Le patron de l’entreprise de recyclage, activiste de la lutte contre les discriminations, veut que la laïcité s’applique à l’entreprise privée et crée une charte.
« Nous ne sommes pas hors la loi ». Jean-Luc Petithuguenin, patron engagé pour la diversité dans l’entreprise, n’essaie pas de feindre l’étonnement en voyant les premières réactions suscitées par la création de la « charte de la laïcité » chez Paprec. Néanmoins, « nous espérions faire consensus, apparemment ce ne sera pas le cas », constate-t-il d’entrée de jeu lors de la conférence de presse de présentation de sa charte ce mardi matin alors que l’AFP a déjà dévoilé l’information la veille. Dans l’article repris par plusieurs journaux, l’agence doute de la légalité de la démarche. Pour Jean-Luc Petithuguenin, même s’il sait qu’il prend un risque, la jurisprudence reste à créer.
Un temps d’avance
Après la polémique Baby- Loup et avant les élections municipales, il met les pieds dans le plat et assume. Il a repris l’entreprise il y a 20 ans et n’a cessé de la développer. Paprec compte aujourd’hui 60 usines de recyclage en France et en Suisse, réalise 800 millions d’euros de chiffre d’affaires et compte 4000 collaborateurs. 52 nationalités différentes cohabitent dans l’entreprise et dans chaque usine sont affichées les valeurs de l’entreprise sur le vivre ensemble et le respect de la diversité des origines. Ces valeurs sont sans cesse rappelées lors de différents rendez-vous comme, dans certaines usines, des repas de fin d’année où ceux qui le souhaitent font découvrir aux autres la cuisine de leur pays d’origine. « Nous sommes fiers de notre diversité », dit le patron entouré de membres de sa direction et de représentants du personnel qui appuient ses dires.
Même si chez Paprec tout va bien, Jean-Luc Petithuguenin voit que la société se crispe autour des questions religieuses et n’ignore pas que le racisme est loin d’être un mauvais souvenir. Il veut avoir un temps d’avance et a réfléchi « à froid », avec son personnel, à un engagement nouveau. Sa « charte de la laïcité et de la diversité » a été signée par l’ensemble des salariés au terme d’un processus d’information et d’échanges en interne.
Créer une jurisprudence
Suffisant au regard du droit ? Pas sûr. La jurisprudence actuelle semble dire que le port des signes religieux ne peut être interdit que pour des considérations d’hygiène, de sécurité ou d’image de l’entreprise.
Mais le propre de la jurisprudence est de pouvoir évoluer et les dirigeants de Paprec prennent les risques qu’il faut pour y parvenir. « Personne ne peut avoir de certitudes sur ce sujet, je n’en ai pas non plus », reconnait Jean-Luc Petithuguenin.
C’est en citoyen engagé autant qu’en patron qu’il agit. « Je me sens en charge de la paix sociale » affirme-t-il. Il veut que les règles de laïcité qui s’appliquent dans le secteur public soient valables aussi dans le privé. Plusieurs tentatives ont été faites par le législateur en ce sens, de Jean Glavany au PS à Eric Ciotti à l’UMP. Sans succès.
Préserver les salariés de toute pression communautaire
Laisser la religion aux portes de l’entreprise « permet à nos collaborateurs d’être préservés de toute pression communautaire ». C’est précisément parce qu’il veut préserver la diversité, la liberté religieuse et ne pas discriminer qu’il prend ce parti. A l’intérieur de l’entreprise la question de la salle de prière a été débattue. Pour finir par y renoncer car cela aurait pu notamment conduire des pratiquants très assidus à faire pression sur d’autres pour qu’ils prient.
Après la question du droit, c’est le second reproche auquel Paprec aura à faire face. Quand le président affirme vouloir soustraire ses salariés vulnérables à la pression d’intégristes, on lui oppose l’idée que tous les pratiquants sont libres et qu’en refusant les signes religieux comme le voile, il risque de discriminer des femmes qui le portent… Bref, on revient aux termes du débat Baby-Loup.
Le sujet est loin d’être simple et Jean-Luc Petithuguenin est assez seul, manifestement. Car même s’il reçoit pas mal de félicitations d’autres patrons, du côté des instances dont il fait partie comme le Medef ou la CGPME, « on évite le sujet », dit-il pudiquement.
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