Près d’un quart des hommes de la génération Z pensent que les femmes ne devraient pas être « trop indépendantes ou autosuffisantes », contre 12 % des boomers. Une vaste étude du King’s College, menée dans 29 pays, met en évidence une adhésion croissante aux idées masculinistes chez les jeunes hommes, creusant un fossé générationnel.

Régulièrement moqués pour ne pas être à la page et pour perpétuer des clichés sexistes, les « boomers » (nés entre 1946 et 1964) se révèlent plus progressistes que la « génération Z » (nés entre 1997 et 2012), aujourd’hui jeunes adultes ou encore adolescents. C’est le constat d’une enquête du King’s College menée auprès des 16 ans et plus dans 29 pays, dont la France, publiée le 5 mars 2026. Une étude qui confirme une tendance déjà observée.
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Un écart générationnel
Près d’un tiers de ces jeunes hommes, soit 31 %, estime qu’une « femme doit obéir à son mari ». Cette donnée est d’autant plus alarmante que, dans la génération des boomers, ils ne sont que 13 % à le penser. Toutefois, l’étude note des disparités géographiques. Par exemple, cet avis concerne 66 % des Indonésiens interrogés, 52 % des Indiens ou 23 % des Américains. En France… 7 %.
Si ces dernières données ne font pas l’objet d’une répartition genrée, le King’s College précise malgré tout que les jeunes hommes sont « les plus susceptibles d’adhérer aux idées traditionnelles » sur les questions de genre et d’égalité. Même si les jeunes femmes ne sont pas imperméables à la montée des idées conservatrices : 18 % des femmes issues de la gen Z adhèrent à cette vision patriarcale du couple, contre 6 % des « baby-boomeuses ».
Cette vision étriquée et violente du couple hétérosexuel continue de creuser un fossé entre la jeune génération et les boomers. Près d’un quart des hommes de la gen Z pensent que les femmes ne devraient pas être « trop indépendantes ou autosuffisantes », contre 12 % des boomers. En outre, à la question « les hommes devraient-ils avoir le dernier mot ? », les premiers sont 33 % à répondre positivement, contre 17 % chez leurs aînés.
Backlash contre l’égalité femmes-hommes
Le rapport du King’s College expose clairement un phénomène de backlash. Dans les 29 pays étudiés, 58 % des hommes sont en accord avec l’idée que l’égalité entre les femmes et les hommes a suffisamment progressé dans leur pays, contre 47 % des femmes. Pire : 61 % dans la génération Z adhèrent à cette vision, contre 49 % des boomers. Reflet de la montée de l’idéologie masculiniste, qui prône la domination des femmes par les hommes, chez les jeunes hommes. Cette croyance a même pris de l’ampleur depuis 2019 : +10 points. En France, cela grimpe même de 12 points supplémentaires. L’étude précise que 47 % des Français y adhèrent, contre 31 % des Françaises.
Alors que le sillon masculiniste se creuse, plus de la moitié des hommes estiment que les progrès réalisés en matière d’égalité conduisent à discriminer les hommes, contre 36 % des femmes. 43 % des Français y souscrivent, contre 22 % des Françaises.
Une donnée qui résonne avec l’étude de l’Ifop qui notait un « clivage de genre béant » entre les adolescents français, avec des filles davantage féministes que les garçons. « Je pense qu’il y a beaucoup de ressentiments, beaucoup de craintes de voir les hommes perdre leur position sociale. Et ce vide est comblé par des discours et des voix qui tentent d’opposer les jeunes hommes à l’égalité des sexes, aux jeunes femmes et aux migrants », analyse la professeure Heejung Chung, directrice du Global Institute for Women’s Leadership du King’s College de Londres, dans le journal britannique The Guardian.
La désinformation masculiniste occulte la réalité des discriminations et des violences faites aux femmes. Encore aujourd’hui, les inégalités salariales persistent et les femmes sont toujours assignées aux travaux les moins rémunérateurs. Elles sont aussi celles qui endossent la majorité des tâches domestiques et familiales. Et près d’une femme sur trois, soit environ 840 millions de femmes dans le monde, est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie, rapporte l’Organisation Mondiale de la Santé.
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