La ministre des Solidarités et celui de l’Intérieur ont annoncé lundi 7 mars un nouveau plan contre les violences faites aux femmes. Le troisième en 4 ans. Il s’agira notamment d’assurer un meilleur éclairage statistique car « on ne combat que ce qu’on connaît bien ».
C’est une réponse, en partie, à la polémique engendrée par les derniers chiffres de la délinquance. Ceux-ci montraient, en janvier, une hausse des violence à l’encontre des femmes sur la voie publique. Un fait que le ministre de l’Intérieur d’alors, Brice Hortefeux, avait alors soigneusement occulté. Le ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale, chargé de la question des droits des femmes, préférait quant à lui ne pas réagit à chaud. Un mois et demi plus tard, c’est au côté du successeur de Brice Hortefeux, Claude Guéant, que la ministre des Solidarités a annoncé un plan consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes. Ce sera le troisième sous cette législature.
Davantage de statistiques sexuées
Les ministres entendent parvenir à « un suivi beaucoup plus fin de ces violences, à travers de nouvelles missions qui seront fixées à l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)», rapporte l’AFP.
L’ONDRP devra ainsi proposer davantage d’évaluations sexuées des violences, a expliqué Roselyne Bachelot, car « on ne combat bien que ce qu’on connaît bien ». Pour l’heure, les seules statistiques sexuées utilisées par l’ONRDP dans ses bilans annuels concernent les vols avec violence sur la voie publique – le chiffre marquant dévoilé en janvier. Même les chiffres des viols et violences sexuelles ne prennent pas en compte la dimension de genre. Seules des publications ponctuelles en font état.
Le plan, qui sera dévoilé en détails dans quelques jours, entend traiter notamment des violences au sein du couple, les plus fréquentes. Pour le ministre de l’Intérieur, l’enjeu est « d’aboutir à ce que les violences conjugales, au lieu qu’elles soient cachées, soient révélées afin qu’elles puissent être traitées et prises en compte. » Selon les derniers chiffres de l’ONDRP sur le sujet, en 2007, les forces de l’ordre ont enregistré 47 573 faits violences volontaires sur des femmes majeures commises par un conjoint ou ex-conjoint. Mais, selon les enquêtes de victimation, les violences qui ne conduisent pas à une plainte seraient au moins 5 fois plus nombreuses.
Coût des violences, coût de la prévention
Si c’est au sein du couple qu’on lieu la majorité des violences, le plan ne s’arrêtera pas à cet aspect. Un autre volet concernera les violences sexuelles et sexistes au travail.
Selon Roselyne Bachelot, le coût pour la société des violences envers les femmes est « considérable », en termes de soins de santé, de prise en charge sociale, en raison des décès et incapacités. Il est estimé à 2,5 milliards d’euros. Pas assez, jusque là, pour augmenter les crédits de la prévention. Lors du vote de la loi sur les violences conjugales, l’été dernier, la majorité avait laissé de côté le volet formation des professionnels, trop coûteuse. En janvier, en réaction aux chiffres de la délinquance, l’Observatoire de la parité réclamait « une augmentation conséquente de moyens adressés à la lutte contre ces violences » faites aux femmes.
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