Stagnations ou régressions. La deuxième édition de l’index Oxfam France de la féminisation du pouvoir en France le confirme : à un an d’échéances électorales majeures, « la parité est en panne ».
« Les femmes représentent près de 52% de la population en France. Il n’est pas normal qu’elles ne représentent que 28% des postes de pouvoir. » rappelle Oxfam France sur les réseaux sociaux. L’ONG ironise : « Qui aurait pu prédire ? » La ‘grande cause’ continue d’être malmenée. »
À un an d’échéances électorales majeures, le constat dressé par Oxfam France dans la deuxième édition de son index est sans appel : la féminisation du pouvoir en France marque le pas. L’organisation révèle que les femmes occupent toujours seulement 28 % des postes de pouvoir. Une stagnation nette, qui s’accompagne même de reculs dans certains domaines, notamment au niveau local.
« La parité est en panne. »
Dans le détail, des évolutions apparaissent contrastées. Le pouvoir exécutif affiche une légère progression avec 33 % de femmes (+3 points). Mais pas de véritable tournant. Le gouvernement de Sébastien Lecornu ne fait pas beaucoup mieux que les précédents. Certes, certaines nominations, comme celle de Catherine Vautrin aux Armées, ou une féminisation accrue des cabinets ministériels, auraient pu marquer une avancée. Mais ces progrès sont contrebalancés par un recul dans d’autres sphères du pouvoir exécutif, notamment à l’Élysée et à Matignon.
Au Parlement, la situation est tout aussi préoccupante. La part des femmes recule à 35 % (-3,6 points), en particulier en raison d’une masculinisation des postes stratégiques comme les présidences de commissions. Si le nombre de députées a légèrement augmenté, cela tient en grande partie à des mécanismes indirects : des suppléantes remplaçant des députés devenus maires, souvent des hommes. Un progrès en trompe-l’œil.
Le niveau local, maillon faible de la parité
C’est à l’échelle locale que le recul est le plus net. Après les élections municipales de mars 2026, les femmes ne représentent plus que 22 % des postes clés (-2,6 points). Un résultat d’autant plus décevant que ces élections étaient les premières à appliquer la loi de 2025 sur la parité sur l’ensemble du territoire.
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Le nombre de femmes maires n’a progressé que marginalement, et leur présence recule dans les villes préfectures : elles étaient 21 sur 101 auparavant, elles ne sont plus que 13 aujourd’hui. Certaines régions apparaissent particulièrement en retard, comme les Hauts-de-France, l’Île-de-France ou encore la Corse, où aucune femme ne dirige une ville préfecture. Les intercommunalités sont aux mains des hommes, la Métropole du Grand Paris est un exemple emblématique
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Pour Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne « Justice de genre » chez Oxfam France, le diagnostic est clair : « Au rythme actuel, il faudrait encore 78 ans pour atteindre la parité à la tête des mairies en France ». Elle souligne également un problème en amont : les femmes ne représentaient que 24,7 % des têtes de liste au premier tour des municipales, avec des partis comme le MoDem, Les Républicains ou le Rassemblement national particulièrement en retrait.
Une tendance mondiale inquiétante
La France n’est pas une exception. À l’échelle mondiale, la féminisation du pouvoir connaît également un coup d’arrêt. Seul un pays sur sept est dirigé par une femme, et 101 pays n’ont encore jamais connu de cheffe d’État. Les femmes occupent 22,4 % des postes ministériels et 27,5 % des sièges parlementaires, des chiffres en légère baisse après plusieurs années de progression.
Quelques territoires à contre-courant
Malgré ce tableau globalement sombre, certains territoires se distinguent. La Réunion atteint un taux de parité de 67 %, portée notamment par la présidente de région Huguette Bello et la maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts. La Guyane affiche également des résultats encourageants avec 50 % de parité.
Dans l’Hexagone, les régions les plus avancées — Provence-Alpes-Côte d’Azur (31 %), Pays de la Loire (27 %) et Occitanie (22 %) — restent toutefois loin de l’objectif d’égalité.
Une urgence démocratique
À l’approche des élections de 2027, Oxfam France appelle les responsables politiques à agir. La stagnation actuelle n’est pas seulement un échec en matière d’égalité, elle pose aussi une question démocratique fondamentale : celle de la représentativité. Sans mesures structurelles plus ambitieuses, la parité risque de rester un horizon lointain.

