunérés et non rémunérés de manière plus équitable que dans la plupart des pays de l’OCDE » assure l’étude.

« L’égalité entre les sexes est à la fois un droit humain fondamental et un facteur essentiel de croissance inclusive », a déclaré M. Ángel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, à l’occasion de la présentation du rapport à Montréal lors du Forum 2018 des politiques sociales.

 Cependant des inégalités perdurent et il reste encore une certaine distance à parcourir indique le rapport dès son titre : le pourcentage des femmes cadres oscille entre 27 % au Danemark et 39 % en Suède, et l’écart de salaire médian va de 6 % au Danemark à 18 % en Finlande pour les salariés à temps plein, contre 14 % en moyenne dans l’OCDE. Encore une marge de progression donc pour  l’égalité professionnelle entre femmes et hommes et pour le PIB par habitant puisque, selon les estimations de l’OCDE, réduire les inégalités d’ici 2040 « pourrait aider à stimuler la croissance du PIB par habitant dans les pays nordiques de 15 à 30 %. »

En France on ne prend pas vraiment le chemin indiqué par les pays du Nord bien que certain.es économistes préconisent l’égalité depuis des années pour booster la croissance. Des scénarii ont été élaborés par des économistes classés plutôt à gauche comme Dominique Méda et Hélène Périvier qui écrivaient en 2007 « Le Deuxième Âge de l’émancipation »  démontrant notamment que  « plus de femmes en emploi, ce serait moins de pauvreté, des comptes sociaux plus équilibrés et des investissements d’éducation enfin valorisés. » (voir aussi Hélène Périvier : “De la maternité à la parentalité”). Mais aussi à droite du côté de la Fondation Concorde (voir L’égalité salariale ferait gagner 62 milliards à l’économie française, mais…)

Sur l’individualisation de l’impôt abordée durant de quinquennat précédent, l’idée a fait un flop (voir : L’égalité des sexes ne passera pas par la réforme fiscale)

Quant à la question des politiques de garde d’enfants, le président de la République a dit non à un  projet de directive européenne prévoyant un congé parental mieux rémunéré (voir : Congé parental : les syndicats demandent à Macron de la “cohérence”)  C’était aussi l’un des seuls points écartés de la loi égalité réelle de 2014 pour raison de coût (voir La loi pour l’égalité réelle est définitivement adoptée). En France l’égalité n’est toujours pas considérée comme un investissement d’avenir.

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