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Travail non-marchand et inégalités de genre : les calculs de l’OCDE

par Arnaud Bihel

« Cuisine, soin, bénévolat : le travail non rémunéré dans le monde ». Une étude de l’OCDE, publiée jeudi 3 mars, vient fournir un nouvel éclairage sur les inégalités de genre dans le partage des tâches domestiques. Et appelle à prendre en compte les activités non-marchandes dans la mesure de la richesse et du bien-être : leur valeur correspondrait à un tiers du PIB.


Voilà un nouvel appel à revoir les indicateurs de richesse. L’étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur « le travail non rémunéré dans le monde » (1) remet en cause à son tour le sacro-saint PIB (Produit intérieur brut). Elle reconnaît que les travaux domestiques constituent une part importante de l’activité économique, non calculée dans le PIB, et qu’il importe de prendre en compte pour mesurer la richesse (2). Dans cette étude Veerle Miranda, économiste à l’OCDE, propose une estimation de la valeur de ces activités non-marchandes. Les chiffres sont impressionnants : « contributeur important au bien-être de la société », elles valent en moyenne un tiers du PIB. Jusqu’à 53% au Portugal.

L’OCDE se joint ainsi aux recommandations de la commission Stiglitz : il faut intégrer ce travail non-marchand aux calculs de la richesse. Et « pour une prise en compte plus équilibrée », il est nécessaire, dans ce cadre, de prendre en compte les inégalités de genre. Car, « dans tous les pays, les femmes effectuent davantage de travaux de cette nature que les hommes », rappelle le document.

Fossé

Les habitants des pays développés consacrent en moyenne 15% de leur temps à des travaux non rémunérés (activités bénévoles et domestiques – et avant tout la cuisine, le ménage et le soin aux autres). Et dans chacun de ces pays le gender gap, le fossé entre genres, se matérialise.

Les femmes consacrent à ces activités non-marchandes bien plus de temps que les hommes. Deux heures et demie de plus par jour en moyenne. Le fossé est particulièrement important dans les pays les moins développés (en Inde et au Mexique, « les femmes passent de longues heures à la cuisine et à s’occuper des enfants pendant que les hommes sont au travail »), ainsi qu’en Europe du sud, en Corée et au Japon.

Principale remarque : plus le taux d’emploi des femmes est élevé, moins elles consacrent de temps aux tâches non rémunérées. Les hommes, en contrepartie, augmentent leur participation. Sans pour autant que l’égalité soit atteinte. Même entre extrêmes. Ainsi, les Danois sont les hommes qui consacrent le plus de temps au travail non rémunéré : près de 200 heures. Mais c’est toujours moins que les Norvégiennes, qui sont les femmes qui y consacrent le moins de temps (voir tableau 1 ci-dessous).

Le fossé est particulièrement visible dans le cas particulier des soins consacrés aux enfants. Les mères leur vouent plus de deux fois plus de temps que les pères : 1h40 en moyenne, contre 42 minutes. Le congé maternité, le moindre taux d’emploi des femmes, le taux partiel qui les concerne bien plus… tous ces éléments ne suffisent pas à expliquer cet écart. Car dans presque tous les pays étudiés, l’OCDE constate que les pères sans emploi passent moins de temps avec leurs enfants que les mères qui travaillent (en France, 48 minutes contre 62). Voilà qui « confirme la traditionnelle division du travail entre les sexes ».

Le fossé se retrouve aussi dans la nature des activités auprès de l’enfant. Les mères s’occupent davantage des soins physiques et de la surveillance ; les pères des activités éducatives et récréatives (voir tableau 2).

Incidence des politiques publiques

Au vu des comparaisons entre pays, le document conclut que la réduction des écarts de genre est liée dans une certaine mesure au niveau de développement économique. Mais « les facteurs démographiques et les politiques publiques ont en général une incidence beaucoup plus importante ».

L’OCDE questionne, à ce sujet, les politiques de congé parental. Constatant que « de longs congés parentaux continuent d’être utilisés en priorité par les femmes (…), ce qui renforce les rôles traditionnels et pénalise les femmes sur le marché du travail. » De ce fait, comme c’est le cas dans les pays d’Europe du nord, là où le fossé est le moins large, « un congé paternel payé non transférable augmente les chances d’un partage plus équitable entre les mères et les pères. Mais il n’y a pas de preuve à ce jour de l’effet à long terme sur le partage des tâches familiales. »

Du grain à moudre pour les ministres des pays de l’OCDE qui se retrouveront les 2 et 3 mai à Paris pour une réunion sur les politiques sociales. Avec ces questions au menu : « Quelles politiques peuvent aider au mieux les parents à concilier travail et responsabilités familiales ? Comment pouvons-nous assurer que nous prenons les bonnes mesures pour les familles et les enfants ? Que faut-il faire pour parvenir à une plus grande égalité entre les sexes dans l’emploi ? ».


(1) Etude menée auprès de 25 pays membres de l’OCDE et de 3 pays émergents : Afrique du Sud, Chine et Inde.

Veerle Mirand, « Cooking, Caring and Volunteering : Unpaid Work Around the World« , disponible ici en anglais.

(2) LES NOUVELLES news évoquaient cette approche en juillet dernier avec Martine Durand, directrice des statistiques de l’OCDE.

 


TUR : Turquie ; ZAF : Afrique du Sud ; MEX : Mexique ; ITA : Italie ; ESP : Espagne ; POL : Pologne ; HUN : Hongrie ; PRT : Portugal ; FRA : France ; BEL : Belgique : KOR : Corée du Sud ; SVN : Slovénie ; EST : Estonie ; IRL : Irlande ; JPN : Japon ; NZL : Nouvelle-Zélande ; AUS : Australie ; GBR : Grande-Bretagne ; AUT : Autriche ; FIN : Finlande ; GER : Allemagne : NLD : Pays-Bas ; CAN : Canada ; CHN : Chine : DNK : Danemark ; SWE : Suède ; NOR : Norvège.


 

 

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5 commentaires

5 commentaires

Nils 4 mars 2011 - 18:23

Lien de l’étude en note (1) mort.

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arnaudbihel 4 mars 2011 - 18:41

@Nils : Merci pour cette remarque. Nous avons modifié le lien.

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Ryckelynck 7 mars 2011 - 17:25

Ce rapport me semble avoir des conclusions fausses car partant de prémisses fausses. Pourquoi imaginer que l’objectif des humains est de travailler?
Quand le salaire de l’un est suffisamment élevé, l’autre (en général la femme) préfèrera ne pas travailler et se consacrera aux enfants par choix. Un indicateur de plaisir serait donc au contraire le taux de personnes se consacrant à un plaisir non rémunéré volontaire! 😉

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Léandre 8 mars 2011 - 11:15

@3 : D’accord avec vous… Mais pourquoi faudrait-il que « le salaire de l’un » soit forcément celui de monsieur?
Et pourquoi faudrait-il que ce soit forcément madame qui préfèrera ne pas travailler? Monsieur est imperméable au plaisir de s’ocuuper de ses enfants?
Pensez-vous vraiment que l’objectif des humains n’est pas de travailler… sauf si ces humains sont des mâles?

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Ryckelynck 8 mars 2011 - 14:15

Où voyez vous « forcément »? Loin de moi toute idée sexiste, surtout en cette journée de la femme! Vous n’avez pas vu l’important dans mon intervention qui est que toute activité non rémunérée est en général voulue (bénévolat ainsi que élever ses enfants par l’homme ou la femme) Il est donc ridicule de comptabiliser le temps consacré à ses enfants comme un point négatif.

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