Sur les réseaux sociaux, les discours masculinistes se diffusent sans filtre. Résultat : la haine des femmes grandit chez les jeunes hommes. Face à cette prolifération, les autorités commencent à peine à développer des moyens de lutte spécifiques.
Des fruits en guise de prédicateurs masculinistes ? C’est le dernier buzz sur les réseaux sociaux où des vidéos générées par IA montrent des fruits en pleine scène de ménage. Des femmes manipulatrices, intéressées par l’argent et qui vont voir ailleurs. En réalité, ces scénarios renforcent les clichés masculinistes qui prônent la domination des femmes par les hommes. Ainsi les masculinistes saturent l’espace médiatique de discours victimaires. Ils diffusent leurs idées nauséabondes à coup de podcasts filmés, de live stream, de ventes de formations payantes jusqu’à des trend IA de fruits masculinistes. Le véritable danger de ce type de contenu est qu’il touche davantage le feed des jeunes utilisateurs sur les réseaux sociaux.
Les contenus masculinistes boostés par les algorithmes
À l’heure actuelle, près d’un tiers des jeunes hommes, soit 31 %, estime qu’une « femme doit obéir à son mari », selon une étude du King’s College, menée dans 29 pays. Cette revendication est révélatrice d’une polarisation entre les jeunes hommes et les jeunes femmes sur les questions d’égalité. Et les réseaux sociaux y seraient pour quelque chose. (Lire : Percée des idées masculinistes chez les hommes de la génération Z)
En effet, les algorithmes favorisent les discours masculinistes et invisibilisent les voix féministes. Pire : les algorithmes nourrissent et entretiennent les stéréotypes de sexe. En avril 2024, des chercheurs du Centre de lutte contre l’intimidation de l’Université de la ville de Dublin ont mené l’expérience. Sur des téléphones neufs, ils ont créé dix comptes d’utilisateurs de jeunes hommes fictifs et dix comptes de jeunes femmes fictives, puis ils ont laissé les algorithmes travailler, sans jamais interagir. Résultat : il aura suffi de 23 minutes pour que les réseaux sociaux des comptes masculins soient remplis de contenus misogynes, antiféministes et d’extrême droite. À titre de comparaison, les comptes des femmes sont inondés d’injonctions à la minceur et de vidéos faisant l’apologie de la tradwives. Un risque d’autant plus alarmant que « 65 % des enfants de 6 à 8 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux », comme l’indique la commission.
Lutter contre le terrorisme masculiniste
La montée de l’idéologie masculiniste chez les jeunes inquiète. Surtout que ces discours amènent progressivement à une radicalisation de la haine des femmes et des violences. En juin 2025, un adolescent de 14 ans a poignardé une surveillante de son collège. Les responsables politiques ont alors mis en cause les armes blanches ou les réseaux sociaux… mais pas les comportements asociaux induits par une certaine vision de la masculinité. Lire : Meurtre d’une surveillante par un élève : la masculinité toxique toujours ignorée
En juillet 2025, un attentat masculiniste est déjoué à Saint-Etienne. Un jeune homme de 18 ans, qui avait pour projet d’attaquer des femmes, est arrêté à proximité d’un lycée. Une enquête a révélé qu’il était motivé par l’idéologie ouvertement masculiniste « incel » [“Involuntary Celibate”, soit “célibataire involontaire”]. Pour la première fois, le 2 juillet 2025, le Parquet national antiterroriste est saisi pour un projet de violence motivé par la haine des femmes. (Lire : Stephanie Lamy : « Le fait masculiniste reste l’immense de la lutte anti-terroriste »)
Face à la profusion de messages masculinistes sur les réseaux sociaux et des tentatives de violences de masse, les autorités compétentes commencent à lever un sourcil. Une commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les utilisateurs mineurs pointait du doigt« des discours appelant à dominer, humilier ou dénigrer les femmes » sur le réseau social. (Lire : TikTok : entre interdictions et éducation, la commission parlementaire rend ses recommandations)
Peu de sanctions
En outre, à la suite de récentes « tentatives de saturation du 3919 », le Ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a assuré que «la mouvance incel » qui « se développe dans notre pays », est suivie « par les services de renseignement français ». (Lire : Attaques masculinistes : la réponse floue du ministre de l’intérieur). Mais une méconnaissance de la pluralité des mouvances masculinistes, avec leurs propres chemins de radicalisation, perdure. La chercheuse Stephanie Lamy les détaille dans son livre La terreur masculiniste (éd du Détour, 2024).
Face à la montée des discours masculinistes chez les garçons et les jeunes hommes, une première solution serait déjà d’assurer la tenue des trois séances annuelles d’éducation à la vie affective et sexuelle. Or, en 2023, seuls 15% des adolescents âgés de 15 à 24 ans déclaraient avoir bénéficié de plus de six séances d’éducation sexuelle dans leur scolarité, révèle une enquête Ifop. (Lire : Éducation à la sexualité : l’État condamné pour 24 ans d’inaction
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