L’annonce d’un potentiel renoncement de la présentatrice du « 20 heures » rappelle la permanence d’un sexisme réduisant les femmes journalistes à l’état de variables d’ajustement des ambitions de leurs compagnons… Avec le sourire de préférence.
Depuis que Léa Salamé a fait face, pendant deux heures trente, à la « commission d’enquête sur l’audiovisuel public » lundi 2 février, tous les journaux reprennent cette déclaration : « S’il est candidat, je sors de l’antenne. » Il ? Son compagnon, le député européen Raphaël Glucksmann, fondateur du parti Place publique, probable candidat à l’élection présidentielle de 2027.
A l’opposé de convictions féministes
Les députés qui interrogeaient la présentatrice du journal de 20 h sur France2 veulent dire que le service public est partisan. Ils n’en démordent pas. La réponse de Léa Salamé, pourtant à l’opposé des convictions féministes de la journaliste, n’a pas calmé leurs soupçons. Le député ciottiste Charles Alloncle soutenu par la députée Rassemblement national Caroline Parmentier a posé une question dont la réponse à ses yeux ne faisait aucun doute : « Est-ce que vous pensez vraiment que si vous étiez la compagne de Jordan Bardella, vous seriez aujourd’hui, toujours, à la tête du journal de vingt heures de France 2 ? ».
Léa Salamé est restée fidèle à ce qu’elle avait dit plus tôt pour elle-même : « Pensez-vous vraiment qu’en 2026 une femme pense forcément comme son mari, qu’une femme vote forcément comme son mari, qu’une femme prie comme son mari, qu’une femme fait ce que lui demande de faire son mari ? Vous pensez sérieusement qu’on en est là ? » Même appréciation pour une éventuelle compagne du président du RN : tant qu’il n’est pas en période de campagne, « si la compagne de Jordan Bardella était journaliste, elle pourrait continuer à faire son travail » assure la journaliste.
Lourd passé
Depuis, la question de l’effacement des femmes journalistes au profit de leurs maris hommes politiques ressurgit dans les mêmes termes qu’avant.
En 2019 déjà, Léa Salamé renonçait un temps à l’antenne parce que son compagnon, Raphaël Glucksmann, était candidat aux Européennes (Lire : Léa Salamé : l’éclipse qui confirme la permanence du sexisme). De même en 2024.
Avant elle, beaucoup d’exemples. En 1997, Anne Sinclair quittait l’antenne alors que son mari Dominique Strauss-Kahn devenait ministre. En 2007 Audrey Pulvar avait été écartée de l’antenne alors qu’elle était en couple avec Arnaud Montebourg. En 2006, Marie Drucker alors en couple avec François Baroin avait cessé de présenter le « Soir 3 ». Béatrice Schönberg, compagne de Jean-Louis Borloo, alors ministre, avait arrêté de présenter les journaux télévisés sur France 2 en 2007. Cette « jurisprudence » va toujours dans le sens de l’image de la femme qui agit par amour et par devoir.
Quand c’est – fait rarissime !- un homme journaliste qui se retire au profit de sa compagne politique, le discours est différent. Il est davantage question de contrainte. Lire : Thomas Sotto, journaliste sacrificiel

